L’Algérie vote une loi criminalisant le colonialisme français : une démarche sans légitimité

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L’Algérie vote une loi criminalisant le colonialisme français
L’Algérie vote une loi criminalisant le colonialisme français

ALGER (TAMURT) – Le Parlement algérien a adopté, mardi dernier, une loi criminalisant le colonialisme français de 1830 à 1962. Ce texte, voté à une large majorité, exige de la France des excuses officielles ainsi que des compensations pour les crimes commis durant la période coloniale. Du côté français, cette initiative est perçue comme une nouvelle provocation politique dans un contexte déjà tendu entre les deux pays.

Cependant, au-delà de la dimension mémorielle, une question centrale se pose : le régime algérien et son Parlement disposent-ils de la crédibilité morale et de la légitimité politique nécessaires pour voter une telle loi ? Plusieurs éléments permettent d’en douter.

Depuis l’indépendance en 1962, le pouvoir algérien a lui-même commis de graves crimes contre les acteurs de la Révolution. Alors que la France coloniale s’était limitée à l’emprisonnement de plusieurs dirigeants du FLN-ALN, le régime issu de l’indépendance a eu recours aux liquidations physiques. Le colonel Chabani, Mohamed Khider, Krim Belkacem ou encore Abane Ramdane ont été éliminés par leurs propres compagnons d’armes. Ces assassinats politiques, perpétrés sous Ben Bella puis Boumediene, illustrent une violence interne souvent plus radicale que celle exercée par l’ancienne puissance coloniale à l’égard des dirigeants nationalistes.

À cela s’ajoutent les crimes massifs commis par l’État algérien contre sa propre population. Durant les années 1990, l’armée et les services de sécurité ont été impliqués dans des massacres de grande ampleur, notamment à Bentalha, Raïs, Relizane ou Ghelizane, sans que la vérité ne soit jamais établie. La torture demeure une pratique dénoncée jusqu’à ce jour par de nombreuses organisations de défense des droits humains. Plus de 25 000 disparitions forcées restent non élucidées, tout comme l’assassinat des moines de Tibhirine, attribué par plusieurs enquêtes aux services du DRS.

Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui estiment que les députés algériens auraient davantage gagné en crédibilité en adoptant une loi exigeant la vérité et la justice sur ces crimes, plutôt que de réclamer des excuses à la France sans assumer leurs propres responsabilités. Peut-on exiger réparation pour les crimes coloniaux sans reconnaître ceux commis après l’indépendance ?

Par ailleurs, la légitimité même du Parlement algérien est largement contestée. Les élections sont massivement boycottées, et les députés sont perçus comme désignés par la police politique plutôt qu’élus au suffrage universel. Cette crise de légitimité concerne également le président Abdelmadjid Tebboune, issu d’un scrutin rejeté par une large partie de la population.

Et les crimes commis en Kabylie ?

Le régime algérien ne peut prétendre parler au nom de la Kabylie pour évoquer les crimes du colonialisme français. Seule une Kabylie indépendante et souveraine pourra légitimement décider de son rapport à son passé colonial. Aujourd’hui, l’Algérie agit elle-même comme une puissance coloniale en Kabylie, où les crimes se sont succédé depuis 1962.

Du soulèvement du FFS en 1963 aux massacres des années 1990, du Printemps noir de 2001 aux incendies meurtriers de 2021, sans oublier les assassinats politiques ciblant Abane Ramdane, Krim Belkacem, Ali Mecili ou Matoub Lounès, la Kabylie a payé un lourd tribut. Pour le peuple kabyle, les crimes du colonialisme français et ceux du régime algérien relèvent d’un même continuum de domination et de violence.
Dans ces conditions, la loi algérienne criminalisant le colonialisme français apparaît moins comme un acte de justice historique que comme un instrument politique, destiné à masquer les crimes du présent et à détourner l’attention d’un régime incapable de rendre des comptes à son propre peuple.

Massy Koceila

4 Commentaires

  1. Sur le principe, rappeler et condamner les crimes du colonialisme français est parfaitement légitime. L’histoire ne doit ni être niée ni blanchie. Mais encore faut-il une cohérence minimale entre le discours et la pratique.

    Car à ce rythme, si l’on commence à criminaliser le colonialisme, il faudra faire les choses sérieusement et aller jusqu’au bout de la logique. Pas seulement 1830–1962. Il faudra aussi convoquer les Turcs ottomans, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Phéniciens… et tant qu’à faire, les Carthaginois, les Numides qui n’avaient pas signé de permis d’occupation, puis remonter encore : les peuples du Néolithique, les chasseurs-cueilleurs un peu trop envahissants, et pourquoi pas les dinosaures pour occupation abusive du territoire nord-africain avant l’apparition de l’homme.

    Bref, ouvrons un tribunal historique permanent, avec des dossiers empilés jusqu’au plafond, des commissions par siècle, des sous-commissions par millénaire, et un service spécial pour la préhistoire. On y jugera l’extension territoriale à l’âge de pierre, l’impérialisme à dos de mammouth et les crimes symboliques commis avant l’invention de l’écriture.

    À ce niveau-là, on ne fait plus de la mémoire historique, on fait de l’archéologie judiciaire.

    Plus sérieusement, l’article met le doigt sur l’essentiel : la crédibilité morale. Un régime qui n’a jamais fait la lumière sur ses propres crimes — assassinats politiques, disparitions forcées, massacres des années 1990, Printemps noir, incendies meurtriers — peut difficilement se poser en juge universel du colonialisme. Exiger des excuses sans jamais rendre de comptes à son propre peuple relève moins de la justice que de la diversion politique.

    La question kabyle est centrale. On ne peut pas parler au nom d’un peuple qu’on réprime, qu’on marginalise et qu’on traite comme une périphérie hostile. Pour beaucoup de Kabyles, les violences coloniales d’hier et celles du régime post-1962 s’inscrivent dans une continuité douloureuse, et non dans une rupture salvatrice.

    Au final, cette loi ressemble davantage à un écran de fumée qu’à un acte de mémoire sincère. Criminaliser le passé pour éviter d’expliquer le présent, c’est une vieille recette. Et comme souvent, ce sont les peuples qui paient pendant que les discours s’empilent.

    Si justice il doit y avoir, qu’elle commence par être complète, cohérente et honnête. Sinon, autant assumer que l’histoire sert ici surtout d’alibi politique.

  2. Il faut criminaliser le colonialisme Français en Algérie, ils n’ont pas tort ! MAIS il faut aller dans ce cas au bout du raisonnement donc
    criminaliser aussi le colonialisme Turc , Arabe islamiste , vandale, romain , phénicien et pourquoi pas tant qu’on y est HUMAIN .
    Ce sont des champions pléthorique de la rhétorique et du détournement d’attention, des as de l’évitement des vrais problèmes , sociaux , sociétaux, économiques, culturels , défis qu’ils sont dans l’incapacité chronique de relever . Sinon à ce compte là même la France va demander réparation à Rome pour avoir occupé pendant des siècles son territoire . Le Faux dilemme de la rente mémorielle à toujours été la spécialité des usurpateurs en mal de légitimité !

  3. Azul . il faut demander à la France de sortir les Archives de la guerre et l’opinion publique , médiatique politique internationale saura qui étaient dans les maquis et qui étaient les planqués , bien sûr les plus illustres sont les clans de Ouajda et de Ghardimaou qui attendaient que l’ALN soit déssimée et qu’ils rentrent en Libérateurs alors qu’ils ne sont que des usurpateurs.

  4. Le gouvernement terroriste d’Alger a commis plus d’exactions, de massacres , disparitions , assassinats en tout genre envers tous les peuples qui composent ce territoire ! En tant de paix !!!
    Pas seulement les Kabyles qu’il considère comme ennemis de l’intérieur favoris mais aussi envers les MZABS et les TOUAREGS ….
    Avant de faire son sport favori qui est ce plaindre en permanence pour mieux masqué son incompétence en se qui concerne la gouvernance et la gestion d’un pays ils préfèrent criminaliser pour justifier leurs défaillances a tout les niveaux .
    Sinon , pourquoi cacher au peuple dz le contenu des accords d’evians.?? A nos jours personne ne sait la moindre chose a ce sujet !
    Pourquoi tant de personnes au gouvernement et même au seins de l’armée détiennent la nationalité françaises ???
    Trops de zones d’ombres dans l’histoire algéro -francaise .

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