Tizi-Wezzu : Les Enfants des martyrs de la révolution réhabilitent le monument aux morts du centre-ville

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Leur action a été traduite par la fermeture pure et simple à l’aide d’un cadenas du portail en fer forgé donnant accès à l’espace du monument en question. Ce geste à saluer s’est déroulé sans anicroche puisque les militants de la FNFC ont été appuyés par la force publique. En effet, les personnes présentes à l’intérieur de la plate-forme du monument, cinq ou six adolescents, ont été sommés par les policiers de quitter les lieux au moment où on s’apprêtait à cadenasser le portail.

A l’heure fixée à l’issue d’une réunion tenue la veille, les manifestants, forts nombreux, étaient arrivés sur le lieu du rendez-vous. « Avec ou sans l’accord des autorités, nous veillerons à ce que ce lieu, symbole du sacrifice et de la gloire de nos martyrs, cesse d’être un lieu mal famé », ont confié certains membres de la FNFC à Tamurt avant l’entame de l’action. A la question de savoir si la violence aurait figuré parmi les options envisageables, nos interlocuteurs nous ont répondu par l’affirmative. Les acteurs de la FNFC ont tenu à souligner que la violence ne faisait pas partie de leur profil naturel mais « si c’était le seul moyen d’empêcher les infamies qui se commettent au niveau de ce monument, nous en userions sans peur et sans regret ».

Les différents témoignages que nous avons obtenus auprès des manifestants se corroborent sur la raison de leur colère et de leur indignation. Chaque jour que Dieu fait, du matin jusqu’à la fin de l’après-midi, le sol et les longs bancs marbrés du monument sont envahis par des camelots et des faussaires de tout genre. Tout ce que la raison humaine considère comme prohibée est proposé à la vente. Des produits de l’encens et des amulettes jusqu’à la fausse monnaie via la fausse matière aurifère et argentière. Parmi la foule nombreuse attirée par ce marché qui ne dit son nom figurent immanquablement aussi les voleurs à la tire. A la tombée de la nuit, les lieux sont sollicités par une autre espèce d’individus, pire que celle des heures diurnes. En effet, le monument aux morts du centre-ville redevient le lieu des dealers, des drogués et autres parias de la société. Il paraît que même des actes homosexuels s’y commettent à l’heure où seul le cri du hibou ou de la chouette viole le silence de la ville.

Devant cette immoralité criarde qui se commettait juste au-dessus des os encore frais de celles et ceux qui ont arraché l’Algérie à la France coloniale, la FNFC a adressé plusieurs correspondances aux responsables de l’APC de Tizi-Ouzou pour y apporter des correctifs nécessaires. Hélas, aucune missive ni aucun appel n’ont eu d’écho de la part de ceux-là même que la loi oblige à veiller à la propreté et à la sainteté des lieux en question. L’inénarrable du silence municipal est que le maire de Tizi-Ouzou, M. Belhadj, est Moudjahid. En tout cas, lui-même l’a dit et répété à diverses occasions. Pour leur part, la direction des Moudjahidine de la wilaya de Tizi-Ouzou et l’Organisation nationale des Moudjahidine de la même wilaya ont aussi curieusement fermé les yeux et bouché les oreilles sur le sacrilège que des individus sans foi ni loi commettaient au cœur même de la Kabylie.

Sacrilège est le terme exact à employer dans ce contexte précis. Est-ce à soupçonner les responsables des institutions de tirer la grande joie dans les actes innommables commis à l’endroit des martyrs parce que ceux-ci sont kabyles ? Toutes les données en notre possession plaident malheureusement pour cette terrible thèse. En effet, même le grand cimetière des martyrs de la révolution de M’douha subit depuis des années des profanations et des actes de dégradation. Ce lieu ressemble effectivement à tout sauf à un cimetière. A ces agressions humaines s’ajoute celle de la nature. En effet, par manque d’entretien flagrant, les herbes sauvages et rebelles envahissent les espaces d’entre les tombes. La hauteur des plantes herbacées dépassent des fois la taille d’un homme. Cependant, les herbes, aussi sauvages et aussi longues et fournies soient-elles ne se défendent pas contre la faucille ou la faux. Ce n’est pas le cas des hommes et des femmes. Tenter de dissuader les occupants des lieux de s’abandonner à leur passion n’est pas du tout sans risque majeur. A vrai dire, cela équivaudrait à décrocher son billet d’entrer à l’hôpital et peut-être même à avaler son extrait d’acte de naissance comme aurait dit feu Auguste le Breton. Le seul ouvrier d’entretien de ce cimetière dont l’handicap physique est estimé à 50% connaît un bout à la réaction de ces énergumènes fréquentant ces lieux sacrés quand ils sont dérangés dans l’exercice de leur « passion ». Il a évité plusieurs tentatives de lynchage grâce à la rapidité de ses jambes. « A chaque fois que j’ai essayé de faire entendre à ces individus que les morts méritent respect, j’ai été pris à partie. Et je n’ai pu trouver refuge que dans la fuite à toutes jambes, et ce en dépit de mon handicap », nous a confié ce brave ouvrier.

La profanation de ces lieux est rendue possible par la démission des autorités. Celles-ci n’ont ni la capacité ni la volonté de remplir leurs missions ou du moins en Kabylie. D’ailleurs, aucun citoyen kabyle ne les reconnaît comme telles. Cette dichotomie entre les citoyens kabyles et les institutions de la république algérienne ne date pas d’aujourd’hui. C’est pourquoi elles doivent laisser la place au Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK) pour s’acquitter de cette mission qui relève de ses propres compétences et prérogatives. Et plus vite on laissera le GPK prendre en main la destinée du peuple kabyle et plus vite ses plaies se cicatriseront. Et encore plus vite une éventuelle amnistie à l’endroit de l’Administration centrale d’Alger, responsable de la gabegie que l’on connaît, se rapprochera des victimes.

En attendant donc que les responsables du gâchis fassent, pour leur bonheur et pour celui de leurs millions de victimes, leur mea culpa, les dignes héritiers de feu Rabah Benchikhoune viennent d’apporter, par leur action de réhabilitation du monument aux morts du centre-ville de Tizi-Ouzou, leur pierre à la construction de la république moderne et progressiste kabyle.

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