Tafsut Imazighen – Prémices primavériles

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Tafsut Imazighen - Prémices primavériles
Tafsut Imazighen - Prémices primavériles

(Contribution de Dahmane At Ali à Tamurt) – Voici Avril ! Revoilà le Printemps qui revigore l’irréfragable pulsion de vie qui anime le genre humain depuis l’aube des temps. Un printemps en chasse un autre. Non sans déteindre de renouveau ses couleurs naturelles chatoyantes, verdoyantes et vivifiantes comme l’espoir qui anime le cœur des Hommes vaillants et exhaler, ses parfums nouveaux et enivrants pour stimuler de plus belle leur irrépressible instinct de vie dans leurs sociétés, sous toutes les latitudes et longitudes de la Mère Terre.

Pour les Kabyles en particulier, cette historique date du 20 Avril revêt un sens bien plus profond, elle se confond intimement avec son long cheminement, fait de luttes pacifiques ininterrompues mais déterminées, en quête permanente de sa liberté dont il fut frustré en ce maudit juin 1857.

Un certain 20 avril 1980 en effet, l’âme kabyle, de souche authentiquement amazigh plusieurs fois millénaire, dans un fabuleux indicible élan de communion populaire jaillissait de sous les tombeaux du silence, les calendes de l’oubli et du mépris, dans lesquels la bêtise humaine avait, un instant, cru l’enfermer à jamais. Le soulèvement se fit accompagner d’un cri tellement strident qu’il put déchirer l’épais voile du silence, comme pour le soulager de l’atroce douleur de cet accouchement de délivrance, qu’il fut entendu, pour la première fois, sur la scène internationale ébahie et perplexe !

Après le « Mai 1968 » parisien, le printemps de Prague, de Lisbonne,… ce fut le tour du « le printemps amazigh » d’Avril 1980, le printemps de la renaissance de toutes les espérances des peuples opprimés, réduits à l’asservissement, déchus de leur dignité dont ils furent pourtant divinement nantis. Les espoirs des affligés revigorent aux printemps, nous le disions, la passion des suppliciés, le ras-le-bol des opprimés et la souffrance des damnés de la Terre pour réclamer à l’unisson avec râles leur droit d’existence et de vie et l’émancipation de leurs peuples d’appartenance respective. Les aspirations des peuples amazighs du sous-continent de Tamazgha furent sempiternellement contrariées, voire délibérément combattues et recluses dans les méandres de tant de siècles obscurs.

Mais, mues par un rythme quasi-cyclique, chaque décennie fait rejaillir l’ignition d’une nouvelle génération de Kabyles qui reprend le flambeau à bras le corps et se réapproprier à son tour de l’héritage primavérile.

Lee 18 Avril 2001, tombait sous les balles assassines dans l’enceinte même de la Brigade de Gendarmerie Algérienne à At Dwala (Kabylie occupée) Guermah Massinissa, un jeune Lycéen kabyle d’à peine 19 printemps accomplis. Ce fut le baptême de feu, l’ignition d’un autre « Printemps Kabyle », le printemps noirci par la colère immense d’un peuple meurtri, dont on assassinait 127 bourgeons de sa frêle jeunesse, blessé dans sa chaire, atteint dans sa dignité.

Les prémices primavériles ont de tout temps constitué, nous le voyons, un testament consubstantiel d’un peuple sevré de liberté. L’histoire semblerait lui renouveler indubitablement le serment, chaque décennie échue, intimement inscrit à même sa mémoire collective.

Ainsi, le 1er juin 2010, le peuple kabyle s’est doté du premier gouvernement de son histoire millénaire. Provisoire, certes, en exil, certes, mais il est enfin là ! pour l’Histoire.

Aujourd’hui, en cette saison bénie, la génération de Kabyles de 2013 a atteint l’age de la maturité, politiquement adulte, vaillante, elle accomplit un tiers (1/3) de siècle avec fureur de vaincre cette fois-ci. Elle emmargera elle aussi de son estampille triomphante, juste à coté de celle fraîchement sanguinolente gravée à même les murs de Kabylie par les 127 martyrs du « printemps noir » 2001, comme pour prendre une belle revanche sur l’ironie des décennies qui passent.

Le temps passe, les oppresseurs trépassent se succèdent à la queue-leu-leu sur le chemin des cimetières, mais le Peuple Kabyle lui est éternel, il demeurera toujours là, debout, plus que jamais déterminé à arracher sa liberté et rétablir indéfiniment sa dignité longtemps bafouée, flétrie et souillée sur son propre territoire désormais libéré et purifié de l’avilissement des criminels d’Alger et que nul ne pourrait plus profaner dans les siècles à venir.

Inéluctablement, indubitablement le triomphe sera son partage.

Dahmen At Ali

Pise, le 18 Avril 2013