Les Kurdes irakiens élisent leur Parlement, tensions avec Bagdad

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Erbil (Irak) – Les Kurdes irakiens élisaient samedi leur Parlement régional sur fond de tensions avec le gouvernement fédéral à Bagdad et de combats en Syrie entre Kurdes et jihadistes.

Ces élections interviennent à un moment où la question de la «nation» kurde revient sur le devant de la scène à la lumière notamment de la perte par le pouvoir de Damas du contrôle sur les régions kurde du nord de la Syrie.

Il s’agit des premières élections au Kurdistan irakien depuis quatre ans.

Quelque 2,8 millions de personnes sont appelées à élire 111 membres d’une assemblée qui adopte ses propres lois. Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (04H00 GMT) et devaient fermer à 17H00 (14H00 GMT).

Trois principaux partis se disputent les élections: le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) du président régional Massoud Barzani, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), que dirige Jalal Talabani, qui est également président de l’Irak, et la liste d’opposition Goran.

Le PDK, qui gouverne actuellement avec l’UPK, devrait remporter le plus grand nombre de sièges au Parlement.

L’UPK, dont le chef, Jalal Talabani, victime d’une attaque cérébrale est absent de la scène politique depuis plus de neuf mois, pourrait faire les frais d’une percée de la liste Goran.

Les électeurs, souvent vêtus d’habits traditionnels portés tout spécialement pour l’occasion, affluaient en matinée dans les bureaux de vote.

«La situation était mauvaise sous le régime» de l’ancien président Saddam Hussein qui persécutait notamment les Kurdes, estime Ghazi Ahmed, un électeur.

Mais «la vie est bonne maintenant et, espérons-le, elle sera encore meilleure à l’avenir», ajoute ce commerçant de 56 ans.

Parmi les thèmes abordés pendant la campagne électorale figurent notamment la lutte contre la corruption, l’amélioration des services publics, et l’usage qui doit être fait des revenus tirés du pétrole.

Velléités indépendantistes

Ces élections ont également lieu sur fond de velléités indépendantistes, les trois provinces du Kurdistan se démarquant de plus en plus du gouvernement fédéral en raison de nombreuses disputes.

Cette région riche en pétrole cherche à construire un oléoduc pour relier directement son territoire aux marchés étrangers. En attendant, la province autonome exporte du pétrole brut, envoyé par camions vers la Turquie voisine, et a signé des accords de coopération avec des firmes étrangères, telles Exxon Mobil et Total.

Elle profite également d’un essor économique bien supérieur au reste du pays, qu’encourage un bon climat sécuritaire, pour faire appel aux investisseurs étrangers.

Ceci provoque l’ire de Bagdad qui estime que les exportations de pétrole par camions constituent de la contrebande, et que des contrats passés avec des pétroliers étrangers sans l’accord du ministère fédéral sont illégaux.

Kurdistan et Etat fédéral sont également à couteaux tirés sur la question de la souveraineté de la région de Kirkouk, riche en pétrole, que les Kurdes voudraient incorporer à leur territoire.

La région est également touchée par le conflit en Syrie car des dizaines de milliers de Kurdes syriens ont récemment trouvé refuge au Kurdistan irakien voisin après des heurts entre Kurdes et jihadistes opposés au régime de Damas.

M. Barzani, s’inquiétant du sort des Kurdes en Syrie, avait même brandi le mois dernier la menace d’une intervention de ses propres forces armées dans le conflit pour les protéger. Mais son gouvernement a ensuite tempéré ses propos laissant entendre qu’une intervention ne serait pas nécessairement militaire.

Les autorités du Kurdistan affirment que leurs concitoyens bénéficient de plus de libertés que dans le reste de l’Irak, mais elles font elles-mêmes l’objet de critiques pour abus de pouvoir.

Des rassemblements de la liste Goran ont été attaqués pendant la campagne électorale et une personne a été tuée.

Un Kurde irakien vote aux législatives, le 21 septembre 2013 à Erbil

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