Temoignage de Hamrani Mouloud: « Les entraves à notre liberté »

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Mouloud Hamrani au mirco
Mouloud Hamrani au mirco

KABYIE (Tamurt) – Le 10 mars matin, une brume épaisse cédait lentement place aux premiers rayons de soleil. Je me rendais normalement pour participer au premier meeting pacifique du l’URK. La répression que subissent les militants, kabyles dont je fais partie puisque je suis moi aussi spolié de mes droits, était l’objet de notre rassemblement. Aussitôt les pieds posés en ville, vers 10h, qu’un véhicule de police s’arrêta à ma hauteur. Suivi juste après d’un deuxième véhicule duquel  deux policiers en civile me demandent de monter.  J’ai essayé de résister mais en vain. On m’a confisqué mon téléphone et transféré au commissariat numéro 3

Arrivé au commissariat, un policier m’a directement conduit dans une chambre pour un interrogatoire. Les questions commençaient à pleuvoir. En plus de celles classiques, cette fois-ci, la nouveauté consistait à cerner et à   percer le mystère du nouveau mouvement, l’URK. Pourquoi sa création ? Quelle est sa différence avec le MAK ? Qui est son président et qui sont ses cadres, … ?

L’interrogatoire s’est déroulé sans violence. J’ai refusé de signer le PV et on ma reinstallé dans la salle d’attente, au lieu de sortir. A ce moment, commençait le défilé de nos militants arrêtés devant le portail de Hasnaoua, lieu du rassemblement, avec d’autres arrêtés un peu partout en ville. Ils arrivaient sous les coups de matraques des policiers qui les avaient arrêtés.

Même scénario pour eux. Interrogatoires, insultes, humiliations et autres tortures pour saper leurs morales. Vers 14h, on nous a transféré à la clinique pour le certificat médical qui est une procédure obligatoire.

Après la visite, au lieu que la police nous relâche, elle  nous a transféré au commissariat central pour les empreintes et les vérifications des téléphones. Apparemment, ils ont un service spécialisé, pour ce genre d’indices. Nous sommes restés de 19 à10h du lendemain dans la salle d’attente sans possibilité même d’avoir de l’eau

Pendant tout ce temps, les policiers nous menaçaient de nous tabasser voire de nous présenter devant le procureur pour de possibles poursuites judiciaires. Je leur rappelle que nous étions présentés au médecin pour le certificat médical a 14h, chose qui signifie habituellement la sortie du commissariat immédiatement. Mais ce n’était pas le cas, on nous a laissé poiroter pendant un temps interminable et sans le minimum vital . Ce qui constitue une autre atteinte à la procédure  régissant les arrestations. 

Je dois avouer que cette arrestation est un peu différente des autres. Il y avait  un militant diabétique de 55 ans avec moi à qui la police avait refusé de l’eau jusqu’au soir.
Pour brouiller la lucidité de la jeunesse kabyle, décidée à vivre enfin libre sur son territoire en Kabylie, je crains que la répression ne s’amplifie. Les menaces annoncées par les officiers de la police sont un prémices de leur plan de répression de la Kabylie. A l’avenir l’intelligence doit tripler de subtilité. Les pratiques de la police algérienne ne sont que des entraves à notre liberté. On sait que c’est toujours l’oppresseur qui recule, ainsi le veut l’Histoire.

Hamrani Mouloud, membre fondateur de l’URK