Tizi-Wezzu (Tizi-Ouzou) : des milliers de travailleurs sont sortis dans la rue pour exiger leurs droits

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Ils étaient ce matin des milliers de travailleurs de la wilaya de Tizi-Ouzou et relevant de la fonction publique, à marteler les pavés de la ville des Genêts pour exiger leurs droits socioprofessionnels et moraux.

En effet, les salariés de la santé publique, l’éducation nationale, les collectivités locales, la formation professionnelle, les œuvres universitaires, la culture, la jeunesse et des sports, comme une seule personne, se sont donnés rendez-vous ce matin devant le siège de la daïra de Tizi-Ouzou et celui de l’Union de l’UGTA qui sont l’un en face de l’autre pour ensuite s’ébranler jusqu’à la wilaya à l’effet de continuer leur manifestation par l’observation d’un long sit-in.
Cette fois-ci, les travailleurs des secteurs cités ci-dessus, après des années d’attente, ont décidé de réagir pour mettre une bonne fois pour toute un holà à leur statut de laissés pour compte, plus exactement, à l’esclavage légalisé dans lequel l’Etat algérien les a confinés. Le mot « esclavage » fait peut-être peur. Il n’en demeure pas cependant que c’est la triste réalité. Oui, au pays d’Abdelaziz Bouteflika et d’Ahmed Ouyahia, il y a des travailleurs qui travaillent plus de huit heures par jour alors qu’ils ne sont rémunérés qu’à raison de cinq (05) heurs la journée. Avec cinq années d’ancienneté, des travailleurs perçoivent un salaire de huit mille (8.000) DA par mois. Ces lignes que nous présentons à nos lecteurs ne relèvent pas de la littérature ; ou tout bonnement de la fiction. C’est bien la triste réalité.

Ces employés payés à 05 heures la journée et travaillant en réalité plus de 08 heures assurent leurs fonctions au Centre-Hospitalo-Universitaire (CHU) de Tizi-Ouzou. Et leur cas n’est pas unique. Des travailleurs d’autres secteurs subissent effectivement le même sort. Ce qu’ils ont confié à Tamurt.info prouve aisément que l’Algérie est réellement à la traîne.

En effet, en plus du salaire de misère et les heures supplémentaires non rémunérés, les travailleurs du secteur de la santé assurent souvent les missions qui relèvent de la compétence des infirmiers et des médecins. L’insécurité est leur quotidien. Les primes de panier et de transport ne sont à leurs yeux que des mots insignifiants.

Au niveau des œuvres sociales de l’université Mouloud Mammeri, c’est la pagaille. Les vols et détournements, le passe-droit, le non renouvellement du syndicat et tant d’autres anomalies sont légion. Dans le secteur de l’éducation, la situation n’est guère mieux. Pour camoufler le désastre de son secteur, le ministre de l’éducation, M. Aboubakr Benbouzid, circonvient à chaque fin d’année scolaire le grand taux de réussite aux examens.
Le secteur professionnel est aussi sinistré que les autres. Pour tromper son monde, le ministre de la formation professionnelle, M. EL Hadi Khaldi, affirme devant les caméras de la télévision nationale que son département ministériel signe des conventions de partenariat avec d’autres ministères. A croire que les problèmes relevant de son propre secteur se résument à la disette de conventions de partenariat.

Quant à M. Djamel Ould-Abbès, le ministre de la santé, nous pensons qu’il n’est plus à présenter. Il est reconnu à l’unanimité que c’est un mythomane. Nous pensons à présent qu’il traîne même des symptômes de sadisme. Et comment ? Après avoir réduit le personnel de la santé publique à l’indigence matérielle des plus criardes, il a « augmenté » d’un trait son plaisir en privant les malades de médicaments. Et pour boucler la boucle, il s’est adressé, par le biais de la presse, à son premier responsable hiérarchique, le premier ministre en l’occurrence, qu’il n avait aucun compte à lui rendre puisque «c’est le président de la république qui m’a nommé par décret».

Quant à M. Madjid Sidi-Saïd, le patron de l’UGTA, au lieu de rester fidèles à ses fonctions de syndicaliste, il a préféré « exceller » dans la politique. Le vide qu’il a laissé est tel que le syndicalisme est pratiqué à présent dans toute sa dimension par l’UGTA – Union de la Wilaya de Tizi-Ouzou. D’ailleurs, c’est l’instance régionale de Tizi-Ouzou qui a initié la grande manifestation d’aujourd’hui.

Aussi, dans une déclaration rendue publique par l’UGTA-Union de Wilaya de Tizi-Ouzou, « l’interprofessionnelle de la fonction publique relève avec regret l’ostracisme dont sont victimes les travailleurs des corps communs, et ce, à travers les récentes revalorisations et classifications à la césarienne qu’a connues la fonction publique ». « Par voie de fait, poursuit le document des représentants régionaux des travailleurs, il ressort un relèvement insignifiant des salaires, un régime indemnitaire inconséquent ainsi que la promulgation d’un statut ségrégationniste pendu à la hâte ». « Cette distorsion à l’égard du parent pauvre de la fonction publique, poursuivent les rédacteurs de la déclaration, incite l’état major UGTA de Tizi-Ouzou à faire de cette préoccupation l’excellence de ses priorités ».

Enfin, tout en énumérant les points constituant la plate-forme de leur revendication dont « l’abolition de l’article de la honte dit 87 bis de la loi 90/II, l’intégration des corps communs dans leurs secteurs respectifs, la confirmation des contractuels et vacataires, l’augmentation substantielle des salaires des corps communs, l’alignement du régime indemnitaire des corps communs aux corps spécifiques … », l’UGTA – Union de la Wilaya de Tizi-Ouzou, note : « Afin que nul n’ignore, l’interprofessionnelle de la fonction publique a décidé d’endosser et de mettre les dossards au départ de la compétition qu’attend tous les travailleurs des corps communs pour la reconsidération et un ajustement à hauteur du préjudice pour que cette population vulnérable puisse recouvrir sa dignité et son émancipation sociale ».

Force est de reconnaître que le contenu de ce document déclaratif est fidèle à l’esprit et l’expression des manifestants. Tout au long de leur marche, ils ne cessaient de répéter ce slogan « Naâya dhi l’vâtel (Nous en avons assez de l’iniquité ».

Notons enfin que la Kabylie est la région la plus touchée par la misère sociale en général et l’indigence des travailleurs particulièrement.

Par Said Tissegouine