De Mani aux femmes iraniennes

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Mahsa Amini
Mahsa Amini

CONTRIBUTION (TAMURT) – Je viens de terminer la lecture du roman : Les Jardins de lumière. Le récit nous plonge dans l’histoire de la Perse du 3ᵉ siècle, narrée majestueusement par la plume chevronnée d’Amin Maalouf. Au fur et à mesure que j’avançais dans le récit, je ne pus m’empêcher de faire le lien entre les personnages du roman et les acteurs de la scène politique iranienne depuis l’accaparement du pouvoir par les Mollahs en 1979.

La figure principale est Mani, fondateur d’une religion universelle, le manichéisme. En Chine, on le nomme : le Bouddha des lumières. Même s’il était de descendance chrétienne, il prônait la tolérance des autres cultes et proposa la construction de temples où tous les fidèles peuvent prier selon leur foi.

Grâce à ses talents de guérisseur, il se rapprocha du « Roi des rois » de la dynastie sassanide Shapur Iᵉʳ. Ce dernier assure sa protection et lui permet de répandre son enseignement dans tout l’Empire perse. Néanmoins, cette alliance portait ombrage à l’establishment religieux de l’époque connu sous le nom de mages zoroastriens.

À la mort Shapur Iᵉʳ, le maître des mages Kartir, empoisonne son fils aîné, Hormizd, à cause de son adhésion à la religion de Mani. La voie a été ouverte à l’intronisation de Bahram 1ᵉʳ, second fils de Shapur 1ᵉʳ, sous le regard bienveillant de Kartir. Toujours par le truchement de Kartir, Mani fut arrêté par les sbires de Bahram Iᵉʳ et subit des supplices atroces avant de succomber à ses souffrances.

Cette fin tragique d’un valeureux messager de la paix va sonner le glas de l’âge d’or de la Perse. Les Bédouins arabes envahissent le pays en 651, et le plongent dans l’obscurantisme.

À bien des égards, ce qui se déroule en Iran depuis 47 ans ressemble à ce qui s’est passé 18 siècles plus tôt.

Dans le rôle ténébreux des mages zoroastriens, les mollahs et les ayatollahs du clergé chiite semblent bien prendre la relève. À leur tête, deux personnages sataniques, aux regards malveillants et menaçants, communément appelés « les guides suprêmes » ! L’imam Khomeiny de 1979 à 1987 puis son successeur l’ayatollah Ali Khamenei, qui vient d’être liquidé par les forces américaines, ne sont que les équivalents de Kartir. De véritables créatures maléfiques, au cœur d’un pouvoir archaïque, corrompu, viscéralement misogyne.

Les présidents iraniens ne sont qu’une farce civile d’un système théocratique basé sur la cooptation et la répression. Tout comme Bahram 1er, qui s’est fait complice des mages zoroastriens, les présidents de la « république » islamique d’Iran, dont on retient rarement les normes, ne sont que des marionnettes entre les mains du clergé.

chiite. Après avoir réussi un échec patent sur le plan économique, dans ce riche pays pétrolier où le taux de chômage réel avoisine les 40 % et le taux d’inflation dépasse les 50 %, l’actuel président n’a pas trouvé mieux que de cautionner l’assassinat de plus de 36 000 manifestants pacifiques par les milices Bassidji du régime en janvier 2026.

Quant à Mani, il est incarné par toutes ces femmes iraniennes qui résistent contre le dictat des Mollahs. Elles sont heureusement très nombreuses malgré la répression féroce des gangs des « gardiens de la révolution islamique ». L’image de Mahsa Amini est restée comme figure emblématique de l’Iran qui avance. Cette étudiante kurde d’à peine 22 ans a été violemment battue à mort par une horde sauvage appartenant à la « police des mœurs ». Son péché capital, aux yeux des pervers adeptes du guide suprême, est de ne pas couvrir « religieusement » une mèche de cheveux par le lugubre fichu islamique. Elle souhaitait, comme des millions de femmes iraniennes, vivre dans une société débarrassée du joug religieux et respectueuse des libertés individuelles.


Aux yeux des tenants de l’Iran qui recule, ces aspirations sont de véritables sacrilèges !

Kahina A.

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