Un mariage de complaisance

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Entre l’Algérie et la France, c’est une histoire d’amour, un mariage forcé célébré en l’honneur des intérêts économiques pour l’un et politiques pour l’autre. C’est ainsi que ces deux pays se tiennent par les cornes. Par consentement mutuel, ce mariage ne risque aucun divorce, l’histoire contemporaine nous a appris qu’il n y a qu’un divorce forcé face à un mariage forcé.

C’est une politique ancienne née des intérêts et maintenue par le mensonge.

Les puissances occidentales s’adaptent avec la rue.

Oui, elles suivent la direction de la rue et selon les rapports de force avec les régimes dictatoriaux, elles choisissent une position. Plusieurs preuves peuvent attester ce fait. Ce sont des attitudes dictées d’abord par les intérêts économiques et dans un second temps par le contexte politique.

Pour rester sur l’exemple français, les relations entre la France, la Tunisie, la Libye, l’Egypte et la Syrie étaient très cordiales, tous les présidents de ces pays avaient été triomphalement reçus à Paris. Du jour au lendemain, les choses avaient radicalement changé. La France, au nom de la patrie des droits de l’Homme avaient tourné le dos à ces régimes pour accompagner les révolutions populaires dites « démocratiques ». C’est la rue qui avait dicté la conduite à suivre, du moins, le temps de la transition.

En 2009, lors de la réélection de Bouteflika pour un troisième mandat, ce dernier a été félicité par le président français de l’époque avant même la validation des résultats par le conseil constitutionnel.

Au mois de janvier 2013, lors de l’intervention française au Mali, l’Algérie avait ouvert « sans limites » son espace aérien pour le passage des rafales français vers le Mali, elle avait été vivement remerciée pour cette coopération par le Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius.

En 2005 comme en 2013, Bouteflika avait bénéficié de mains expertes à l’hôpital militaire du Val de Grace, puis une convalescence aux Invalides. Parmi les rares célébrités qui puisse se permettre une protection du secret médical c’est bien Bouteflika, aucune information ou presque n’avait filtré.

«Un « donnant-donnant » obscure»

Les choses commencent à se préciser un peu plus avec les révélations du journal le Point, un grand quotidien français réputé pour son sérieux, sur les dessous de table du projet d’exploration du Gaz de schiste en Algérie. Cette dernière a accepté, sous contrainte et dans le cadre de cet accord implicite, de prêter ses terres pour servir de cobaye à l’exploration des méthodes de fracturations hydrauliques, sachant qu’en France, il n’est nullement question d’entamer ce chantier, principe de précaution oblige, les nappes phréatiques doivent rester saines. Autant dire un « Reggane bis », pour rappeler les essais nucléaires au début des années soixante.

On peut également évoquer l’accord bilatéral entre la France et l’Algérie du 27 décembre 1968, modifié à plusieurs reprises pour le vider de son intérêt, cet accord qui régit l’emploi, le séjour et la circulation des ressortissants algériens en France, accorde à ces derniers un statut spécial. L’Algérie, tient à le garder pour ne pas susciter la colère de ses ressortissants installés en France, la France peine à le maintenir politiquement, face à la montée de la droite dure et de l’extrême droite.

Un autre motif pour se tenir dans les cornes. Il faut dire que ce sont des garanties de l’Algérie pour sauvegarder les intérêts économiques français, le marché chinois à doublé son chiffre d’affaires en Algérie, reléguant la France à la seconde position dans les partenariats économiques internationaux.

Ce que demande l’Algérie est en réalité facile à comprendre, en contrepartie de vos intérêts, répétez du matin au soir que nous sommes une démocratie, soignez nos dirigeants et taisez-vous sur le dossier médical.

On peut donc comprendre aisément cette relation intime entre le régime algérien et l’État français. Officiellement, chacun de son coté se réserve doucement le droit de verser des larmes de crocodile pour satisfaire certaines franges de l’opinion publique.

Ainsi, l’Algérie officielle n’oublie jamais de réclamer le pardon à la France « Coloniale » après un retour du Val de Grace, l’oublier le temps de la convalescence et d’en faire encore un peu plus tard, étant donné que c’est le plat préféré des nationalistes algériens, aveugles.

Une incroyable prédisposition aux mensonges

De son coté, la France ne cesse de louer la démocratie algérienne, au moins par son silence et quelques soient les événements. Parfois, elle se permet quelques remontrances, celles de l’employeur envers son employé, comme l’a fait récemment le porte parole du quai d’Orsay qui a osé réclamer au régime algérien un tout petit peu de liberté, juste ce qu’il faut pour ne pas trop éveiller les consciences et accompagner le peuple dans son sommeil profond.

Ce qui est peu croyable est de voir les responsables français minimiser la gravité de l’état de santé de Bouteflika, eux qui connaissent le moindre détail de son dossier médical, quand en France, le fait de cacher une opération de la prostate fait une vague médiatique, un AVC laissant des séquelles graves, ça ressemble à une migraine passagère quand ça concerne le chef d’État algérien. Un classique.

BK