Soutien aux actions  des jeunes kabyles en faveur de Tamazight

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Marche des lycéens

DECLARATION (Tamurt) – La jeunesse kabyle, à travers ses lycéens et ses étudiants, est descendue ces derniers jours  dans la rue, comme l’ont fait hier ses ainés, pour  répondre à l’attitude méprisante qui a été réservée  à un  amendement de loi  présenté pour valoriser la langue amazighe.  Les instances de l’Assemblée Nationale, au lieu de répondre et de s’expliquer face aux réactions légitimes des citoyens, exprimées dans un premier temps sur les réseaux sociaux, ont conforté, par leur silence, la thèse du rejet d’une loi sur la promotion de la langue amazighe. Aujourd’hui, plusieurs appels, notamment des milieux estudiantins,  sont lancés pour l’organisation des manifestations publiques en vue de réclamer la prise en charge réelle de tamazight par l’Etat algérien. Le RPK appuie toutes ces initiatives et se félicite que le lien intergénérationnel sur la question identitaire  soit resté intacte, et se trouve même renforcé malgré la politique d’arabisation totale et agressive imposée au « rouleau compresseur’ depuis l’indépendance. Mais il est utile de rappeler, en toutes circonstances, que si toute mobilisation est à féliciter et à encourager, il ne faut pas hésiter à   l’accompagner par un véritable débat pour éviter les impasses, dérives vers la violence ou les manipulations. Sans clarification des objectifs et des enjeux, sans revendication claire, c’est  à coup sûr rééditer les impasses auxquelles sont arrivés,  le Mouvement culturel berbère dans les années 1990 et le mouvement citoyen de 2001.

C’est dans ce sens, et pour répondre à la fois à l’attitude hégémonique, archaïque, ségrégationniste et anti constitutionnelle du pouvoir et de ses suppôts,  que le RPK tient  à réitérer :
– Le constat de l’absence de volonté politique de concrétisation de la reconnaissance constitutionnelle de tamazight.  En effet, deux (2) ans après la révision de la Constitution, aucun projet de promulgation d’une loi organique n’a été annoncé et la création d’une Académie Amazighe, qu’on veut indépendante et non pas liée à la Présidence, n’est pas à l’ordre du jour.
– La langue tamazight  appartenant d’abord à ses locuteurs, la question de la généralisation  de celle-ci ne doit pas occulter les droits collectifs des communautés amazighophones dont c’est la langue maternelle, ce qui leur donne droit à être souverains dans la gestion de leur propre langue à travers des institutions reconnues et le droit d’en faire leur première langue. S’il est bon d’investir dans la généralisation de tamazight du fait de l’amazighité de l’Algérie, il n’en demeure pas moins qu’un effort particulier doit être mené dans les régions amazighophones notamment dans l’enseignement, avec non pas une langue tamazight simplement enseignée mais instituée en véritable langue d’enseignement.
– La représentation nationale parlementaire avec un mode majoritaire ne sera jamais la solution démocratique pour traiter des questions identitaires, culturelles et linguistiques dans un pays multiculturel et multilingue comme l’Algérie. Ces questions existentielles relevant du droit naturel ne peuvent être soumises à un vote, car aucune communauté, aucun individu ne peut accepter que son identité soit soumise à l’approbation des autres. C’est pourquoi nous répétons qu’une refondation de l’Etat est nécessaire  sur la base d’une forme de démocratie qui a fait ses preuves dans d’autres sociétés plurales donnant le droit aux communautés de gérer leurs spécificités à travers une autonomie politique consacrant  la mise en place d’un Parlement et  d’un Gouvernement régional.
– Les peuples amazighs d’Algérie notamment en Kabylie doivent s’adosser sur la reconnaissance constitutionnelle de la langue tamazight en tant que langue nationale et officielle pour sortir de la revendication exclusive et l’imposer légitimement et légalement dans leur environnement, dans l’espace public, dans les institutions, dans les documents officiels (passeport, carte d’identité, etc), dans la justice, dans les medias et  tous les secteurs de l’éducation.

Le Rassemblement Pour la Kabylie, fondé autour du projet de reconnaissance par l’Etat algérien d’un Statut politique particulier de la Kabylie, tout en saluant la mobilisation des Amazighs dans le pays des Aurès et le M’zab ,  appelle la  jeunesse kabyle  à recentrer son combat autour d’une question primordiale : la véritable solution linguistique et culturelle passe nécessairement par la reconnaissance des droits collectifs de ses locuteurs  et l’acceptation par conséquent que la communauté kabyle forme un peuple. Un peuple qui ne peut être dépossédé de la souveraineté de gérer et développer sa propre langue à l’aide de ses institutions propres.


P/le Rassemblement Pour la Kabylie
Le Coordinateur
Hamou BOUMEDINE