Temoignage : « Un jour, nous nous libérerons »

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KABYIE (Tamurt) : Le rassemblement de ce 10 mars devait être la première action de l’Union pour la République Kabyle (URK). Prévu devant le portail Hasnaoua de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, ce rassemblement, nous le voulions une action à la fois commémorative et protestataire : Commémorative pour rappeler au gardien du temple « Algérie » que l’interdiction d’une conférence a suffit pour ébranler les faux fondements d’une Algérie sans avenir et contestataire car le combat vers la liberté du Peuple kabyle poursuit son chemin.

C’est dans ce contexte que l’URK exige la libération des militants souverainistes kabyles injustement incarcérés, dit halte à la répression et à l’oppression que subissent les Kabyles notamment la liberté et le droit de circulation, demande la réappropriation des espaces de liberté confisqués par le régime colonial algérien et enfin réaffirmer notre volonté de mettre sur pied une république kabyle souveraine démocratique, sociale, et laïque.

C’est à un tel rassemblement, que je me suis préparé. Ainsi que je me suis retrouvé le matin brumeux du 10 mars  attablé dans une cafétéria, sur la grande rue du centre ville de Boghni. D’emblée, j’avais constaté une présence policière inhabituelle. Des policiers, de plus en plus  nombreux, hyper actifs et sur le qui-vive. En sortant du café pour déplacer ma voiture vers un meilleur stationnement, j’ai essayé de joindre mes amis militants, hélas la plupart ont été déjà interpellés tôt le matin m’appris Da Avdela avec lequel j’ai échangé les nouvelles de la matinée. L’alerte était déjà sur les réseaux sociaux.
Après un adroit contournement des barrages interdisant l’accès à la ville, je suis parvenu à rejoindre les quelques rares militants qui avaient échappé au maillage policier. Quelques minutes plus tard, les lieux étaient envahis par des policiers en civil et des voitures officielles n’arrêtaient pas de faire des rondes dans le but de balayer les lieux. Ce n’est pas pour autant que nous avions renoncé à notre rassemblement.  A peine avions-nous commencé à nous installer avec nos banderoles et le matériel affairant qu’un raz de marée répressif d’une extrême violence s´est abattu sur nous. Ils nous ont trainés par terre et conduit de force dans leurs véhicules vers les commissariats de police de la ville.
Retenus à bord d’un véhicule officiel deux de mes camarades, Lyès, Idir et moi avions été roués de coups. Arrivés à la salle d’attente d’un commissariat, un agent est venu nous chercher pour l’interrogatoire.

Placés  dos au mur, l´interrogatoire commença. On nous posa de surprenantes questions ; est ce que nous étions prêts à renoncer à notre nationalité algérienne ? De quelle religion nous étions ? Nous avions répondu sans détours que nous étions de nationalité kabyle et que nous n’avions pas  de préférence pour les religions vu que nous sommes laïcs. Puis ce fut le tour d’une femme en uniforme, avec deux étoiles sur chaque épaule, relevant du corps de l’action psychologique de nous interroger. Une fois l’interrogatoire terminé, on nous orienta vers une structure médicale qui attestera que nous n’avons pas été violentés, vu que nous ne portions pas de traces de sévices physiques visibles.

Après la visite médicale qui eu lieu à xx h, on nous présenta au service d’identification à xx ?  Ce service a pour mission de prélever et d’archiver nos empreintes. Notre garde à vue s’est prolongée au delà des vingt quatre heures sans même une goute d’eau. Sans sommeil, durant toute cette détention, on avait refusé l’assistance à mon ami qui avait momentanément tombé en syncope car éprouvé par autant de fatigue.

Le lendemain vers neuf heures du matin, la police coloniale algérienne, nous a restitué nos pièces d’identité et nos téléphones et nous pouvions enfin quitter l’enfer de leur commissariat. On s’est dit, la Kabylie libre se souviendra du traitement que vous nous faites subir et que rien, vraiment rien ne pourra entraver notre détermination à vivre libre et digne sur le territoire kabyle. Un jour, nous nous libérerons et ces entraves ne seront qu’un lointain cauchemar.

Moh Belkacemi