ALGÉRIE (TAMURT) – Contre toute attente, les sénateurs algériens ont émis des réserves sur la loi criminalisant le colonialisme français, pourtant adoptée à l’unanimité le mois dernier par l’Assemblée populaire nationale. Ce texte vise à criminaliser la période coloniale française de 1830 à 1962, tout en exigeant de la France la reconnaissance de ses crimes, des réparations financières ainsi qu’une demande officielle de pardon.
Arrivée au Sénat ce jeudi 22 janvier, la loi a suscité de fortes réticences. La majorité des sénateurs se sont opposés, notamment, à l’exigence de reconnaissance des crimes coloniaux et à la demande de pardon adressée à la France. Un revirement inattendu, sur lequel aucune explication officielle n’a été fournie à ce stade.
Que s’est-il passé entre-temps ? Plusieurs observateurs estiment que « ce n’est pas le moment de froisser la France », alors qu’un dialogue diplomatique est en cours entre Alger et Paris. D’autres s’interrogent sur les raisons de ce blocage de dernière minute au Sénat, après un vote unanime à l’Assemblée.
Un député algérien a tenté de justifier cette volte-face en affirmant qu’il est « impossible pour la France de reconnaître officiellement ses crimes coloniaux, de peur de s’exposer à des poursuites judiciaires devant des instances et tribunaux internationaux ». Selon lui, maintenir une telle loi serait donc inutile, et il vaudrait mieux « chercher un terrain d’entente avec la France ».
En l’absence de communication officielle, les analyses et interprétations se multiplient, mais les autorités algériennes gardent le silence sur ce revirement soudain.
Du côté français, le vote initial de cette loi par le Parlement algérien a provoqué une vive irritation à l’Élysée. Une grande partie de la classe politique française considère ce texte comme une instrumentalisation du passé colonial à des fins politiques internes. Une pratique récurrente, selon plusieurs analystes; le régimes algérien exploite régulièrement la mémoire coloniale pour pallier un déficit de légitimité politique. Le sentiment anticolonial demeure ainsi un levier central utilisé par les décideurs algériens pour mobiliser l’opinion publique.
Idir Yatafen


