27 decembre 1957 : Abane Ramdane assassiné par le clan de Oujda

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Abane Ramdane
Abane Ramdane

KABYLIE (TAMURT) – Il y a exactement 68 ans, le 27 decembre 1957, Abane Ramdane, figure centrale et incontestée de la Révolution algérienne, était assassiné au Maroc. Le chef historique kabyle, souvent qualifié d’architecte politique de la guerre de libération, fut étranglé sur ordre de Abdelhafid Boussouf, dans le cadre d’une liquidation interne orchestrée par le clan dit « d’Oujda ».

Abane Ramdane incarnait une vision politique moderne de la lutte de libération : primauté du politique sur le militaire, organisation institutionnelle du combat et projet d’un État fondé sur la citoyenneté. Son influence, son autorité morale et son leadership faisaient de lui le futur dirigeant naturel de l’Algérie indépendante. C’est précisément ce qui scella son sort.

Alors que des milliers de maquisards kabyles tombaient quotidiennement au champ d’honneur les armes à la main, certains cercles du FLN, installés à l’extérieur, avaient déjà entamé une série de liquidations politiques. L’élimination d’Abane Ramdane marqua le début d’une longue tradition d’exclusion, de marginalisation et d’élimination des élites kabyles au sommet de l’État algérien.

Soixante-huit ans après cet assassinat politique, le constat demeure amer : jamais un Kabyle n’a accédé à la présidence de la République algérienne. L’exclusion systématique de la Kabylie des centres de décision perdure, tandis que les discours officiels continuent de nier cette réalité. Aujourd’hui encore, des réunions officieuses dites « zéro Kabyle » sont dénoncées, et la langue kabyle demeure marginalisée, y compris dans le système éducatif, malgré son inscription formelle dans la Constitution.

Cette hostilité structurelle s’est manifestée jusque dans la mémoire collective. À l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de Hocine Aït Ahmed, autre figure majeure du combat pour une Algérie démocratique, de nombreux Algériens n’ont pas hésité à le qualifier de « harki ». Une insulte révélatrice. En dehors de la Kabylie, peu de voix se sont élevées pour défendre sa mémoire.

Abane Ramdane, Hocine Aït Ahmed, Krim Belkacem, Slimane Azem, Matoub Lounès… autant de noms qui rappellent que l’histoire officielle algérienne reste marquée par le déni et l’effacement de la contribution kabyle. En Kabylie, en revanche, leur mémoire demeure vivante, portée par un peuple qui n’a jamais cessé de réclamer vérité, reconnaissance et dignité.

Idir Yatafen

2 Commentaires

  1. Abane Ramdane s’est comporte comme un bleu allant rencontre des arabo-islamistes dans une ferme marocaine avec comme compagnon de route Krim Belkacem. Je ne sais comment Krim a reussi a s’en sortir ce jour la. Une rencontre a laquelle il ne fallait pas participer. C’etait un traquenard et Abane a montre son manque de realite et decison. Pour p[articiper a ce genre de meeting, il fallait des gardes de corps armes.

  2. Abane Ramdane a été assassiné en 1957 par ses propres compagnons du FLN, lors d’une opération interne au mouvement de libération, menée au Maroc, dans la région de Tétouan. Contrairement au récit officiel longtemps entretenu, il n’a pas été tué par l’armée coloniale française, mais éliminé de l’intérieur, par décision politique.

    Les faits historiques établis indiquent que cet assassinat a été décidé par des dirigeants du FLN en exil, dans un contexte de luttes de pouvoir internes survenues après le Congrès de la Soummam. La responsabilité politique est généralement attribuée à la direction collégiale de l’époque, notamment Abdelhafid Boussouf, Lakhdar Bentobbal et Krim Belkacem. L’exécution elle-même a été menée par des éléments de l’appareil sécuritaire du FLN, le MALG.

    Abane Ramdane a été éliminé parce qu’il incarnait une ligne politique claire et dangereuse pour certains chefs militaires. Il défendait la primauté du politique sur le militaire, s’opposait à la militarisation autoritaire du mouvement de libération et refusait que la Révolution soit confisquée par une caste armée. Devenu un contre-pouvoir interne, il représentait un obstacle majeur à l’installation durable d’un pouvoir fondé sur la force et les appareils sécuritaires.

    Ce crime constitue l’un des tabous les plus lourds de l’histoire officielle algérienne.

    Or, le degré de cynisme et de corruption morale du régime algérien atteint aujourd’hui un sommet indécent. Le même système politique, héritier direct de ces structures, qui a éliminé Abane Ramdane en 1957 pour ses convictions, se permet désormais de commémorer le 68ᵉ anniversaire de sa mort à Azzuzen, son village natal.

    Comment peut-on faire confiance à un régime qui honore publiquement ceux qu’il a fait taire, qui pleure officiellement des hommes qu’il a fait assassiner en interne, et qui transforme ses propres crimes historiques en rituels de propagande ?

    Cette commémoration n’est ni un hommage sincère ni un véritable acte de mémoire. Elle relève d’une récupération politique destinée à se draper dans l’héritage d’Abane Ramdane tout en ayant trahi tout ce qu’il incarnait :
    – l’État civil,
    – la souveraineté populaire,
    – la responsabilité politique,
    – et la subordination du militaire au pouvoir élu.

    Les structures issues de cette période, marquées par la prééminence durable de l’appareil sécuritaire et militaire, constituent encore aujourd’hui le cœur du pouvoir en Algérie. Il existe donc une contradiction objective entre la responsabilité historique de ce système dans l’élimination d’Abane Ramdane et sa mise en scène officielle comme figure consensuelle et « patrimoine national ».

    Aucune reconnaissance officielle des responsabilités n’a jamais été faite. Aucun véritable travail de vérité historique n’a été engagé. Aucun alignement institutionnel avec les principes défendus par Abane n’a été réalisé.

    En l’absence de ces éléments fondamentaux, cette commémoration relève d’une gestion purement symbolique de la mémoire, utilisée pour légitimer le pouvoir en place, et non d’un processus de vérité ou de justice historique.

    La confiance dans un régime se mesure à sa capacité à assumer son passé, pas à le mettre en scène. On ne construit pas l’avenir d’un pays sur le mensonge, l’amnésie sélective et la confiscation de la mémoire nationale.

    Abane Ramdane appartient au peuple algérien, pas à ceux qui ont bâti leur pouvoir sur sa disparition.

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