Une télévison kabyle, l’étape nécessaire à l’autodétermination

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PARIS (Tamurt) – Au lendemain du décès de feu Hocine Aït Ahmed, sur le plateau de Berbère Télévision Youssef Bellil a lâché ses mots anodins à première vue mais lourd de sens : « hier soir je n’ai pas réussi à m’endormir, j’ai zappé sur toutes les chaines algériennes mais elles ont annoncé ça [le décès d’Ait Ahmed] comme un fait divers et elles sont passé à autre chose : la cuisine… » Pour rappel Youssef Bellil était engagé à 18 ans avec l’armée du FFS en Kabylie, arrêté en 1965 par l’armée des frontières, il réussit par miracle à s’en sortir vivant après des tortures inhumaines.

.La détresse de cet homme face à cette tragédie et au vide causé par la perte de ce monument kabyle, est très révélatrice. Elle est symptomatique du désarroi de l’opinion publique kabyle orpheline d’un média lourd accessible au large public. Un média qui fait des aspirations et des préoccupations des Kabyles dans le fond et la forme son cheval de bataille.

L’absence d’une télévision kabyle d’informations en continue compétente et accessible rend dérisoire le vœu de faire naître une opinion publique nationale. L’éclatement de cette opinion publique résulte de l’impact des courants médiatiques qui la traverse. Même si BRTV, la télévisons berbère tente tant bien que mal de capter cette opinion avec les moyens qui sont les siens, le caractère généraliste de cette chaîne et son ouverture sur tous les courants font qu’elle répercute une réalité politique  multiple et non une affirmation forte et sereine de la personnalité kabyle.

Bon gré mal gré  la berbère télévision demeure disponible et ouverte à l’expression des opinions, dont celle des autonomistes et indépendantistes kabyles. Les journalistes et animateurs qui la font tourner se sont faits seuls à force de persévérance. Et pour mesurer l’aura et l’utilité de cette chaîne, il faut penser aux nombreuses personnes âgées isolées dans les provinces et campagnes françaises pour qui cette chaîne, malgré les manques, reste le dernier rempart quand la mort sociale tape aux portes.

Les plus sceptiques diront que les médias lourds manipulent l’opinion et la dirige selon la volonté des puissants. Mais cet aspect n’est qu’un effet secondaire, indésirable, de l’exercice démocratique, à ne pas confondre avec la maladie du désert médiatique. Des exemples récents, comme les attentas de Paris ou de Tunis en 2015 le décès de Hocine Aït Ahmed et bien d’autres prouvent que les chaînes d’infos en continu sont nécessaires pour une meilleure prise en charge collective des événements qui impactent sur la société. A l’international d’autres canaux prennent le relais.

En Algérie le champ médiatique est partagé entre des télévisions d’Etat et des groupes privés inféodé à ce dernier. Ces outils de propagande sont assignés à deux taches complémentaires : la promotion du régime et son allié l’islamisme politique et sociétal. Si la première attaque et éradique  l’esprit critique les secondes prépare les esprits à la daéchisation. En matière d’analyse une simple comparaison avec les médias lourds nord Coréen résume le contexte et les procédés et les visés avec une overdose d’Islam.

Si l’opinion kabyle demeure réticente à la propagande étatique, dont celle de la pseudo-chaîne amazighe TV4. Elle semble de plus en plus en plus réceptive de la propagande des deux chaînes anti-kabyle dont je tairai le nom. Même si de temps à autre on entend des éclats de voix des « idiots utiles à  l’islamisme » ces démocrates de parades qui après 99 débats islamo-islamistes sont invités à l’humiliation publique.

Sommairement au niveau international, après l’hégémonie des médias anglo-saxons le Qatar a senti le filon en premier en créant EL Djazira. La chaîne qui au nom de la liberté hors des Etats du golf, prépare les opinions et les territoires à la domination islamiste et de DAECH.

Quant à la France, pour mieux servir ses intérêts à l’étranger, elle a mis en place un bouquet de chaînes d’informations en trois langues. Pour consolider sa chasse gardée maghrébine  et s’adresser aux populations qu’elle a contribué à arabiser. Suivie de la Russie avec son bouquet RT, Russia today pour qui le besoin de contrecarrer la propagande Djarisite est devenu vital à sa guerre contre le terrorisme. Voilà sommairement le paysage médiatique tel qu’il se partage le monde.

Pour la Kabylie La fondation de la diaspora kabyle, FIDEK ambitionne de créer « La maison Kabyle » à Paris. Une institution qui, si elle se réalise selon les vœux de ses initiateurs constituera un pôle d’attraction des énergies kabyles en Europe. Le premier de ces chantiers sera l’ouverture prochaine d’une télé d’information continue.

Effectivement l’urgence primordiale pour la Kabylie est la mise en place d’une chaîne d’information pour rehauser la personnalité kabyle de manière souverainne. A l’intérieur de l’espace algérien, les forces du mal se liguent pour pacifier et normaliser ce pays à la mode moyen-orientale. Au niveau international, les intérêts des puissances mondiales dont la France ne convergent en aucun cas avec les intérêts de la Kabylie. Au contraire sa résistance et sa fronde dans l’espace nord Africain constituent un obstacle des puissances étrangères. De par leur malléabilité et leur enclin à la traîtrise depuis les Oulémas, la France, qui a choisi de s’allier aux islamo-conservateur, sait que pour garder son Algérie elle doit abattre la Kabylie.

Zahir Boukhelifa