Stratégie de non-communication et formation de l’opinion

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L’encerclement des terroristes en Kabylie n’en finit pas de se prolonger. Il fut question d’une campagne de collecte d’ADN auprès de familles de terroristes notoires, les “sources” nous promettaient le cadavre de Droudkel, puis sa… reddition et le wali de Tizi-Ouzou affirmait récemment que les opérations de ratissage avaient donné “des résultats”… Mais voilà, on n’a plus de nouvelles d’un groupe terroriste assiégé dans… une maison isolée à Dellys. Difficile de croire qu’on puisse mettre en coupe réglée toute une montagne boisée quand on n’a pas pu contrôler les issues d’une habitation.

On comprend que le domaine sécuritaire ne se prête pas à une communication déliée. Mais puisque le début d’une opération a été éventé, sa fin devrait être connue. Et il n’y a rien d’émouvant qu’on en soit arrivé à cette forme laborieuse de lutte antiterroriste : l’état général dans lequel on a mis le pays fait qu’il y a une baisse généralisée de la performance dans tous les domaines. Ce n’est pas l’efficacité sécuritaire qui est donc en cause, mais cette forme de communication par le silence sur des sujets qui suscitent l’attente populaire et l’expectative de l’opinion, parfois elles-mêmes suscitées par la communication institutionnelle.

Ainsi en est-il, par exemple, de la question amenée par Driss Djazaïri déclarant qu’il serait heureux de “se rendre disponible pour les Israéliens”.
Estimant qu’il ne devait d’explication qu’à la tutelle qui l’a mandaté – l’ambassadeur d’Algérie en Suisse –, le ministère a endossé la suite de la polémique et promettait, dès le 22 décembre dernier, des éclaircissements sur le propos du diplomate. “Nous faisons le point afin de préparer des explications”, a, en effet, affirmé, ce jour-là, le chargé de communication des Affaires étrangères.

Ici, non plus, ce n’est pas la clarification elle-même qui est en cause. Au demeurant, jamais l’État algérien n’a été autant malmené sur le thème du “qui tue qui ?” et des droits de l’Homme par les instances onusiennes siégeant à Genève que depuis qu’il y est défendu par l’actuel ambassadeur. Ce qui est en cause, c’est donc plutôt ce traitement par le silence d’une question préalablement rendue publique, par les évènements et par les réactions officielles à ces évènements.
Depuis dix jours que le ministère “fait le point”, il est intriguant qu’il ne soit pas parvenu à formuler une explication. À moins qu’il ne soit question, comme on le fait en divers domaines, de laisser faire le temps et l’oubli.

Ce procédé, qui consiste à laisser s’effilocher une interrogation jusqu’à ce que le sujet en devienne caduc, semble être érigé en technique de communication officielle. Il s’agit de mettre en attente l’opinion publique et de compter sur l’usure de sa patience. En effet, découragée et requise par d’autres soucis et d’autres évènements, l’attention populaire finit par s’émousser.

Mais le fait d’avoir cette opinion à l’usure n’est pas sans conséquence : la nature ayant horreur du vide, il ira puiser ses explications, qui souvent rivalisent d’extravagances, dans des sources pas forcément bien intentionnées.
Alors que le pouvoir croit avoir mystifié une opinion oublieuse, c’est dans cette ambiance de rétention que la rumeur prospère et tente d’influencer une opinion contrainte à l’autoformation.

Mustapha Hammouche
Liberté
03.01.2011