Travailleurs de l’abattoir de Tizi-Ouzou – Ils ferment la route en guise d’opposition à la fermeture de leur entreprise

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Tizi-Ouzou Tamurt.info: Les travailleurs de cet abattoir, classé deuxième à l’échelle nationale sur le plan infrastructurel et d’accueil de têtes animalières à abattre, ont reçu cette annonce de fermeture (synonyme de leur mise à l’écart du monde du travail) comme un coup de massue. Selon M. Amar Bounoua, porte-parole des travailleurs protestataires, les responsables de l’APC de Tizi-Ouzou n’ont pas pris la peine d’avertir les travailleurs en question d’un préavis annonçant la prochaine fermeture de l’abattoir. C’est pourquoi, sitôt l’effet de surprise passé, les 35 employés de l’entreprise ont décidé de passer à l’action. Sans tergiverser dans la discussion, et comme un seul homme, ils ont procédé à la fermeture du boulevard. Et pour ce faire, ils n’ont pas eu besoin de grands moyens. Avec quelques objets simples et hétéroclites, le passage est bloqué. En effet, l’obstacle a été fait avec quelques vieilles caisses en bois et quelques ressorts pourris ayant servi autrefois d’éléments à quelques fauteuils.

Et comme pour ajouter du « poids » à la barricade d’infortune, les protestataires ont occupé également la chaussée. Certains se sont servis de pierres comme sièges et d’autres ont carrément mis le séant parterre. Leur réaction ne tarda pas à parvenir aux oreilles concernées puisque quelques temps seulement après le début de la manifestation, une équipe composée du secrétaire général de l’APC, le premier vice-président de l’APC, le chef de service patrimoine de l’APC, le chef de service hygiène de l’APC et le représentant de la police sont arrivés sur les lieux de la manifestation. Après une brève discussion avec les travailleurs de l’abattoir, les fonctionnaires sont repartis après avoir promis à leurs interlocuteurs que le maire serait averti de la situation et qu’il viendrait lui-même sur les lieux pour s’entretenir avec eux (travailleurs contestataires). Hélas, jusqu’à I4h35, le maire, en l’occurrence M. Naguib Kolli, n’est pas venu à la rencontre des travailleurs en colère, soit plus de 4h00 après le départ de l’équipe communale.

A l’issue de notre rencontre avec ces employés menacés de licenciement, nous avons appris que l’action d’aujourd’hui n’est que le début d’une série d’autres dans la mesure où la décision de fermeture de l’abattoir ne serait pas frappée d’annulation. Et la prochaine action de protestation, selon M. Amar Bounoua, débutera demain et sera traduite par la grève générale des bouchers de la circonscription communale de Tizi-Ouzou. Le nombre de ceux-ci serait de I20, selon nos différents interlocuteurs. D’ailleurs, beaucoup de bouchers, en guise de solidarité, ont participé à l’action de protestation d’aujourd’hui.

La décision de fermeture de l’abattoir communal de Tizi-Ouzou renseigne qu’il y a anguille sous roche. Ce sentiment est partagé par l’ensemble des travailleurs protestataires. Avec ce qui va suivre, nos lecteurs et lectrices partageront sans doute ce sentiment. En effet, il y a lieu de savoir que l’abattoir communal de Tizi-Ouzou est l’œuvre architecturale d’une entreprise allemande. Il est opérationnel depuis l’année I973. A travers l’ensemble du territoire national algérien, seul l’abattoir de Ruisseau (Alger) le dépasse en capacité d’accueil. L’abattage moyen journalier de têtes s’effectuant à l’abattoir communal de Tizi-Ouzou est comme suit : 60 à 70 têtes bovines, 20 à 30 têtes ovines et I5 à 20 têtes chevalines. Concernant l’abattage de chevaux, l’abattoir communal de Tizi-Ouzou fait partie des rares abattoirs qualifiés à cet effet. D’ailleurs, les bouchers de Béjaia, Bouira et autres wilayas proches de Tizi-Ouzou lesquels sont spécialisés dans la vente de la viande chevaline amènent leurs chevaux à l’abattoir de Tizi-Ouzou.

Rien que durant notre présence aujourd’hui sur les lieux de la manifestation, nous avons remarqué la présence de 28 taureaux et de deux chevaux. A préciser que la moitié de ces taureaux sont arrivés d’Espagne. Selon les directives des ministères de l’agriculture et du commerce, ces taureaux d’importation doivent être égorgés dans un délai ne dépassant pas un mois. Mieux encore, la direction concernée de la wilaya de Tizi-Ouzou a reçu mercredi dernier, soit le 29 du mois dernier, une note du ministère de l’agriculture qui stipule que « seul l’abattoir communal de Tizi-Ouzou est habilité à accueillir à l’effet d’abattage les taureaux d’importation ». Et curieusement, trois jours plus tard, le premier magistrat de la commune de Tizi-Ouzou signe une décision de fermeture du seul abattoir compétent à accueillir des têtes bovines étrangères.

Selon les travailleurs protestataires, les motivations de la décision de fermeture obéissent « officiellement » à l’exécution de certains travaux de réfection au niveau de cet abattoir. Cependant, ce motif ne peut tenir debout puisque les opérations d’abattage se terminent chaque jour entre midi et I3 heures. Donc, si travaux il y a, on peut bien les exécuter à partir du début de l’après-midi. Aussi, avec cette intervention du maire de Tizi-Ouzou laquelle ne dit pas son nom peut avoir de lourdes conséquences. En effet, pas moins de 700 têtes ovines qui viennent d’arriver d’Espagne attendent d’être égorgées. Le manque de fourrage et d’aliment nécessaires se fait sentir. En effet, les 28 taureaux et les deux chevaux que nous avons remarqués aujourd’hui à l’abattoir ont manqué de nourriture. Seuls les taureaux en provenance d’Espagne ont eu droit à un tant soit peu d’aliment fait à base de farine. La mangeoire des taureaux locaux était vide. Le sort des deux pur-sang était semblables à celui des taureaux locaux.

L’abattoir communal de Tizi-Ouzou sert en viande presque toutes les institutions de la république de la wilaya de Tizi-Ouzou ainsi que les hôtels et restaurants de la région. Rien que l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou est ravitaillée à raison de 70 taureaux par semaine. Les services de la police et de la gendarmerie nationale sont également ravitaillés en viande à partir de cet abattoir. Idem les différents lycées, collèges d’enseignement moyen (CEM) et écoles primaires que compte la région.

L’abattoir communal de Tizi-Ouzou est réelle source de revenus. De par ses capacités de rendement, l’abattoir communal de Tizi-Ouzou suscite des convoitises. Même le terrain d’assiette sur lequel il se trouve présente d’importants avantages. En quittant juste l’abattoir, on tombe sur le grand boulevard Stiti. Et en tournant à droite, on a juste une vingtaine de mètres à parcourir pour rejoindre la RN I2. En traversant route nationale, on embrasse le mur de l’imposant bâtiment de la sûreté nationale.
Derrière le bâtiment policier se trouve la cour de Tizi-Ouzou. On remontant, vers le centre-ville, on a juste quelques mètres à parcourir pour tomber sur la spacieuse aire de stationnement. En face de celle-ci, c’est l’ancienne gare-routière, aujourd’hui une aire de stationnement pour les gens de Tigzirt, Boudjima, Iflissen, Mizrana etc. En tournant à gauche (en quittant cet abattoir) c’est le boulevard avec ses multitudes de commerces. En face, c’est évidemment la direction générale de l’ENIEM avec ses innombrables travailleurs.

En somme, tant sur le plan sécuritaire et que le plan de fréquentation humaine, le terrain d’assiette accueillant l’abattoir communal présente d’énormes avantages. Or, il est connu que la ville de Tizi-Ouzou est entre les mains et les regards constants des loups. Les premiers soupçons dans cette décision de sa fermeture vont, par conséquent, en premier lieu vers les milieux mafieux. Il serait très intéressant que la justice ouvre une enquête judiciaire sur le geste de M. Naguib Kolli. En remontant cette piste, les magistrats tomberont sans doute sur un « os ». Il va sans dire que la fermeture de l’abattoir ne profiterait pas seulement à la mafia tizi-ouzouènne. En effet, dans le cas d’une cessation d’activité, c’est l’abattoir d’une autre wilaya qui serait désigné pour assurer la succession. Pour les responsables qui aiment leur wilaya et leurs communes, il ne serait que logique de se frotter les mains de joie à la fermeture de l’abattoir communal de Tizi-Ouzou.

Cependant faire des calculs machiavéliques et nourrir l’espoir de tirer de bons dividendes d’une telle opération sont une chose et les voir se concrétiser en est une autre. En effet, ni les 35 employés de l’abattoir communal et ni les bouchers de la commune de Tizi-Ouzou n’ont l’intention de se laisser faire dans cette affaire qui sent déjà le roussi. « Nous avons des familles à nourrir », nous ont dit les uns et les autres.

Saïd Tissegouine