Washington délégitime Bouteflika

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C’est un caillou dans la mare déjà boueuse du gouvernement qui vient d’être lancé par Wikileaks. Selon ce site, le troisième mandat du président Bouteflika, permis au prix d’une révision controversée de la Constitution, ne se serait pas conclu par le triomphe annoncé par l’ex-ministre de l’intérieur Nourredine Zerhouni.

Un télégramme confidentiel de l’ambassade américaine à Alger daté du 13 avril 2009 conforte l’opposition et parle de la « fraude » qui a entaché la réélection du chef de l’État en exercice. Malgré les moyens colossaux mis en œuvre et la pression multiforme exercée sur les électeurs, le taux de participation n’aurait pas dépassé les 30 des inscrits.Elle se situait entre 25 et 30%.

C’est un taux qui délégitime le président et son gouvernement, loin des 74% officiellement annoncés. Le bourrage des urnes aura donc joué à plein, selon les accusations américaines qui s’appuient sur les constatations des diplomates US et du chef de la mission des observateurs mandatés par les Nations Unies, Abdool Rahman.

« Pour chaque inquiétude que nous soulevions, le gouvernement pouvait sortir un point du code électoral », a dénoncé Abdool Rahman qui a parlé de « procédures compliquées » mises en œuvre par les autorités algériennes pour sauver les apparences de la transparence.

Les fonctionnaires de l’ambassade US à Alger ont constaté à travers plusieurs visites sur le terrain que « les bureaux de vote étaient presque vides ». Mais l’ENTV a utilisé des images d’archives pour faire croire à une participation massive.

Pour les diplomates américains, ‘une « stratégie soigneusement orchestrée » a été élaborée par le gouvernement Algérien « pour contrôler le processus électoral », indique encore ce câble. En plus du bourrage des urnes, la fraude a été aggravé par la fermeture du champ médiatique. « A l’exception de Bouteflika », aucun candidat ou parti de l’opposition « n’a eu » suffisamment « accès aux médias pendant la période de campagne officielle ». Les partisans du boycott « ont été interdits de s’exprimer ».

Conclusion: les élections ont marqué « un retour au système du parti unique ». Un statu quo qui porte préjudice à l’avenir de l’Algérie, un pays « assis sur un volcan ».

Pourtant, avec un Pouvoir « de plus en plus détaché de la société », « l’Algérie est aujourd’hui confrontée à un besoin urgent de dialogue entre la population et l’État », relève l’ambassadeur David D. Pearce. Hier, une séquence de ce dialogue a été expérimentée à Alger.

Ces révélations ne devraient pas, par ailleurs, gonfler d’aise la France. Son ambassadeur en poste à l’époque, Bernard Bajolet, avait plaidé auprès des Américains le soutien à Bouteflika.

Quand Djamal Ould Abbas veut acheter les voix des harragas

Le cynisme des autorités ne s’arrête pas là. Le numéro 2 de l’ambassade Thomas Daughton rapporte comment Djamal Ould Abbas, alors ministre de la Solidarité nationale, tente d’acheter le désespoir de jeunes harragas. En visite à Tiaret, il leur demande de signer une déclaration de soutien au président Bouteflika » en contrepartie d’une subvention de 400 mille DA. Mais toutes les consciences ne s’achètent pas, heureusement! Les jeunes harragas ont « encerclé la maison de Ould Abbes avec l’intention de le prendre en otage », assure le diplomate sur la foi de plusieurs sources. « Lorsque le ministre a eu vent de cela, il a quitté Tiaret avant l’aube, plus tôt que prévu, et s’est précipité pour partir à Alger ».

Le petit fils de Chadli parmi les harraga

Même les rejetons de la nomenklatura n’en peuvent pas du pays. L’exemple évoqué par Thomas Daughton est le plus significatif. « Le petit-fils de l’ancien président Chadli Bendjedid, Mourad Bendjedid, 29 ans, a quitté le pays, par la mer, le 8 Février 2007, avec six autres jeunes hommes, et n’a pas été retrouvé depuis », a-t-il révélé.

Anouar Oussada
Algérie Plus
23.01.2011
Algérie Plus