Tizi-Ouzou : La marche du MAK empêchée par le régime d’Alger

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La surprise de mauvais goût a été de taille aujourd’hui pour le peuple kabyle. En effet, contrairement aux années précédentes où la grande famille militante et patriotique du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) pouvait marcher à Tizi-Ouzou à l’occasion de Yennayer, cette fois-ci le régime d’Alger a empêché la marche.

Très tôt le matin, la ville des Genêts est quadrillée par l’arsenal répressif aussi bien humain que matériel. Même une automitrailleuse a été mise en place au carrefour du centre-ville (place de l’ex-Mairie) pour être mise à l’emploi en cas de nécessité. Officiellement, la présence de cet engin meurtrier est pour repousser une éventuelle attaque terroriste. Cependant d’aucuns vous diront que c’est bien la première fois depuis des années que cette automitrailleuse aux couleurs de la police a été placée à cet endroit. Une photo de cette voiture crachant « la mort » n’a pas été possible! Cependant, des centaines de milliers de paires de yeux l’ont vue. Au moment où nous rédigeons ces lignes, elle est toujours en place à côté d’autres fourgons de transports de policiers.

Concernant les alentours où devait avoir lieu le début de la marche, soit devant le portail de l’université Hasnaoua, le nombre de policiers en tenue et en civil a dépassé de très loin le nombre de manifestants aux premières heures de la journées. Selon des témoignages concordants, les policiers ont pris position dès sept heures du matin, soit de loin avant le lever du soleil. Tous les boulevards, toutes les rues et toutes les places donnant accès à Hasnaoua ont été encombrés par les policiers et leurs engins où figuraient naturellement les lourds et redoutables balayeurs d’obstacles dits vulgairement « Moustaches ». L’ordre reçu « d’en haut » par les forces de police était d’empêcher coûte que coûte les manifestants du MAK de marcher.

A dix heures, les militants et patriotes du MAK, également fort nombreux, se sont rassemblés sur la place du rendez-vous (devant le portail de l’université Hasnaoua). Pour les responsables du MAK, il fallait trouver une parade à cette agression injustifiée du régime d’Alger. Fallait-t-il marcher et subir un bain de sang ou se contenter d’annuler la manifestation ? Pour la grande militante et patriotique, il était hors de question d’annuler la manifestation. « Yennayer est la fête la fête du peuple kabyle/ », ont clamé des milliers de voix. Il va sans dire que les manifestants n’ont pas paniqué, car ils ont vite trouvé la raison des motivations du régime d’Alger à empêcher la marche : il a peur de la représentativité populaire du MAK. Et à fur et mesure que le temps passe, les rangs des manifestants se gonflaient et la panique gagnait les rangs des services de sécurité. La panique des services de sécurité était telle que leurs responsables ont donné l’ordre aux brigades antiémeutes de s’avancer davantage des manifestants en serrant les rangs. C’est pourquoi, les manifestants se sont retrouvés pris en « sandwich ». Il est onze environ quand les militants et patriotes du MAK ont décidé d’occuper carrément la chaussée. Ce geste augmenta encore d’un cran la panique dans les rangs des services de sécurité. A un moment donné, les corps des manifestants et des brigades antiémeutes se sont frôlées. Cependant, les responsables du MAK, M. Bouaziz Aït-Chebib notamment, ont veillé à ce que le pacifisme soit toujours de rigueur chez « le peuple kabyle qui est civilisé ».

Sous les cris, les chants patriotiques et les drapeaux aux couleurs kabyles, les manifestants ont réussi à faire avaler l’amère pilule au régime d’Alger qui désespère de voir la Kabylie lui tourner le dos. Par ailleurs, dans sa harangue de foule, le président du MAK dont la voix était amplifiée par un mégaphone a mis à nu le pouvoir central d’Alger qu’il qualifia de « régime barbare ». Tout en désignant le président Abdelaziz Bouteflika, le général Tewfik et le premier ministre Ahmed Ouyahia d’éléments nuisibles dès lors qu’ils travaillent à contre-sens des intérêts du peuple, Bouaziz Aït-Chebib lancera : « les tenants du pouvoir algérien subiront le même sort que Zine Eddine Ben-Ali, El-Kadafffi et Hosni Moubarek ». Selon le président du MAK, l’écartement du pouvoir des représentants du régime dictatorial d’Alger n’est qu’une question de temps. Poursuivant son discours, l’orateur affirmera que la victoire reviendra en fin de comptes au peuple kabyle car « il est juste et se trouve dans son plein droit ». « Le chemin sera peut-être long et difficile mais une chose est certaine : nous atteindrons notre objectif », précise encore le président du MAK. Dans cette perspective de victoire finale du peuple kabyle, le président du MAK a lancé un appel « fraternel aux partis politiques kabyles (FFS et RCD ndlr) pour joindre leurs forces à celles du MAK car il est indispensable d’arriver vers l’unicité totale des rangs ». Aussi, il ne manqua pas d’appeler encore ces deux partis politiques à ne participer aux prochaines élections. Notons également que Bouaziz Aït-Chebib a lancé un appel à l’ensemble des forces citoyennes et citoyens kabyles à se mobiliser le 20 avril prochain. Pour le président du MAK le rendez-vous d’aujourd’hui n’est qu’une partie remise car à l’occasion de la commémoration du 32ème anniversaire du Printemps kabyle, la marche aura lieu à Tizi-Ouzou d’une façon ou d’une autre.

Enfin, Bouaziz Aït-Chebib a déclaré que « l’empêchement de la marche est synonyme de victoire politique du MAK sur le pouvoir ; ceci est une leçon à retenir ». Il est I2 heures et quarante minutes, la manifestation a pris fin.