Tizi-Ouzou : conférence de presse du sénateur Mohamed Ikherbane – « Même avec mon immunité de sénateur, je me présenterai devant la justice »

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Le feuilleton portant sur la mosquée de la commune d’Aghribs ne semble pas connaître son épilogue. L’affaire risque même de s ‘étaler dans le temps en prenant des proportions considérables puisque deux élus de la région, en l’occurrence le maire d’Aghribs, Rabah Yermache et le sénateur, Mohamed Ikherbane viennent d’être convoqués par la justice suite à une plainte déposée contre eux par un citoyen du village d’Aghribs répondant à l’appellation de Mohamed Aït-Amara.

Les deux élus, issus de la formation politique du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) doivent se présenter devant le tribunal d’Azazga demain, le 10 janvier. C’est par rapport à cette affaire que le sénateur Mohamed Ikherbane, accompagné du président d’APC d’Aghribs, a animé une conférence de presse aujourd’hui au siège de son parti de Tizi-Ouzou.

Le conférencier, exerçant toujours son mandat sénatorial puisque le nouveau sénateur élu, en l’occurrence le Dr Moussa Tamardataza vient de remplacer M. Mohand-Akli Semmoudi, s’est dit outragé que le magistrat d’Azazga n’ait pas tenu compte de l’immunité que lui garantit pourtant la constitution algérienne. « Même l’article 111 du code pénal stipule qu’un juge ou un policier violant l’immunité d’un parlementaire encourt une peine de un à trois ans d’emprisonnement ».

« J’ai le pouvoir de ne pas me présenter devant la justice, souligne le conférencier, mais j’ai décidé cependant de m’y présenter car je suis motivé par le désir de donner une leçon de pédagogie aussi bien au citoyen ». Présent à ce rendez-vous, le président des bureaux régionaux RCD de Tizi-Ouzou et Boumerdès, M. Boussad Boudiaf, prendra la parole pour signifier que « le sénateur Mohamed Ikherbane n’a pas peur pour sa propre personne car il a largement les moyens d’ignorer la convocation du procureur du tribunal d’Azazga ». « Et s’il a accepté de répondre à l’ordre de la convocation, précise Boussad Boudiaf, c’est uniquement dans le but de faire valoir l’acte citoyen et une façon ‘inciter les autres à manifester du respect pour la justice ».
Reprenant la parole, le sénateur Mohamed Ikherbane dénoncera l’existence d’anguille sous roche puisque « dans le temps des députés évoluant dans des partis politiques connus de tous ont commis des assassinats sans pour autant que la justice n’ait jugé nécessaire de les convoquer car ils ont fait valoir leur immunité parlementaire ».

A la question de révéler l’identité de ces anciens députés ayant commis des assassinats sans pour autant répondu de leurs crimes, le sénateur Mohand Ikherbane a refusé de citer leurs noms car « ce n’est cela l’ordre du jour de cette rencontre avec la presse ». A ce moment, M. Boudiaf intervient pour la seconde fois : « Dans cette affaire, ce n’est pas le sénateur Mohamed Ikherbane, en tant que personne, qui est ciblé mais le RCD pour son refus de la soumission ». Le sénateur Mohamed Ikherbane revient encore à la charge pour dénoncer « cette situation qui n’a semblé déranger aucune autorité ». « Quand j’ai reçu l’ordre de citation à comparaître, dit-il, j’ai saisi par écrit le président du sénat pour dénoncer la violation de l’immunité sénatoriale. Hélas, je n’ai pas obtenu de réponse de sa part ». « D’ailleurs, précise le conférencier, nous n’avons même pas appelé la population pour une quelconque manifestation. Nous avons seulement décidé de faire appel à la presse pour tenir au courant l’opinion publique de ce cas inédit ».

Avant de poursuivre son intervention, le conférencier est saisi d’une question ; à savoir si le procureur du tribunal d’Azazga, auteur de la convocation, a agi délibérément de la sorte et comment éventuellement devait-il agir en pareil cas, c’est-à-dire quand l’affaire concerne un élu ? C’est l’ex-député du parti, juriste de son état, M. Hakim Saheb qui donne la réponse : « Quand la justice doit entendre un parlementaire, elle doit saisir son ministère de tutelle (ministère de la justice). Celle-ci saisit à son tour le parlement ou le sénat pour une éventuelle levée de l’immunité du concerné. Quand il s’agit d’un élu local comme par exemple le maire, si le tribunal concerné par l’affaire se trouve dans la juridiction de l’élu concerné, il doit saisir le procureur général près de la cour pour que celui-ci ordonne le transfert de l’affaire à traiter vers une autre juridiction. Ce qui n’est malheureusement pas le cas concernant le maire d’Aghribs puisque le tribunal d’Azazga relève de sa juridiction. Plus grave encore avec le cas de M. Mohamed Ikherbane qui est sénateur ».

Toujours à l’issue de ce rendez-vous avec la presse, le sénateur Mohamed Ikherbane est revenu sur l’origine de cette affaire qui, devons-nous rappeler, a fait couler beaucoup d’encre et qui remonte à l’année 2010. Le conférencier répètera n’avoir diffamé personne d’où la plainte le ciblant ne repose sur aucun justificatif. « A l’issue de ce rendez-vous citoyen, j’y ai pris part à l’instar de plusieurs parlementaires de cette époque et je ne me suis pris à personne dans mon intervention. D’ailleurs, ce plaignant, je le connais ni d’Eve ni d’Adam. Il est vrai cependant que je n’ai jamais caché ma sympathie pour les habitants d’Aghribs. Donc, je ne vois pas comment j’ai diffamé le plaignant ». « C’est pourquoi aussi, j’ai décidé de me présenter après-demain (le 10 janvier) au tribunal d’Azazga ».

Avant de terminer son intervention, le sénateur Mohamed Ikherbane a lancé une invitation à la presse pour couvrir cet événement d’Azazga. Quand au président de l’APC d’Aghribs, pourtant présent à la tribune conférencier et annoncé également comme conférencier, il n’a pipé mot durant toute la durée de la conférence. Il est vrai que c’est le sénateur Mohamed Ikherbane qui jouit de la réputation d’homme au verbe facile.

Said Tissegouine