WikiLeaks et la vraie nature des relations algéro-françaises

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Dans le “câble” WikiLeaks qui, en janvier 2008, rendait compte de l’entrevue préélectorale entre les ambassadeurs de France et des états-Unis, il est question d’un étrange livre blanc, “détaillant les problèmes auxquels les entreprises françaises font face en Algérie et la manière de les corriger”, que des hommes d’affaires français s’apprêtaient à publier. Selon Bajolet, “le ministre de l’Intérieur Zerhouni (pourquoi spécialement lui ?) et le gouvernement algérien étaient soucieux d’éviter qu’il ne soit diffusé publiquement”. On ignore si le document a connu un autre usage, mais on peut constater qu’il n’a pas, depuis, été rendu public.

Le “câble” en question n’est pas explicite sur la position américaine, même si on sait, par ailleurs, que les Américains pensent avoir affaire à une “Algérie fragile et malade” et “un pays malheureux”, mais le compte rendu confirme clairement le soutien français au troisième mandat de Bouteflika et à la révision constitutionnelle que cela nécessite. Au cours de cette rencontre, Bajolet a fait même comprendre à Ford que toute tentative de pression sur le gouvernement algérien pour qu’il renonce à un troisième mandat “ne ferait que rendre plus difficile le travail avec les Algériens et (que) les Français ressentent que, sur les deux questions sécuritaire et socio-économique, ils doivent travailler avec Alger”.
Tout en justifiant la continuité que la France appelle de ses vœux, elle souhaite qu’elle soit perçue comme exprimant une attitude de neutralité. Alors même qu’elle passe en revue “ses” options possibles – Hamrouche et Ouyahia – pour renforcer la pertinence d’un troisième mandat pour Bouteflika.

La formule de Sarkozy – “En Algérie, c’est Bouteflika ou les Talibans” – avait déjà signifié un alignement sans équivoque sur la voie du troisième mandat, mais les propos du diplomate, intervenant auprès du représentant des états-Unis, sont significatifs d’un soutien actif de la France à un statu quo.
Malgré le constat fait d’une corruption endémique et d’une panne socioéconomique, dont il est probablement question dans ce mystérieux “livre blanc”, la France préfère ce statu quo qu’elle trouve désastreux en termes moral, économique et politique, à un “changement” dont elle semble connaître les limites et les bénéficiaires potentiels.

WikiLeaks ne nous apprend pas beaucoup sur l’état du pays. Et pour cause ! Il nous renvoie l’image que nous avons transmise, nous-mêmes dans la plupart des cas, aux diplomates américains. De la corruption qui touche les sommets – en fait qui part des sommets – et qui prend des proportions inédites aux arrangements qui ont abouti au troisième mandat, rien de nouveau.

Mais on aura, grâce à ce câble, au moins vérifié que s’il y a un “hizb frança”, ce n’est pas dans le camp des adeptes d’une évolution démocratique qu’il faut le chercher. Et même s’il existait, on le voit dans les analyses de Bajolet, la France ne le “calcule” même pas, comme on dit dans le langage courant.
Les théâtrales sautes d’humeur franco-algériennes ne sont-elles donc destinées qu’à masquer les véritables connivences ?

Mustapha Hammouche

Liberté

20.12.2010