Sous le régime militaire malien ou de la domination française – Azawad: seule solution, la lutte

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La proximité avérée entre le pouvoir algérien, le groupe terroriste AQMI et ses transfuges d’Ansar-Eddine et l’assistance bienveillante de certains pays du Golf envers le MUJAO ( mouvement pour l’unicité et le djihad en Afique de l’Ouest) qui sévissent sur cette vaste étendue subsaharienne visent clairement à contrecarrer le projet sécessionniste du MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) du nord Mali. Même si latéralement ils arrivent à mettre à mal les intérêts occidentaux, notamment de la France serait un moyen pour faire pression sur Paris et obtenir son soutien sur d’autres dossiers en politique intérieure.

La sanglante prise d’otages du complexe gazier d’In-Aminas a permis la synergie autour de cette intervention. Même si l’armée algérienne fidele à sa réputation a raté une énième fois l’occasion de montrer un visage humain alors que les yeux du monde sont rivés sur elle. C’est bien connu que l’Algérie ne négocie pas avec les ravisseurs lors d’une opération de ces forces spéciales. Mais l’Algérie négocie avec les groupes terroristes islamistes et leur déroule le tapis rouge quand il s’agit de préserver les intérêts des décideurs: la nuance est flagrante.

Petit rappel: Les chefs des régions militaires du sud algérien, de Biskra à Bordj Badji Mokhtar, ont négocié avec Belmokhtar Mokhtar (chef de la Katiba, bataillon , des siganataires par le sang) alias Hadj Laàouar, contrebandier notoire à la tête de ce que les Algériens du sud appellent communément la « Marlboro connexion ». A l’époque les négociations tournaient autour du paquet de billets de banque qu’il faut mettre sur la table pour s’acquitter du droit de passage des containers de cigarettes de contrebandes à travers les frontières du sud. Dans le langage de la rue ça s’appelait « acheter la route pour une nuit pour quelques centaines de millions de dinars ». C’était l’époque du business entre d’un côté des bandits de grand chemins et de l’autre des officiers supérieurs ripoux et leurs subalternes avides de richesses.

Plus tard le pouvoir algérien a négocié avec ces mêmes groupes islamistes dans le cadre de la concorde civile. Il est allé jusqu’à accorder l’amnistie générale à tous les criminels contre une promesse de laisser tomber les armes.
Mais entre temps les businessmans de la terreur ont trouvé des activités plus lucratives pour se constituer un trésor de guerre. Ainsi les indemnités que le pouvoir algérien a accordé aux repentis islamistes sont perçues comme des clopinettes comparées aux sommes faramineuses en devises étrangères que génèrent le commerce de l’otage. Notamment les rançons versées par les Etats allemand et autrichien.
Au-delà des revendications politiques des groupes terroristes, la question financière demeure la clef de voute de l’action terroriste des groupes affilés à la nébuleuse Al-Qaïda.

Enfermer tous les protagonistes de la crise malienne, et par extension celle de toute la région du Sahel, dans une même bulle et imposer une solution par la force militaire brute et absolue ne serait pas une réponse adéquate qui ramènera la stabilité dans la région.

La France s’est engagée au Mali pour deux objectifs essentiels. La lutte antiterroriste et le rétablissement de l’intégrité territoriale du Mali. Si le premier est clairement affiché et soutenue par la communauté internationale, il ne doit en aucuns cas servir de camouflet pour atteindre le deuxième. La guerre contre les terroristes islamistes est d’ordre idéologique, contrairement à celle que la France et ses alliés africains décideront ou pas de mener contre les combattants de l’Azawad. Le MNLA se déclare mener une lutte pour la terre et les droits du peuple Touareg.

Rétablir le Mali dans son intégrité territoriale et institutionnelle avec à sa tête une junte militaire qui a mené dans le passé le pays vers son implosion, c’est déplacer le problème dans le temps. Un minimum de discernement est requis pour distinguer les partenaires avec lesquels il faut faire la paix et ceux à qu’il faut mener une guerre sans merci jusqu’à leur extinction définitive.

Le mouvement national pour la libération de l’Azawad doit camper sur ses positions initiales, à savoir l’indépendance du pays Azawad. Il doit éviter toutes tergiversations si demain il veut être à la table des négociations avec l’État colonial malien que la France maintient sous perfusion pour pouvoir compter encore au Sahel.

Permettre un rapprochement tactique avec l’Algérie par certains dirigeants du MNLA ne doit pas occulter l’objectif premier de la rébellion touarègue. Ces derniers ne doivent pas avoir la mémoire courte et se rappeler en permanence que l’Algérie dans un passé très proche soutenait mordicus les combattants d’Ensar Eddine. La conjoncture internationale et l’initiative française ont sorti ce conflit à la lumière du jour rendant par conséquence la position algérienne intenable et surtout compromettante vis-à-vis de la communauté internationale sur la question du terrorisme islamiste.

Compter sur le pouvoir algérien pour défendre les intérêts des Azawadiens c’est comme vendre son âme au diable. Car aussitôt que la crise malienne finie, l’Algérie se retournera vers ses premiers amours: les djihadiste pour essayer de garder le contrôle à des fins qui seront amplement justifiées dans un futur proche.

Quant à la France, au-delà de sa responsabilité morale, il lui incombe une responsabilité pénale des agissements de l’armée malienne à ces côtés qui comme son homologue algérienne ne fait pas dans la dentelle pour régler les conflits. Avoir à ses côtés une armée malienne décimée, sous-entraînée et avide de vengeance, oblige la France à prendre ses dispositions pour prévenir d’éventuels actes de représailles sur les populations civiles Touaregs. Il va de soit pour les combattants qui ont pris les armes pour revendiquer un changement de traitement de l’Etat malien à l’égard des populations du nord. La guerre au Mali ne doit poser les bases d’un futur conflit entre le nord et l’Etat central, s’il continue d’exister malgré le bon sens.

A moins d’une solution politique avec les Azawadien du nord, le conflit risque de s’enliser et s’inscrire dans la durée. A moins que, si la France décide de se rétablir au Mali. Ainsi elle ouvrira la voix et tombera les masques d’un néocolonialisme qui prend ses sources du néoconservatisme américain qui a permis à l’Amérique de devenir le gendarme du monde.

Pour le peuple de l’Azawad, sous le régime des militaires maliens ou de la domination française, qui revient au final à dire la même chose, la seule solution se trouve dans la lutte. Paraphrasant unn vieux dicton kabyle qui dit «si tu tombes au combat, l’opprobre de la défaite tombera avec toi ». « Ma teγliđ yeγli yidek lεar ».


Zahir Boukhelifa.info