Tizi-Ouzou, (Tizi-Ouzou) – Grande marche des rappelés de l’ANP pour exiger leurs droits

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Après avoir remonté le boulevard Larbi Ben M’hidi, les rappelés de l’ANP en colère ont contourné le Rond-Point (centre-ville) pour remonter ensuite la rue Moh-Saïd Ouzefffoun et tourner juste après à droite pour parcourir le long boulevard Houari Boumèdiène. Et une fois devant l’entrée officielle du siège de la wilaya, les marcheurs ont tourné à gauche pour suivre la route menant directement devant la wilaya.

En dépit, rappelons-le, de la forte pluie glaciale et incessante, la marche a été marquée par plusieurs arrêts. Forts disciplinés, les rappelés de l’ANP ont scandé plusieurs slogans et chanté en chœur plusieurs chants et antiennes militaires.  Parmi les slogans, figurent « vive l’Algérie ! », « L’armée est avec toi Zeroual ! (le président Liamine Zeroual ndlr) », « vive le MOB ! (les Mobilisés) », « El-Djaïr hourra oua démocratia ! (l’Algérie, libre et indépendante) ». Par ailleurs, les manifestants marchaient en martelant fortement le pavé et en poussant des cris à la manière des commandos, « ouahed-thnine – ouahed-thnine (une-deux, une deux) ».  Le drapeau national algérien, confectionné sur un tissu long d’une quarantaine de mètres de long et dont la largeur couvrait presque toute la chaussé est tenu par des dizaines de main.

Le groupe ouvrant la marche exhibe également le drapeau national fait sur la dimension habituelle ainsi qu’une banderole sur laquelle on pouvait lire « Nous les combattants qui avons répondu au devoir national, donnez-nous nos droits/ ».  Une fois devant le point d’arrivée (siège de la wilaya), les manifestants ont d’abord observé une minute de silence à la mémoire des Martyrs pour entamer ensuite en chœur le chant de l’hymne national algérien, Kassaman lequel a été écrit par le poète M’zab, Moufdi Zakaria.

Une fois Kassaman chanté, les manifestants ont dégagé une délégation devant voir le wali pour lui transmettre leur plate-forme de revendications. Cependant, la délégation a été reçu par un autre responsable puisque le premier commis de l’Etat de la wilaya de Tizi-Ouzou était absent à ce moment là. En fait, le wali s’est rendu au village d’Akhal-Azeggah dans la comme de Draâ-Ben-Khedda pour assister à l’enterrement de la mère du général Saïd El-Bey, premier responsable de la 2ème région militaire (Oranie).  S’agissant exactement des revendications des rappelés de l’ANP qui sont, selon leurs dires, au nombre de quatorze, figurent :
– La reconnaissance des droits des rappelés du service national,
– le droit au bénéfice des avantages de la Charte pour  la paix et la réconciliation nationale,
– avoir la possibilité de création d’une organisation nationale des Rappelés,
– le droit à une pension mensuelle et à une indemnisation pour la période allant de I995 à 200I,
– la reconnaissance des droits des victimes physiques et morales,
– la réintégration dans leurs postes d’origine des rappelés les ayant perdu après leur rappel sous les drapeaux.

Notons enfin que manifestants ont violemment critiqué la politique du président, M. Abdelaziz Bouteflika, qui « a permis aux terroristes repentis d’obtenir tous ce qu’ils voulaient et mis aux oubliettes ceux qui ont combattu de toute leur âme le terrorisme destructeur ». Plus clairement, les manifestants ont décrié la Charte pour la paix et la réconciliation nationale votée le 29 septembre 2004. 

Ils semblent déterminés et prêts, s’il le faut, pour une dure et longue partie de bras de fer avec le pouvoir pour satisfaire leurs exigences puisque l’un des manifestants nous a déclaré que « si nos revendications ne sont pas satisfaites, nous appelons au boycott de toutes les échéances électorales ».  la prochaine consultation populaire est prévue pour le mois de mars de l’année prochaine.  Cela veut dire donc que la plate-forme de revendications des manifestants doit être satisfaite avant cette échéance des législatives. 

Serait-ce possible pour le pouvoir de lâcher du lest maintenant ?

Tout dépend de la pression de la rue. Toutefois, si on prend en considération la position officielle de l’Etat algérien, cela ne serait possible ni politiquement ni financièrement.

Financièrement d’abord : le premier argentier de l’Algérie, M. Karim Djoudi, n’arrête pas de rappeler aux Algériens que leur pays n’est pas à l’abri du chaos économique et financier. A chacune de ses sorties, le ministre des finances parle du risque du choc pétrolier et de la crise financière qui sévit durement en Occident laquelle pourrait avoir des répercussions désastreuses sur les pays du Tiers-Monde où figure en plein milieu l’Algérie.  Nos lecteurs doivent savoir que M. Karim Djoudi est diplômé par une grande école où la rigueur n’est accordée qu’à la rationalité et non par la medersa des chouyoukhs et des derviches. Donc, l’homme sait parfaitement de quoi il parle. En clair, cela veut dire que le trésor public algérien ne peut désormais faire le sybarite.

Sur le plan politique, M. Abdelaziz Bouteflika  ne peut se permettre à présent de contrarier les islamistes dès lors qu’ils jouissent de « la bonne note » de l’Occident, Washington notamment. Faire bénéficier des mêmes avantages les victorieux (les islamistes) et les perdants  ( ceux qui les ont combattus tels que les militaires, les policiers, les GLD etc.) relèverait d’une contradiction. Comme chacun le sait, à la fin d’une guerre, il y a toujours un vainqueur et un vaincu.  L’ex æquo ne peut concerner que deux équipes de football d’un niveau très médiocre où les écoliers préférant le gazouillement des oiseaux à la « litanie » de leur maître.  Le sabre de l’Etat algérien, brandi initialement contre les terroristes, a fini par trancher les coups des partisans d’une république moderne. En définitive donc, il faudrait plus que le martèlement des pavés pour avoir une chance de renverser la vapeur. 
 

Addenda :
– Les rappelés sous les drapeaux sont au nombre de 17.000 à l’échelle de la wilaya de Tizi-Ouzou et de 133.000 à l’échelle nationale algérienne.
– La période des rappels sous les drapeaux se situe entre l’année 1995 et 1999.
– Au niveau du chef-lieu de la wilaya de Tizi-Ouzou, la première marche des rappelés a eu lieu au mois d’août dernier (2011).
– La seconde a eu lieu au mois d’octobre. La troisième, le premier novembre, soit lors de la commémoration du 57ème anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale.
– La dernière, hier, soit donc le 28 décembre 2011.