Valeur du travail en Algérie : – Universitaires et penseurs tirent la sonnette d’alarme

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Comment revaloriser le travail en Algérie ? Quel est le taux du chômage ? Quelle catégorie de citoyens est touchée par le chômage ? Quelle est la nature du chômage ? Quels sont les secteurs qui absorbent encore la main d’œuvre ? Quel est le rôle de l’ANEM (agence nationale de l’emploi) ? Quel est le regard de la société sur le travail ?

Voici quelques unes de la batterie de questions débattues, hier dans la soirée, lors de l’émission « Hiwaâr Essaâ », animée par l’animatrice, Mme Farida Belkassam. Pour cette édition consacrée au travail et sa valeur, l’animatrice de « Hiwaâr Essaâ » a invité, comme d’habitude des universitaires et des penseurs, en l’occurrence le directeur général de ANEM, M. Mohamed-Tahar Challal, le Dr Abdelmadjid Kadi, enseignant d’économie à l’université d’Alger 3, le Dr en sociologie, Bouzid Boumediène, et le Professeur Lazhar.

Signalons d’emblée qu’à l’exception du DG de l’ANEM qui s’est contenté d’expliquer seulement le rôle exact de l’institution qu’il dirige, les autres invités de Mme Farida Belkacem ne se sont pas embarrassés de mots « crus » pour décrier la politique économique et travailleuse appliquée depuis l’indépendance du pays à ce jour par celles et ceux qui ont pris en main la destinée du pays. Le professeur Lazhar, pur produit du scientifique et du rationnel, a déclaré avec véhémence qu’en « économie, il n’y a absolument pas de place aux sentiments et à la politique d’apaisement social ! ». Cet intellectuel a d’un coup condamné aussi bien la mentalité de certains travailleurs que les politiques en charge de leur cas. « Comment est-ce possible que des salariés d’une entreprise, déjà en difficulté, osent demander une augmentation de salariale ? Comment la tutelle ose-t-elle trouver des solutions, pour calmer les salariés, qui ne sont aucunement conformes aux exigences économiques et financières ? », s’est interrogé le Pr Lazhar, interrogations qui sont au même temps des réponses.

Cet invité de l’animatrice de « Hiwaâr Essaâ » est allé jusqu’à citer « le miracle chinois » pour affirmer ensuite qu’à l’échelle planétaire, l’économie obéit aux mêmes exigences et rigueurs. Quant au Dr Bouzid Boumediène, Il a tout simplement condamné l’ordre sociologique et coutumier algérien par rapport au travail. Dans son discours argumentaire, le spécialiste en sociologie a expliqué et démontré le mépris des Algériens à l’endroit de certaines professions. Et du coup, le Dr Bouzid Boumediène a anathématisé les gouvernants algériens qui, par leur politique « désastreuse mise en application dès l’indépendance nationale » a provoqué ce sentiment de répugnance chez les Algériens à l’endroit de certains métiers. « Cet état de fait, a conclu l’invité de Mme Farida Belkacem, est traduite aujourd’hui par l’exigence de nos jeunes chômeurs à exercer des métiers « acceptables » par la société ». Le constat du Dr Bouzid Boumediène est appuyé par les déclarations de jeunes chômeurs à l’issue d’un reportage réalisé pour les besoins de « Hiwaâr Essaâ » dont certaines séquences sont diffusées à l’occasion de cette émission. En effet, un jeune beau garçon au visage poupin portant un tee-shirt donne la réponse que voici à la question s’il était prêt à exercer un métier agricole pour mettre fin à sa situation de chômeur : « Pourquoi voulez-vous que je devienne un travailleur agricole ? Non, je veux en aucun cas exercer cette activité araire ! ». Un autre jeune homme, âgé de 25 ans et à la forte corpulence, a déclaré qu’il était à la recherche d’un emploi et, au même temps avoué qu’il n’avait aucun métier. Son niveau d’instruction ? Le malheureux a reconnu avoir quitté l’école avant même de savoir faire un petit assemblage de mots sur un bout de papier. La réalisatrice du reportage a questionné certains employeurs ayant investi dans le bâtiment et l’agriculture lesquels souffrent atrocement de l’absence de main d’œuvre. Ceux-ci ont reconnu qu’effectivement que trouver un travailleur relève du luxe.

Une fois de nouveau sur le plateau de « Hiwaâr Essaâ », le DG de l’ANEM, M. Mohamed-Tahar Challal, décide à son tour d’apporter son témoignage lequel résume parfaitement le cas général du chômeur algérien. « Une fois dans la wilaya de Sétif alors que je faisais partie de la délégation ministérielle, témoigne-t-il, un jeune homme s’est approché de nous en tant qu’officiels pour se lamenter de sa situation de chômeur. Au fil de la discussion, le jeune homme a avoué qu’il était en possession d’immenses terres mais qu’il a laissées en jachère ». « Est-ce raisonnable d’avoir des terres agricoles et retrouver comme chômeur ? », s’interroge le DG de l’ANEM pour signifier que le chômage en Algérie a une autre connotation que celle des autres pays du monde. Le même intervenant a expliqué que le travail dans la fonction publique, et qui est le plus recherché par les jeunes, échappe au domaine de compétence de l’institution qu’il dirige. M. Mohamed-Tahar Challal a expliqué également que l’ANEM oriente les demandeurs d’emploi vers les entreprises demandeuses de main d’œuvre.

Le même intervenant a déclaré que 70% des chômeurs en Algérie ont moins de 30 ans et I7% sont des universitaires. Le DG de l’ANEM a tenté de défendre les gouvernants algériens en disant que dans le cadre de la lutte contre le chômage, « l’Etat a mis sur pied des dispositifs comme l’ANSEIJ pour permettre aux jeunes de mener une vie active et sortir de l’ornière du chômage ». Ce fut un coup d’épée dans l’eau. Bien au contraire, M. Mohamed-Tahar Challal n’a fait qu’apporter de l’eau au Moulin des autres invités de Mme Farida Belkassam. En effet, Le Pr Lazhar, le Drs Kadi Boumediène ont prouvé, avec des données bien précises, que ces dispositifs mis à la disposition des jeunes qui, théoriquement, devaient faire d’eux des employeurs et des recruteurs de travailleurs, ne sont que des leurres. L’un après l’autre, les contradicteurs du DG de l’ANEM, sous le regard amusé de l’animatrice de « Hiwaâe Essaâ » ont démontré que ces entreprises mises sur pied par les jeunes dans le cadre de ces dispositifs d’insertion des jeunes élaborés par l’Etat ne sont ni plus ni moins que « de nouvelles assistées » dès lors que des demandes de leurs financements sont adressées au trésor public et, il n’a rien en contre partie, c’est-à-dire ces jeunes qui ont mis sur pied des entreprises avec l’argent du contribuable et avec l’aide de l’Etat n’ont jamais recruté un quelconque chômeur. Le DG de l’ANEM a été contraint de reconnaître, certes indirectement, que la politique économique algérienne une profonde réflexion pour apporter le vrai remède.

Le Dr Abdelmadjid Kadi est allé jusqu’à mettre sur la balance la rigueur scientifique universellement reconnue en matière d’économie et la politique suivie jusque-là par les gouvernants algériens. De-là, l’enseignant en économie à l’université d’Alger 3 a prouvé que la politique économique de l’Etat algérien est faite seulement pour calmer le front social et qu’aujourd’hui, « cette politique a produit l’effet inverse ». Beaucoup d’autres questions ont été abordées et traités par les invités de « Hiwaâr Essaâ » à l’exemple des grandes société comme SONATRACH qui, désormais, recherchent des compétences pour leurs performances. Et en conclusion, tous ont plaidé pour la revalorisation du travail et considéré que la société algérienne est tenue désormais d’avoir un regard autre que celui qu’elle a eu jusqu’à maintenant à l’endroit de certains métiers. Sur ce, Mme Farida Belkassam déclare avec empressement la fin de son émission car les « amoureux du football attendent avec impatience le match Algérie- Bénin où les nôtres ont gagné par trois buts à un ». La grande animatrice de « Hiwaâr Essaâ » a même exigé ses invités à dire le mot de la fin le plus rapidement possible car « la diffusion du match de football où nos verts ont gagné par trois buts à un est attendue avec impatience ». Est-ce à croire que ce match de football diffusé en différé est plus important que cette émission « Hiwaâr Essaâ » ? A ne rien comprendre de l’empressement de Mme Farida Belkassam à congédier ses invités. L’incompréhension devient encore plus grande lorsqu’on sait que jusqu’à preuve du contraire, Mme Farida Belkassam n’a pas un petit frère endossant le maillot footballistique de l’équipe nationale. A moins que cet éventuel « frangin » joue un certain rôle derrière le rideau dans ce football national.