Yennayer – Les militants du MAK se recueillent sur la tombe de Bessaoud Mohand Arab

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Agissant dans le cadre des festivités du Yennayer et conformément au programme tracé à cet effet, une délégation du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), conduite par M. Bouaziz Aït-Chebib, s’est rendue ce matin au village d’Akaoudj dans la commune d’Aït-Aïssa-Mimoun pour se recueillir sur la tombe de l’officier de l’Armée de Libération Nationale (ALN) et militant de la cause berbère, feu Bessaoud Mohand Arab.

Dès son arrivée sur les lieux, le groupe du MAK fut rejoint par les militants de ce village. Sans tarder, tous ensemble sont entrés dans le jardin où repose depuis janvier 2002 le fondateur de l’Académie Berbère. La cérémonie de recueillement fut traduite par un dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe, l’observation d’une minute de silence à sa mémoire et un discours sur sa vie militante et combattante lequel a été fait par le président du MAK. Celui-ci retracera, sans pour autant être prolixe, les étapes importantes de la vie du disparu tout en mettant en avant ses grands mérites. En effet, Bouaziz Aît-Chebib rappellera à l’assistance qu’avant de s’opposer au régime algérien, feu Bessaoud Mohand Arab a fait d’abord ses obligations envers l’Algérie en combattant le colonialisme français. « durant la guerre de libération nationale, expliquera l’orateur, Bessaoud Mohand Arab, était officier de l’ALN ». « A l’indépendance, ajoutera le président du MAK, le défunt, déçu par la politique des nouveaux tenants du pouvoir, décida de les combattre également, d’où son adhésion au Front des Forces Socialistes (FFS) ». De la défaite militaire du FFS, s’en suivit la fuite vers l’étranger de l’officier de l’ALN, plus exactement en France. C’est dans ce pays que le défunt, en tant qu’exilé, décida de poursuivre sa lutte pour la reconnaissance de l’identité kabyle d’où sa création de l’Académie Berbère en I966.

M. Bouaziz Aït-Chebib rappela également que la confection du drapeau berbère fut l’œuvre de l’homme que le régime algérien combattit de toutes ses forces et haï de toute son âme jusqu’à interdire aux Algériens d’ honorer sa mémoire. Par la même occasion, le président du MAK explicita les couleurs et signes du drapeau kabyle tels que pensés par son créateur. Ainsi le « bleu » signifie la mer Méditerranée, le « vert » symbolise les montagnes verdoyantes, le « jaune » le désert, le « rouge » signifie le sang et le « Z » signifie les chaînes brisées, la liberté de l’homme kabyle.

Enfin, le président du MAK fit l’observation selon laquelle « il y a des individus qui ont la mémoire courte ». La remarque de M. Bouaziz Aït-Chebib est loin d’être sans fondements. En effet, seuls les militants du MAK ont songé à honorer la mémoire de l’homme qui consacra toute sa vie à la cause du peuple kabyle.

Addenda : Un trait de biographie de Bessaoud Mohand Arab

Bessaoud Mohand Arab est né le 24 décembre I924 à Taguemount El Djedid (certains biographes attestant qu’ils né le I2 janvier I925). Après une scolarité, il rejoint le PPA et dès le déclenchement de la révolution il s’est affiché sous les couleurs du FLN-ALN. En I955, krim Belkacem le nomme responsable des liaisons de la wilaya 3. Un peu plus tard, il sera transféré à la wilaya 4 où il sera nommé lieutenant.

En I957, par sa compétence et son héroïsme, Bessaoud Mohand Arab aura le grade de capitaine. De la totale confiance reposée sur sa personne, ses chefs lui confieront une mission de la plus haute importance : partir au Maroc pour trouver des armes, équipement dont souffrait atrocement l’ALN. L’année d’après, soit en I958, L’officier Bessaoud Mohand Arab est arrêté sur le sol marocain et emprisonné. A l’indépendance de l’Algérie, il rentre au pays. Au mois de décembre I962, le pouvoir algérien représenté alors par Ahmed Ben Bella le nomme au poste de sous-préfet dans une localité de l’ouest du pays. Toutefois, Bessaoud Mohand Arab n’occupera pas ce poste. Au fait, il le refusera. Son refus est à interpréter comme une non caution du renversement du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) par l’Armée des Frontières.

En I963, il rejoindre le FFS armé. Bessaoud Mohand Arab savait aussi faire alterner le fusil et la plume. En effet, c’est en I963 qu’il rédigea et publia son livre « Heureux les Martyrs qui n’ont rien vu ». Cet ouvrage demeure jusqu’à nos jours une référence sur la confiscation de la révolution de novembre I954 et la trahison de certains. Dans ce livre fait avec beaucoup d’intelligence, Bessaoud Mohand Arab met en avant la thèse selon laquelle le FFS fut en réalité créé par les services secrets algériens (MALG) , et ce, dans le but de transformer une révolte populaire nationale en une rébellion locale n’ayant pour motivation que « le racisme ». En clair, l’auteur de « Heureux les Martyrs qui n’ont rien vu » accusa implicitement les hauts responsables du FFS d’avoir manqué de stratégie dans leur action contestataire. Après la défaite du FFS, Bessaoud Mohand Arab rejoint la France via le Maroc. En I966, il créa avec la collaboration d’intellectuels dont Taous Amrouche l’Académie Berbère. En I978, cet espace d’expression et de lutte pour la reconnaissance de l’identité kabyle fut fermé. Certains esprits accusent l’ex-Sécurité Militaire algérienne d’avoir été derrière ce « sale coup » en manipulant la police française. Quoi qu’il en soit, le fondateur de l’Académie Berbère fut obligé de quitter la France pour trouver refuse en Angleterre. Au pays de Somerset Maugham, l’ancien vaillant officier de l’ALN continua son travail de réflexion sur les voies et moyens à faire sortir le peuple kabyle du joug de l’arabo-islamisme. Le Ier janvier 2002, Bessaoud Mohand Arab rendit son dernier soupir. Et le I2 du même mois, il fut enterré, fidèlement à souhait, dans le petit jardin de sa demeure du village Akaoudj. A noter quelques années seulement avant son décès, il put rentrer en Algérie grâce à un travail intense effectué dans ce sens par des militants Kabyles.

Notons enfin que selon certains dires, le pouvoir algérien ne pardonnera jamais à l’homme qui a mis à la disposition de Bessaoud Mohand Arab un terrain pour y construire une maisonnette. Aujourd’hui, l’homme accusé de « crime de lèse majesté » est en train de croupir au pénitencier de Tizi-Ouzou. Se servant de la « justice » comme instrument, le pouvoir algérien ayant pour socle rapine, condamna l’homme la première fois à 05 ans d’emprisonnement. Cette peine n’était pas encore purgée qu’une autre peine de 05 s’abattit sur lui. En somme, au lieu de revoir ses enfants en 20I4, l’homme qui manifesta la générosité pour l’homme qui offrit son sang et sa sueur pour l’indépendance de l’Algérie retrouvera la liberté en 20I9. Nous disons en 20I9 si une autre peine ne sera pas encore décidée contre lui.