Un visa d’études pour l’espoir

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KABYLIE (Tamurt) – Faire une demande de visa pour aller en France est devenu une procédure machinale effectuée par la plupart des étudiants kabyles. Ceux qui choisissent de rester en Algérie, le font plus par contrainte que par volonté personnelle.

Parmi ces contraintes, on peut citer l’opposition des parents, notamment pour les filles, le manque de moyens financiers pour beaucoup d’entre eux ou encore l’appréhension de l’étranger, surtout quand ils n’ont personne susceptible de les aider une fois en France. Rester en Algérie pour servir son pays est un argument qui n’est avancé par quasiment personne. L’envie de quitter le pays est générale. Et dans le cas des étudiants, le visa d’études est le moyen le plus approprié et le plus simple pour obtenir l’accès vers le pays longtemps rêvé.

Et pourtant c’est un véritable parcours de combattant qu’il faut affronter pour avoir une chance d’obtenir le fameux visa d’études. En effet, les démarches sont longues, complexes et coûtent cher. Il faut dépenser pas moins de 25 000 DA entre le Test de la Langue Française (TCF) et les frais des différents dossiers, pour espérer obtenir l’autorisation de quitter son pays.

Outre la difficulté à avoir cette somme, beaucoup d’étudiants souffrent de leur difficulté à rédiger une lettre de motivation, ce qui est dû à un niveau en langue française pas toujours suffisant, ou encore leur difficulté à remplir les formulaires en ligne à cause de leur méconnaissance du web. Quelques uns ont la chance d’avoir des proches en France ou des amis étudiants nouvellement débarqués, qui les aident dans leurs démarches.

Il y a lieu de citer aussi l’insatisfaisante prestation du service CampusFrance[[
CampusFrance est un service de l’Ambassade de France en Algérie qui a pour mission de guider et d’accompagner les étudiants algériens tout au long de leurs démarches pour la demande d’un visa d’études en France.]], qui n’est pas toujours disponible pour donner l’information nécessaire et qui gère les dossiers des candidats d’une façon assez opaque.

Malgré tous ces obstacles, la plupart des étudiants arrivent aux termes de leurs démarches et réussissent à déposer une demande de visa au Consulat.

Malheureusement la réponse de ce dernier n’est pas toujours positive. Les refus sont nombreux et ne sont jamais accompagnés de motifs.

Pour ceux qui ont la chance d’obtenir le visa, c’est un autre périple qui commence une fois en France. En effet, il faudra trouver un logement et un travail (vu qu’ils ne bénéficient pas de bourses et qu’ils ne peuvent compter sur leur famille restée au pays pour financer leurs études). Il faut aussi effectuer différentes démarches, notamment pour obtenir une carte de séjour. Comme il est urgent de se familiariser avec l’université française et l’environnement français en général. Pour ceux qui n’obtiennent pas de visa, la plupart ne baissent pas les bras, et se préparent déjà à effectuer une nouvelle demande pour l’année suivante.

Ce grand engouement et cette persévérance contre vents et marées des étudiants kabyles à quitter leur pays natal pour tenter leur chance ailleurs s’explique, entre autre, par une véritable politique de sabotage des universités kabyles par le pouvoir algérien. Des résidences universitaires détériorées et invivables, des bus de transport des étudiants en service depuis plus de 40 ans, une situation sécuritaire désastreuse, une nourriture malpropre et immangeable, une administration dépassée et un corps enseignant dégouté sont le lot de déficiences que l’étudiant kabyle doit affronter au quotidien. La quasi-inexistence d’entreprises dans la région susceptibles de les accueillir une fois le diplôme en poche renforce cette décision de partir ailleurs. Il faut dire aussi que l’environnement social ne répond pas toujours aux désirs d’émancipation des étudiants, séduits par « L’Eldorado français ».

A l’image de la Kabylie, l’université kabyle est prise en otage par le pouvoir algérien. Toute amélioration n’est à espérer qu’au prix de sa soumission totale à une dictature arabo-islamiste qui, malheureusement, y trouve de plus en plus de relais.

Pour ceux qui ont réussi à passer entre les mailles du filet abrutissant, grâce à leur visa d’études, on ne peut que leur souhaiter la réussite en France, le deuxième pays des Kabyles.

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