ALGÉRIE (TAMURT) – Pour mémoire, l’équipe nationale du Maroc avait été sanctionnée par la FIFA et interdite de toute compétition pendant deux ans pour avoir disputé un match de football contre l’Algérie en 1959, en pleine guerre de libération nationale. Cet épisode illustre l’engagement du Maroc en faveur de l’indépendance algérienne. L’aide marocaine ne se limitait d’ailleurs pas au sport : le Maroc servait de base arrière à l’ALN et a apporté un soutien logistique et politique déterminant aux combattants algériens jusqu’à l’indépendance.
Parallèlement, la France coloniale avait engagé des milliers de tirailleurs sénégalais dans la guerre contre le peuple algérien. Ces unités, redoutées pour leur brutalité, sont accusées par de nombreux témoignages d’anciens maquisards, notamment kabyles, d’avoir commis de graves exactions contre les populations civiles : viols de femmes, meurtres d’enfants et massacres indiscriminés. Selon ces témoignages, les crimes perpétrés par les tirailleurs sénégalais en Kabylie auraient parfois été plus violents encore que ceux commis par les soldats français.
Pourtant, cette page sombre de l’histoire semble largement occultée dans la mémoire collective algérienne. À l’occasion de la CAN 2026, organisée par le Maroc, et dont la finale du 18 janvier 2026 opposait le Maroc au Sénégal, de nombreux médias algériens ainsi qu’une partie de l’opinion publique ont exprimé une hostilité marquée envers l’équipe marocaine, allant jusqu’à soutenir ouvertement la sélection sénégalaise.
Cette attitude interroge, au regard du rôle historique du Maroc durant la guerre de libération algérienne, mais aussi de l’implication documentée de tirailleurs sénégalais dans les violences commises contre des civils algériens et kabyles entre 1954 et 1962. Alors que l’Algérie a récemment voté une loi criminalisant le colonialisme français, la question de la responsabilité et de la mémoire des exactions commises par certaines forces supplétives africaines reste largement absente du débat public.
Ce paradoxe met en lumière une mémoire sélective et une ingratitude historique qui interrogent sur la cohérence du discours officiel algérien et sur la manière dont l’histoire est mobilisée selon les contextes politiques du moment.
Idir Yatafen


