Un septuagénaire et un adolescent actuellement enlevés en Kabylie – Kidnappings et manifestations populaires s’alternent en Kabylie

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Et comment ! Aujourd’hui encore, soit après seulement 48 heures après leur manifestation, les citoyens des communes d’Ath Zmenzer, Ath Mahmoud, Ath Aïssi et Ath Douala se sont rencontrés au chef-lieu de commune d’Ath-Douala pour marteler le pavé, action qui s’inscrit dans le cadre de l’exigence de la libération du jeune Mourad Bilek, enlevé, rappelons-le, à Thala-Bounane le 2 de ce mois par un groupe de kidnappeurs lesquels auraient opéré à visage découvert. Les manifestants ont marché d’abord à partir du siège de l’APC jusqu’au siège de la daïra. Une fois devant le bâtiment de l’institution, des hommes rôdés à la prise de parole se sont succédés au micro pour dénoncer aussi bien l’incapacité des pouvoirs publics à assurer la sécurité des biens et des personnes que les kidnappeurs et leurs commanditaires. Les tribuns ont aussi rappelé à l’intention des pouvoirs publics leur volonté à « rester mobilisés et vigilants » jusqu’à la libération de la victime.

Après avoir « usé » de tous les verbes ayant fait autrefois la grandeur des meetings, les manifestants ont d’abord remis une déclaration au chef de daïra avant de poursuivre leur marche jusqu’au siège de la sûreté de daïra où un sit-in s’en fut suivi. Après avoir senti un début « d’ankylose » dans les jambes, la foule se dispersa dans le calme. S’agissant de la déclaration rendue publique et dont une copie a été remise au chef de daïra, sa signataire, en l’occurrence la Coordination de daïra d’Ath Douala, qui rappelle la date et le lieu de l’enlèvement ainsi que le nom de la victime souligne ensuite « l’absence de réaction et d’intervention des services de sécurité lors de tous les enlèvements qui ont eu lieu ». « Afin de mettre un terme à l’insécurité, peut-on encore lire dans le document, nous exigeons de l’Etat d’assumer ses responsabilités en mettant tous les moyens pour la libération immédiate et sans conditions du jeune Mourad Bilek et assurer la sécurité à tous les citoyens ». Enfin, les signataires de la déclaration affirment être « décidés et déterminés à rester mobilisés pour entreprendre des actions d’envergure jusqu’à la satisfaction de notre revendication ; (…) ».

De leur côté, les citoyens des aârchs de Mechtras et Maâtkas se sont mobilisés suite au kidnapping, il y a une semaine de cela, de d’un des leurs, en l’occurrence Hadj Ali, âgé de 71 ans, sur le chemin communal d’Amechtras, plus exactement au lieudit « Ahatsou ». Selon des sources locales, le septuagénaire aurait été enlevé dans des conditions semblables que le jeune Mourad Bilek. Autrement dit, les ravisseurs auraient opéré à visage découvert. Et pour exiger sa libération « inconditionnelle et immédiate », les citoyens d’Amechtras et Maâtkas ont programmé pour demain un rassemblement de protestation au stade communal d’Amechtras qui sera suivi d’une marche vers le chef-lieu de la commune. Le rendez-vous est fixé aux manifestants à dix heures. Par ailleurs, une semaine après son enlèvement, la demande de rançon n’a toujours pas été formulée à sa famille. La non formulation de demande de rançon après une réussite de l’opération du rapt sur le plan purement technique est une nouvelle preuve que les kidnappings opérés jusqu’à maintenant en Kabylie répondent à un besoin de stratégie politique.

Dans le kidnapping classique, deux principales motivations lui sont connues unanimement jusqu’à présent. La première : l’argent et autres biens matériels lorsque les kidnappeurs ne sont que des bandits professionnels. La deuxième : le politique. En effet, lorsqu’il s’agit d’un kidnapping mené par une organisation politique, on exige souvent du gouvernement concerné directement par l’acte « hors-la-loi » d’arrêter une mesure politique choisie justement par les auteurs du rapt. Bien souvent, ils exigent la libération d’un des leurs qui se trouvait en prison. Donc, le motif direct est l’échange de prisonniers, c’est-à-dire la personne kidnappée contre celle qui se trouvait dans le pénitencier de l’Etat. Notons que les organisations politiques même celles dites « terroristes » tirent leurs ressources financières dans un cadre autre que le kidnapping ou autre crime relevant du droit commun. Ce qui se passe en Kabylie semble échapper à cette logique connue concernant le kidnapping.

En effet, ni l’auteur des kidnappings ni la personnalité réellement ciblée à travers l’acte criminel ne sont connus. Le seul élément connu de l’équation est la victime touchée directement par l’opération du rapt. L’homme de rue vous dira que ces enlèvements sont dictés par les règles de guerres de clans des hautes sphères. Cependant, cet homme n’ira jamais – il ne le pourra pas – jusqu’à dresser un pilotis à sa thèse. Aussi, contentons-nous de cette simple et candide thèse : s’il y a autant de kidnappings dans notre pays c’est parce que notre Etat est faible.