Tizi-Ouzou – Salima Labidi et Boubekeur Makhoukh honorés

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A la grande salle du théâtre régional Kateb Yacine, les festivités ont été traduites par la projection de deux films faisant le portrait des deux artistes disparus, les témoignages faits par ceux et celles les ayant côtoyés sur scène et dans le privé. Feus Boubekeur Makhoukh et Salima Labidi ont été décrits comme des êtres généreux, intelligents, sensibles, chaleureux et très exigeants dans la qualité du travail. Ils étaient toujours en quête du meilleur en matière de qualité du travail. Et en sus de ces témoignages aussi poignants qu’émouvants, les familles des deux artistes défunts et les artistes cités ci-haut ont été gratifiés de prix en guise de reconnaissance pour leur travail artistique.

La clôture a été faite l’interprétation de « la terre et le sang » de Mouloud Feraoun, version kabyle et sous forme théâtrale. L’adaptation de ce chef d’œuvre livresque de Mouloud Feraoun au jeu théâtral en langue kabyle est de Mohand-Aït-Ighil. Quant à la mise en scène, elle a été du ressort de Omar Fetmouche. Que dire de cette version sinon que c’est un chef d’œuvre ? Très belle chorégraphie, jeu sublime des acteurs et actrices, excellent accompagnement en chant et musique. Certes, pour mieux comprendre le message de Mouloud Feraoun, rien ne vaut la lecture de son livre.
Tout de même, en suivant avec attention la représentation théâtrale, on peut avoir une grande idée sur « La terre et le sang ». Et bravo à toute l’équipe qui nous a fait des picotements au cœur en nous faisant revivre le temps d’un instant cet amour « coupable » entre Amar, l’époux de Marie et Chabha, l’épouse de Slimane.

Biographies de Salima Labidi et Boubekeur Makhoukh

Salima Labidi : Elle est née le 9 septembre I949 à Miliana et a débuté sa carrière de comédienne en 1966 au théâtre radiophonique de la chaîne I. Elle a enchaîné des rôles dans les pièces tragicomiques traitant des questions et problèmes de la société. Ses hautes performances dans la comédie lui vaudront d’être sollicitée pour des rôles dans des téléfilms. « Ahil, ahil », « Yak nighak (je te l’ai pourtant dit) », réalisés par Rachid Harhar, « El michoir (le parcours) » de Messaoud A. Ayeb sont des films dans lesquels Salima Labidi a prouvé ses talents d’actrice jouant devant la caméra.
Pour le cinéphile kabyle, il sera surtout marqué par les performances de Salima Labidi pour son rôle de « Monica » qui baragouine le kabyle. A vava Méziane et Ayma Ferroudja prononcés comme « papa Méziane » et « mama Ferrou » ont fait merveille. Hélas, juste un an et demi après avoir bouclé « da Méziane », Salima Labidi rend l’âme à Dieu. Elle est décédé plus exactement le 4 avril 2013 à l’âge de 64 ans à la suite d’une longue maladie. Elle repose au cimetière d’El Madania, sur les hauteurs d’Alger.

Boubekeur Makhoukh : Il est né le 6 mars 1954 Tifilkout, village qui perche sur la majestueuse montagne du Djurdjura. Cependant, l’artiste vivra à Béjaia et Annaba. C’est également au sein des maisons de jeunes et théâtres régionaux de ces deux villes que l’homme forgera ses armes et prouvera ses talents d’homme du 4ème art. Il s’investira beaucoup dans le théâtre pour enfants. Sa connaissance des langues étrangères le serviront beaucoup dans son itinéraire artistique. En sus du kabyle et de l’arabe, l’artiste maîtrisait effectivement le français, l’anglais et l’italien. Cela lui permettra effectivement de traduire des pièces et d’adapter des écrits faits d’une langue à une autre. De l’arabe au kabyle et vice versa et du français au kabyle et l’arabe etc. C’est aussi grâce à Boubekeur Makhoukh que le talentueux acteur Azeddine Medjoubi a été reconnu comme tel puisque durant longtemps, il aurait été marginalisé. Atteint d’une maladie rénale et du diabète, Boubekeur Makhoukh décéda le 3I mai I998 à l’hôpital de Nantes (Frances). Il est enterré au cimetière de Sid Hars d’Annaba le 8 juin 1998.

Addenda : Rencontré à l’occasion de l’hommage rendu aux artistes Salima Labidi et Boubekeur Makhoukh, Slimane Boubekeur, le scénariste du feuilleton « Da Méziane » a bien voulu satisfaire la curiosité de Tamurt.info.

Slimane Boubekeur (Mokrane l’épicier dans le feuilleton) nous apprend qu’il est né le 26 décembre 1961 à la Casbah Alger. L’homme est cependant originaire de Guendouz, petit village rattaché à Ighil-Ali (Béjaia). « C’est mon père qui décida de déménager de Ghendouz pour s’installer à Alger », nous apprend notre interlocuteur qui parle un kabyle châtié alors qu’il ne l’a appris que bien plus tard. Slimane Boubekeur souligne également qu’il est venu au monde du cinéma après avoir excellé dans le théâtre. « j’ai forgé mes armes, dit-il, au TNA qui n’est pas loin de chez-moi ». Son arrivée au cinéma remonte seulement à l’année 2004 avec « Bedra ».

A la question de savoir comment expliquer le grand succès de « Da Méziane », Slimane Boubekeur nous apprend qu’en ce qui concerne l’écriture, c’est lui-même qui l’a assurée puisque après tout il a fait une formation de scénariste. Quel est le secret justement de l’écriture d’un scénario concernant un film en kabyle ? Est-ce directement en tamazight ou dans une autre langue et dès lors les comédiens se débrouillent pour la traduction orale ? « L’essentiel dans le scénario, nous apprend le scénariste du feuilleton « Da Méziane » est d’être compris par les opérateurs et les autres membres de l’équipe technique ». « Ceci dit, poursuit Slimane Boubekeur, j’ai écrit « da Méziane en langue arabe puisque j’ai une grande maîtrise de cette langue ». Concernant ce feuilleton, son scénariste nous apprend qu’il a été composé de 93 épisodes et a été diffusé de 2010 jusqu’à 2013.

A la question de savoir s’il y a projet de rallonger la longévité de ce feuilleton puisque les 93 épisodes passés ont été couronnés de succès, Slimane Boubekeur répond par un niet catégorique. « Pourquoi ne pas se contenter du succès », répond-t-il d’une voix catégorique. D’autres projets alors en vue ? Bien sûr ! Notre interlocuteur nous apprend que le téléspectateur algérien aura le loisir de découvrir durant ce mois sacré du ramadhan qui approche le feuilleton de 15 épisodes intitulé « Voutkoulhathine ( le bêtisier). Ce produit filmique est sur la table de montage ; autrement les opérations de filmage sont terminées. Et surprise ! Slimane Boubekeur s’est retrouvé seulement derrière la caméra, c’est-à-dire réalisateur. Quant à l’écriture du scénario, elle a été du ressort de Omar Dahmane, également auteur de l’histoire dans la forme livresque. Ben oui, Slimane Boubekeur a également suivi une formation dans la réalisation. « Je préfère à présent être derrière la caméra et non devant », nous dit-il.

S’agissant du synopsis de « Voutkoulhathine », il est du genre psychodramatique. L’histoire se serait passée en Algérie durant l’époque coloniale et s’étalera jusqu’à la veille du déclenchement de la guerre d’indépendance.

De Tizi-Ouzou, Saïd Tissegouine