Tamazight : le ministère de l’Intérieur opte pour le Tifinagh !

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Ministre de l'interieur Algérie
Ministre de l'interieur Algérie

ALGERIE (TAMURT) – A quoi joue le pouvoir algérien concernant le sort de la langue tamazight et plus particulièrement le choix des caractères de sa transcription ? Au lieu d’avoir le courage politique de prendre, avec fermeté et définitivement, la décision adéquate concernant les caractères de transcription de la langue amazighe, le pouvoir pousse au pourrissement et poursuit ses tergiversations.

Le ministère algérien de l’Intérieur vient de mettre encore plus de confusion concernant la question des caractères de transcription de la langue tamazight. En effet, ce département vient de lancer la campagne de propagande pour pousser les algériens à « aller en masse » vers les centres de vote le 18 avril prochain « pour choisir » le président de la République. Plusieurs supports ont ainsi été employés par le ministère en question comme les affiches, les spots publicitaires dans les chaines de télévision publiques et privées ainsi que des placards publicitaires dans plusieurs journaux publics et privés. Le ministère de l’Intérieur, puisque tamazight est « reconnue comme langue nationale et officielle » en Algérie, depuis 2016, a donc prévu une version en tamazight dans l’ensemble des supports médiatiques suscités. Mais, à la grande surprise, le ministère de l’Intérieur a réalisé des supports complètement transcrit en caractères Tifinagh que personne ne comprend en Algérie puisqu’à 99,99 %, tamazight est enseignée depuis au moins 1995 dans toutes les écoles publiques de Kabylie en caractères latins.

Il en est de même dans les départements de langue et culture amazighes existant aux universités de Bgayet, Tizi Ouzou, Bouira et Batna. Le résultat : le ministère de l’Intérieur a réalisé des supports de communication que personne ne comprend, les enseignants et les professeurs d’université de langue tamazight y compris. Comment le ministère de l’Intérieur a-t-il pu commettre une telle connerie alors que l’objectif recherché consiste à tenter de séduire le maximum de citoyens à se rendre aux urnes ?

Les conséquences de cet impair est que les affiches, en grand format, collées sur les murs des sièges des mairies et des administrations de toutes sortes dans les villes et villages de Kabylie, passent tout simplement inaperçues. Il n’y a que quelques nostalgiques des années soixante et soixante-dix qui y jette un furtif coup d’œil. Mais ce sont les placards publicitaires publiés à 100 % dans les journaux qui laissent pantois les lecteurs en frôlant tout bonnement le ridicule. Quant aux spots télévisés, ils sont au moins accompagnés de supports sonores qui peuvent être compris un tant soit peu. Les responsables chargés de la communication avec les citoyens au niveau du ministère de l’Intérieur sont-ils à ce point déconnectés de la réalité ? La question mérite d’être posée.

Tarik Haddouche