KABYLIE (TAMURT) – Berbère TV s’est transformée ces jours-ci en un outil de propagande contre la cause indépendantiste kabyle. Alors qu’elle avait donné la parole à Eric Zemmour connu pourtant pour ses positions critiques envers l’Algérie, lors des précédentes élections présidentielles françaises dans le cadre de la liberté d’expression pour tous, elle refuse cette même liberté au mouvement indépendantiste kabyle.
Après Louisa Hanoune (PT), Atmane Mazouz (RCD) et Lakhdar Amokrane, nouveau président du parti algérien Jil Jadid, c’était hier le tour de Youssef Aouchiche (FFS) de profiter de la tribune Berbère TV pour critiquer sans convaincre le projet d’indépendance de la Kabylie. Un débat démocratique et crédible veut que l’on donne la parole aux deux parties qui divergent sur un projet pour éclairer l’opinion public et non la manipuler. Malheureusement, force est de constater que Berbère TV glisse vers une liberté d’expression sélective servant la propagande du régime algérien. Néanmoins, le peuple kabyle n’est pas dupe.
Sans avancer aucun chiffre ni de sources, le président du RCD, Atmane Mazouz, a annoncé dernièrement sur Berbère TV que « si la Kabylie dans sa majorité écrasante dit qu’elle n’est pas favorable à un tel projet (indépendance de la Kabylie), c’est parce que dans l’histoire déjà et durant la révolution Krim Belkacem a lutté pour un pays uni et indivisible ». D’abord, sur quelle base Atmane Mazouz affirme que la « majorité écrasante » des kabyles serait contre le projet d’indépendance de la Kabylie ? Aucune ! Pourtant, la mobilisation des indépendantistes kabyles durant les manifestations commémorant le double anniversaire du printemps Berbère et du printemps Noir était de loin plus importante que celle du RCD. Les appels à manifester que lançaient les mouvements indépendantistes kabyles, le MAK et l’URK, avaient toujours mobilisé plus de manifestants que toute autre force politique en Kabylie.
Par ailleurs, Atmane Mazouz oublie de rappeler le sort réservé au signataire des accords d’Evian. Il a été assassiné par ceux qui ont confisqué le pouvoir en 1962 et désigné la Kabylie comme « ennemi intérieur de l’Algérie ». Pour sa part, Louisa Hanoune, dont les accointances avec le DRS et le général Toufik sont un secret de polichinelle, a qualifié sur Berbère TV les indépendantistes kabyles d’un « groupuscule ». Pourquoi donc autant d’agitation et d’affolement pour neutraliser un groupe de quelques individus ? Hier, le 1er secrétaire du FFS, Youssef Aouchiche, dont les élus locaux ont été élus lors des élections précédentes avec très peu de voix affirme toute honte bue que son parti représente la première force politique en Kabylie. Sur quelle base ? « Selon les activités, la présence sur le terrain et la représentativité », répond Youssef Aouchiche au journaliste de Berbère TV, sans avancer lui aussi aucun chiffre. Or, les boycotts massifs des différentes élections algériennes en Kabylie, auxquels ont appelé les mouvements indépendantistes kabyles sont une preuve incontestable de l’impopularité du FFS en Kabylie.
Aujourd’hui, d’anciens militants du FFS n’hésitent pas à qualifier la nouvelle direction d’«appareil » ou d’affirmer que « le FFS est mort avec son fondateur Hocine Ait Ahmed » décédé le 23 décembre 2015. Cette façon de décrire le FFS même par d’anciens militants ou sympathisants reflète une flagrante perte d’influence de ce parti. « Le parti est enterré avec le Zaim (Ait Ahmed, NDLR). Ne bluffe pas. Je suis un militant de 1991 jusqu’à la mort du Zaim », a répliqué un ancien militant du FFS aux affirmations de Youssef Aouchiche . « Vous évoquez un parti politique ayant recueilli 3 % des suffrages lors des dernières élections présidentielles et vous le qualifiez de force en Kabylie », ironise un autre citoyen kabyle.
L’exclusion par Berbère TV des mouvements indépendantiste kabyles du débat concernant l’avenir de la Kabylie montre la mauvaise foi de cette chaîne, qui doit son existence et sa survie à tous les enfants de la Kabylie sans exception, qui se sont mobilisés pour la soutenir financièrement et la maintenir en vie.
Arezki Massi

