Visite éclair et secrète de Jean-Pierre Chevènement à Tizi-Ouzou, sur quoi s’est entretenu l’émissaire français avec Ould Ali El Hadi ?

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – L’homme qui, pour des raisons de principes a démissionné de son poste de ministre de la défense en 1991, s’est longuement, avons-nous appris auprès de source sûre, entretenu en tête à tête avec M. Ould Ali El Hadi, directeur de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou et, en même temps, directeur de la maison de la culture Mouloud Mammeri de la même wilaya.

De quoi ont donc parlé les deux hommes ? Sûrement pas de la beauté des montagnes du Djurdjura lorsqu’elles sont couvertes de leur couche nivale. Et ce n’est certainement pas de l’économie à développer dans la wilaya de Tizi-Ouzou puisque M. Ould Ali El Hadi s’occupe, ou du moins officiellement, du volet proprement culturel. A vrai dire, la visite de l’officiel français est étrange. En effet, la presse a été évitée. Seuls les journaux Liberté et Le Jour dont les correspondants, il faut bien l’avouer, jouissent de solides sources d’informations ont pu se mettre un tant soit peu au parfum de cette visite qui ne dit pas son nom. Devant le micro de notre confrère et ami de Liberté, Mohamed Haouchine, M. Jean-Pierre Chevènement a déclaré pour la première fois en visite à Tizi-Ouzou et en Kabylie : « je suis déjà venu plusieurs fois, en Algérie, notamment à Alger et Oran, et c’est bien la première fois que je visite Tizi-Ouzou et j’avoue être comblé ». Quant à la question posée par notre confrère et ami de Liberté, à savoir les raisons véritables qui l’ont poussé à se rendre en Kabylie, l’émissaire français lui répondra : « C’est d’abord pour le plaisir de découvrir et de mieux connaître cette belle région et ses sites magnifiques du Djurdjura. Je suis moi-même originaire du Jura, et donc je suis fasciné par la beauté du Djurdjura et ce peuple très attachant car en France, nous connaissons beaucoup de Kabyles qui travaillent et qui y vivent depuis longtemps ». A la question concernant le développement de la région et de l’éventuel apport de l’Association France-Algérie que préside l’homme des grandes coulisses de la France, les lecteurs de Liberté auront cette réponse : « l’Association France-Algérie se situe au niveau des sociétés et pas des Etats. Elle regroupe des Français ou des franco-Algériens qui sont motivés par l’intensification de nos échanges. Je pense que nous développons aussi une activité dans le domaine économique et nous voulons sensibiliser les petites et moyennes entreprises françaises sur ce qu’elles pourraient faire en Algérie ».

Beaucoup d’autres questions aussi pertinentes les unes que les autres seront posées à M. Jean-Pierre Chevènement par notre ami et confrère de Liberté. Nous jugeons utile de relever celle relative aux difficultés rencontrées quant à la libre pratique du culte en Kabylie, l’hiérarque français qui s’est invité à Tizi-Ouzou répondra tout simplement : « le sujet mérité d’être abordé avec les autorités locales car il relève d’une attention particulière ». Comme nous pouvons le constater, en dépit des questions fort pertinentes du grand journaliste de Liberté, M. Jean-Pierre Chevènement s’est montré secret et réservé sur les raisons véritables de sa venue à Tizi-Ouzou.

Nos lecteurs doivent savoir que le temps accordé par l’officiel français au directeur de la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou est beaucoup plus que celui accordé aussi bien au président de l’APW que du wali. Différentes raisons nous poussent à ne pas prendre pour argent comptant les propos de l’émissaire français. En effet, il a déclaré ressentir le plaisir de découvrir « cette belle région et ses sites magnifiques du Djurdjura » alors que ses pas n’ont même pas dépassé la vile de Tizi-Ouzou, plus exactement les sièges de wilaya et de la maison de la culture ainsi que le cimetière chrétien, sis en face de la prison. Tout connaisseur de la ville de Tizi-Ouzou sait que de là, les montagnes et sites du Djurdjura sont invisibles même avec des jumelles. Ceci renseigne donc que les déclarations de M. Chevènement sont d’ordre diplomatique.

Le plus étrange reste au demeurant sa préférence pour un simple directeur de culture de wilaya qu’aux restes responsables, c’est-à-dire les propres responsables de ce même directeur de la culture. Par ailleurs, l’énigme reste dans cette manière d’éloigner la presse de cette visite. Si celle-ci rentrait effectivement dans un cadre officiel, la moindre des choses aurait été d’inviter la presse à assurer la couverture médiatique de l’événement. Ensuite, de par son statut d’homme des grandes coulisses de la France officielles, les faits gestes de M. Jean-Pierre Chevènement suscitent d’une façon ou d’une autre des interrogations. Alors, quels sont les motifs de sa visite à Tizi-Ouzou et de quoi a-t-il parlé exactement avec M. Ould Ali El Hadi ?

Said Tissegouine