Ferhat Mehenni répond à la propagande d’Alger : « Je reste inébranlable !»

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Ferhat Mehenni
Ferhat Mehenni

EXIL (TAMURT) – Dernièrement, la chaîne publique algérienne, Canal Algérie, a diffusé une intervention d’Agour Mehenni, fils du président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, où il affirme ouvertement ne pas partager le combat politique de son père. Tout en rappelant que même l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique, en l’occurrence Benjamin Franklin, a été désavoué par son fils William, resté loyal à l’Angleterre, Ferhat Mehenni se dit « inébranlable » face à la propagande et aux pratiques « crapuleuses » du régime algérien.

Totalement inconnu sur la scène politique et n’ayant aucun engagement militant, Agour Mehenni a déclaré sur la chaîne publique algérienne Canal Algérie qu’il se démarque des convictions politiques de son père. « Tout au long de ma vie, j’ai subi ses idées et ses décisions qui ont toujours eu un impact sur ma vie et sur celle de mes frères et sœurs et, aujourd’hui, je sens que j’ai besoin de m’exprimer et de ne pas être associé à tout ce que mon père prend comme décision », a affirmé Agour. Cette intervention a été largement relayée par la presse algérienne, croyant trouver le moyen de détruire le leader indépendantiste et président du MAK-Anavad.

Après quelques jours de silence, Ferhat Mehenni a répondu à la propagande d’Alger dans une interview qu’il a accordée à Taqvaylit TV. « J’aime mon fis et il m’aime (…). Il n’a jamais fait de la politique (…). Rien ne changera dans ma relation avec lui par rapport à ce qu’on vient de lui faire dire ou à ce qu’il a fait de sa propre volonté. Je n’ai aucune information crédible pour le moment. Ceci dit, ce n’est pas la première fois qu’un fils désavoue son père politique. La première indépendance des temps modernes est celle des Etats-Unis du 04 juillet 1776. L’un des signataires de cette indépendance c’était Benjamin Franklin. Son fils William était contre l’indépendance des Etats-Unis. Pour autant, cela n’a rien changé à la relation filiale entre le père et le fils. Bien au contraire, le fait que cette proclamation est faite a fini par faire des Etats-Unis la première puissance mondiale », a déclaré Ferhat Mehenni. Celui-ci a ensuite expliqué qu’il n’a jamais imposé son projet politique à sa famille charnelle. « Mais au-delà de cela, cela montre quoi ? Que moi, j’ai deux familles. L’une biologique, l’autre politique. Je n’ai jamais voulu confondre l’une avec l’autre. Je n’ai jamais voulu impliquer mes enfants dans mes choix politiques, comme je n’ai jamais voulu m’impliquer dans leurs affaires personnelles, que ce soit pour leur mariage, métier ou choix de vie. J’ai accueilli leurs conjoints avec bienveillance. J’ai une très grande famille. J’en suis fier. Et cela n’entame en rien les relations familiales », a-t-il assuré, tout en qualifiant la propagande du régime algérien de « pratique crapuleuse ».

Le président du MAK a aussi rappelé que ce n’est pas la première fois que le régime d’Alger recourt à ce mode opératoire. « La première fois, c’est mon neveu qu’ils ont ramené. Ils se sont attaqués aux frères d’Aksel Bellabbaci, puis aux frères du 1er ministre Hanafi Ferhouh, et ensuite à la sœur de Chérif Rakène », a-t-il rappelé. Loin d’être affecté par cette propagande de caniveau, Ferhat Mehenni se dit rester inébranlable. « Le régime algérien croyait qu’on me faisant désavouer par mon fils, il me décrédibilise et décrédibilise la déclaration d’indépendance de la Kabylie ou peut-être m’affecter moi-même. Je suis inébranlable. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, rien ne changera quant à mes positions sur l’indépendance de la Kabylie. L’indépendance a été proclamée, il n’y a plus aucun retour en arrière possible. Cela est acté », a-t-il réagi.

Arezki Massi

20 Commentaires

  1. reponse au commantaire poste par: Winnathan 6 janvier 2026 à 22:14:
    …..Vas dire ça aux kabyles de Tiaret : Presque tous les kabyles des Ath Ouacif et Iwayidhiyen ….

    Ton raisonnement repose sur une confusion fondamentale entre dispersion sociale et inexistence politique.
    1) La présence de Kabyles hors de Kabylie n’est ni nouvelle ni exceptionnelle.
    Elle est historique et structurelle, documentée depuis :
    la période ottomane,
    la colonisation française (travailleurs migrants),
    l’Algérie post-1962 (centralisation et marginalisation régionale).
    Aucun peuple au monde n’a attendu d’être géographiquement regroupé pour exister politiquement.
    Irlandais, Arméniens, Juifs, Palestiniens, Kurdes : même configuration.
    2) Utiliser Amirouche contre la Kabylie est un contresens historique.
    Oui, Amirouche a vécu à Tiaret.
    Mais :
    il s’est politisé contre un système centralisateur,
    il s’est battu pour la dignité politique, pas pour la rente ni pour l’exil forcé.
    Son parcours confirme le problème, il ne l’infirme pas.
    3) L’argument qui va les nourrir? est un argument colonial classique.
    Il a été utilisé :
    par la France contre l’indépendance algérienne,
    par Londres contre l’Irlande,
    par Moscou contre les pays baltes.
    Aucun État indépendant n’a jamais existé parce que quelqu’un lui a garanti le confort avant.
    4) Personne n’a jamais promis de rapatrier des millions de Kabyles.
    C’est un homme de paille.
    L’autodétermination :
    ne supprime pas la citoyenneté existante,
    n’efface pas les droits sociaux,
    ne force aucun déplacement de population.
    Prétendre le contraire relève soit de l’ignorance, soit de la peur instrumentalisée.
    5) Les Kabyles hors Kabylie ne sont pas des otages politiques.
    Ils sont :
    citoyens,
    travailleurs,
    acteurs économiques,
    et ils ne disparaissent pas parce qu’une région revendique des droits.
    L’histoire montre que ce sont les États autoritaires, pas les peuples, qui mettent les civils en danger.
    Conclusion finale a Winna Athan:
    La dispersion des Kabyles est la conséquence de la domination centralisée, pas un argument pour la perpétuer.
    Poser la question en termes de qui va les nourrir revient à dire :
    reste soumis, sinon tu perds le droit d’exister.
    Ce n’est ni du réalisme, ni de l’humanisme.
    C’est la logique de la peur héritée des années 70.
    Les faits sont clairs.
    Le reste n’est que rhétorique dissuasive.

  2. reponse au commentaire et cette question:
    «  » Je te demande à toi personnellement, Mis T’murt : dis-moi sincérement, honnêtement : combien de kabyles sont prêts à aller jusqu’au bout pour obtenir l’indépendance? » de Winna Athan:

    Ta question est mal posée, donc la conclusion que tu en tires est fausse.
    1) Les droits des peuples ne se mesurent pas au pourcentage prêts à mourir.
    Aucune norme internationale, aucun historien sérieux, aucun processus d’autodétermination n’a jamais reposé sur le nombre de personnes prêtes au sacrifice physique.
    En 1954, la majorité des Algériens n’étaient pas prêts à aller jusqu’au bout.
    En 1989, la majorité des Baltes n’étaient pas prêts à mourir.
    En Afrique du Sud, la majorité n’a pas pris les armes.
    Pourtant, l’issue politique a existé.
    Confondre légitimité politique et disposition à la mort est une erreur analytique majeure.
    2) L’indépendance ne commence pas par la violence. Historiquement, jamais.
    Les travaux en science politique (Erica Chenoweth & Maria Stephan, Why Civil Resistance Works) montrent que:
    les mouvements non violents et politiques ont deux fois plus de chances de réussir que les insurrections armées,
    la violence apparaît lorsque l’État bloque toute issue politique, pas avant.
    Donc affirmer que l’indépendance implique forcément une extrême violence est empiriquement faux.
    3) Le pouvoir central ne décide pas seul de l’issue.
    Aucun État n’a jamais accepté une perte territoriale par sagesse.
    Mais l’histoire montre que les États cèdent lorsque :
    la légitimité interne est établie,
    le coût politique et diplomatique devient supérieur au coût du statu quo,
    la question devient internationale et juridique, pas militaire.
    C’est exactement ainsi que se sont faits :
    le Timor oriental,
    le Monténégro,
    le Soudan du Sud,
    les pays baltes.
    4) La question pertinente n’est pas combien sont prêts à mourir, mais:
    combien reconnaissent l’existence d’un problème politique kabyle,
    combien défendent la langue, l’école, l’autonomie culturelle,
    combien refusent la négation institutionnelle,
    combien veulent décider localement.
    Et sur ces points, les indicateurs sociaux, culturels et politiques existent déjà.
    5) Prédire le feu et le sang est un argument de dissuasion, pas une analyse.
    Tous les pouvoirs autoritaires utilisent le même raisonnement:
    Si vous insistez, ce sera le chaos.
    Ce discours a été utilisé :
    par la France coloniale,
    par l’URSS,
    par l’Afrique du Sud de l’apartheid.
    Il n’a jamais invalidé un droit politique.
    Conclusion factuelle amass Winna Athan:
    La volonté d’un peuple ne se mesure pas à sa capacité à mourir,
    l’indépendance n’est ni un événement militaire, ni un vote émotionnel,
    c’est un processus long, politique, juridique et international.

    Ta question relève d’une vision militarisée et dépassée de l’histoire, pas d’un raisonnement sérieux.
    Sur le plan factuel, elle ne tient pas.

  3. ce commentaire est pour Winna Athan:
    Tu confonds traumatisme personnel et analyse historique, et ça fausse tout ton raisonnement.
    Avoir vécu la guerre ne donne pas raison politiquement.
    Sinon, les peuples colonisés n’auraient jamais obtenu quoi que ce soit après 1945.
    La peur du passé n’est pas un argument contre le droit du futur.
    Personne ne parle de guerre. Tu es le seul à en faire une obsession.
    L’autodétermination au XXIᵉ siècle ne commence ni par des armes ni par des maquis, mais par le droit, la légitimité et l’internationalisation.
    Raisonner uniquement en termes de guerre, c’est être resté bloqué avant la chute du mur de Berlin.
    L’argument économique est circulaire et malhonnête.
    Toutes les régions dominées sont rendues dépendantes exprès.
    Dire “vous dépendez donc vous ne pouvez pas” revient à dire :
    le système qui t’étouffe prouve que tu dois continuer à étouffer.
    C’est un raisonnement de fonctionnaire colonial, pas d’analyste.
    Il n’existe jamais d’“économie prête” avant la souveraineté.
    Ni l’Algérie en 1954,
    ni l’Irlande,
    ni les pays baltes,
    ni le Bangladesh.
    L’économie se reconstruit après, pas avant. L’inverse n’existe nulle part dans l’histoire.
    La diaspora n’est pas un obstacle, c’est une constante historique.
    Arméniens, Juifs, Irlandais, Palestiniens :
    aucun peuple n’a attendu d’être géographiquement “rangé” pour exister politiquement.
    Comparer la Kabylie aux régions françaises absorbées est faux.
    La France a intégré par le droit, la citoyenneté et l’ascension sociale.
    L’Algérie gouverne par l’autoritarisme, la répression et la négation identitaire.
    Ce ne sont pas des situations comparables, point.
    Ton obsession des “pourcentages prêts à mourir” est indécente et hors sujet.
    Les droits d’un peuple ne se mesurent pas au nombre de volontaires pour le sacrifice, mais à leur légitimité.
    Sinon, aucun droit civil n’aurait jamais existé.
    Conclusion, Winna Athan:
    Tu ne proposes pas une analyse, tu proposes une suspension permanente de l’histoire par peur qu’elle recommence à bouger.
    Ce n’est pas du réalisme, c’est la logique de la résignation héritée des années 70.
    L’histoire avance malgré ceux qui demandent toujours d’attendre “un meilleur moment”.
    Et ce moment n’arrive jamais pour ceux qui ont renoncé à le penser.
    Débat clos.

  4. Azul. Comme dirait « celui-là » ou winnathan (en kabyle), ‘je ne suis pas contre l’idée d’une indépendance de la Kabylie …. bla … bla … bla’; c’est de ce genre de personnes qu’il faut se méfier et se dissocier que des ‘agour’ et cohorte. « celui_là » (en kabyle dans le texte: winnathan) croit que ce n’est pas le moment; son moment à lui serait « quand il n’y aura plus la question kabyle »; le bon moment pour winnathan serait le moment où l’algéristan aurait achevé sa tache: création de quelques réserves de kabyles et de préférence loin de la Kabylie (éparpillées quelque part dans le Tiniri). Là, peut-être que winnathan pensera qu’il serait opportun de commencer à rêver de l’indépendance de la Kabylie (!!!).

    • « Winna athan » a presque 75 ans et a connu la guerre 54-62 et « l’guerra-nni bwa3raven » du FFS. J’ai des souvenirs, et des pas bons, des deux guerres. Je sais ce que c’est que de souffrir de la guerre et de voir ses parents et voisins torturés et tués, affamés, pieds nus, souffrant du froid et de la peur qui vous colle à la peau du matin au soir, sept jours sur sept.
      C’est pour ça que « Winnathan » ne désire pas voir une guerre inutile ravager le pays. Quand c’est nécessaire, oui. Mais quand ce n’est pas nécessaire, non.

      Petite anecdote, que tu la croies ou non: Il y a plus de 50 ans, du temps du vampire Boumediène, à Alger, je faisais la queue dans un bureau pour des,documents. Devant moi et dérrière moi il y avait des étudiants kabyles et je discutais avec eux un peu. A un certain moment un des employés est sorti de son bureau et s’est adressé à une des éudiantes kabyles de manière impolie. Je n’ai rien dit d’abord pour éviter les ennuis, mais lorsqu’il a dit quelque chose sur le fait qu’elle était kabyle sur un ton méprisant, j’ai perdu tout contrôle. Je ne sais pas comment j’ai sauté par dessus les gens devant moi pour mettre mes mains sur la gorge du gars. Je lui criais que j’étais kabyle moi-même et que j’allais le tuer sur place. Je l’aurais probablement étranglé si ce n’était les autres employés qui me l’ont arraché des mains. Le gars s’est précipité dans son bureau et a claqué la porte dérrière lui. Je me suis mis à donner des coups de pieds et de poings sur la porte en l’insultant et le traitant de lâche, mais il a refusé de sortir.

      Quand je me suis calmé, quelques uns des kabyles présents ont essayé de me remercier et m’exprimer leur solidarité. Mais je leur ai dit : « Allez au diable ! Pourquoi n’êtes-vous pas intervenus vous-mêmes ? Vous êtes kabyles aussi, non ? »
      Une autre observation: aucun des autres employés arabophones n’a essayé de défendre leur collegue. Je les ai entendus le blâmer pour cet incident. Plus tard je me suis rendu compte qu’ils auraient pu appeler la police mais ils ne l’ont pas fait. Au contraire, l’un d’eux m’a invité dans son bureau et s’est excusé pour l’autre et m’a donné les papiers pour lesquels j’étais venu.

      Cette anecdote est pour dire que je suis aussi fièr, sinon plus, d’être kabyle que n’importe qui, mais quand il n’est ni nécessaire ni utile de causer une guerre, il faut l’éviter coûte que coûte.

      • Personne ne nie ton âge, ton vécu ni la violence des années que tu évoques. La guerre de 1954-62 et la répression armée contre le FFS en 1963-65 font partie de l’histoire tragique de ce pays, et personne de sérieux ne romantise la souffrance. Mais ton témoignage, aussi respectable soit-il humainement, ne constitue pas un argument politique décisif.
        1. Expérience personnelle ≠ vérité politique générale
        Avoir vécu la guerre donne une mémoire, pas un monopole sur l’analyse historique.
        Sinon :
        les Vietnamiens n’auraient jamais chassé les Américains,
        les Baltes n’auraient jamais quitté l’URSS,
        les Irlandais auraient dû renoncer après 1922.
        L’histoire montre au contraire que ce sont souvent les générations traumatisées qui refusent le changement, pendant que les suivantes en paient le prix.
        2. Faux postulat central : indépendance = guerre
        C’est là que ton raisonnement est factuellement faux.
        La revendication d’indépendance kabyle n’est pas un appel à la guerre, mais :
        une revendication politique
        fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (Charte de l’ONU, art. 1)
        visant une solution démocratique et pacifique
        Les exemples contemporains sont nombreux :
        Tchécoslovaquie (1993) : séparation sans guerre
        Pays baltes : indépendance face à une puissance militaire bien plus violente
        Monténégro, Écosse (référendum), Catalogne (répression sans guerre initiée par les indépendantistes)
        La guerre n’est pas un choix du peuple dominé, mais une décision du pouvoir qui refuse toute alternative politique.
        3. Inversion de responsabilité
        Dire je refuse l’indépendance parce que je ne veux pas la guerre revient à dire :
        le peuple doit renoncer à ses droits pour ne pas fâcher son oppresseur
        C’est exactement la logique coloniale :
        la France disait aux Algériens: l’indépendance = chaos
        Boumediène disait aux Kabyles: vos revendications = fitna
        aujourd’hui Alger dit: autonomie ou indépendance = terrorisme
        La violence n’est pas produite par la revendication, mais par le refus de la reconnaître.
        4. Ton anecdote confirme le problème… pas ta conclusion
        Ton récit à Alger est révélateur, mais pas dans le sens que tu crois.
        Il montre :
        le mépris banalisé envers les Kabyles
        la peur intériorisée des Kabyles eux-mêmes
        l’isolement de celui qui ose réagir
        l’arbitraire administratif d’un État autoritaire
        Mais tirer de cette expérience la conclusion évitons toute revendication collective est une erreur logique.
        Le courage individuel ne remplace jamais les droits collectifs.
        Les peuples ne se libèrent pas par des coups de colère isolés, mais par des structures politiques.
        5. La Kabylie paie déjà le prix du pas nécessaire
        Tu dis: quand ce n’est pas nécessaire, il faut éviter la guerre.
        Mais la question est : nécessaire pour qui ?
        Nécessaire pour l’État algérien ? Non.
        Nécessaire pour la survie de la langue, de la culture, de l’espace politique kabyle ? Oui.
        Depuis 1962 :
        répressions ciblées
        arabisation forcée
        marginalisation politique
        criminalisation du mouvement kabyle
        fermeture d’églises, d’associations, de médias
        Dire aujourd’hui que ce n’est pas nécessaire, c’est ignorer 60 ans de faits documentés.
        6. Conclusion claire
        Ton vécu force le respect.
        Mais il ne donne pas le droit d’imposer la peur comme horizon politique.
        La Kabylie ne réclame pas la guerre.
        Elle réclame :
        la maîtrise de son destin
        la sécurité de son existence
        une sortie pacifique d’un État qui l’a toujours traitée comme un problème
        Refuser cela au nom de traumatismes passés, c’est transformer la souffrance en instrument de blocage.
        L’histoire ne se fige pas pour protéger les peurs, même légitimes.
        Et pour finir, une vérité simple, historique et documentée :
        tous les peuples à qui l’on a dit attendez, ce n’est pas le moment ont fini par payer ce délai très cher.

  5. La séquence diffusée par Canal Algérie s’inscrit dans une stratégie de propagande bien connue: lorsqu’un projet politique ne peut être combattu ni sur le fond ni par des arguments crédibles, le régime choisit la voie la plus basse l’instrumentalisation de la famille. Ce procédé n’est ni nouveau ni spécifique à l’Algérie ; il est au contraire caractéristique des régimes autoritaires en panne de légitimité.

    La référence faite par Ferhat Mehenni à Benjamin Franklin et son fils William Franklin est historiquement exacte et éclairante. William Franklin, gouverneur royal du New Jersey, est resté loyal à la Couronne britannique durant la guerre d’indépendance américaine. Il fut arrêté, emprisonné, puis exilé en Angleterre.

    L’histoire, elle, n’a retenu qu’une chose: Benjamin Franklin comme père fondateur des États-Unis, et William Franklin comme un loyaliste ayant choisi le mauvais camp. Sa position n’a nullement affaibli la légitimité de l’indépendance américaine.

    Ce cas est loin d’être isolé. L’histoire regorge d’exemples où des proches, des fils, des frères ou des collaborateurs ont choisi le camp opposé parfois par conviction, parfois par opportunisme, parfois sous pression sans jamais réussir à invalider une cause historique :

    Benedict Arnold, général américain passé du côté britannique, dont le nom est devenu synonyme de trahison aux États-Unis.
    Vidkun Quisling, collaborateur du régime nazi en Norvège, dont le nom est entré dans les dictionnaires comme définition même du traître.
    Wang Jingwei en Chine, chef d’un gouvernement fantoche sous occupation japonaise, aujourd’hui totalement discrédité par l’histoire chinoise.
    Philippe Égalité, qui vota la mort de Louis XVI sans être sauvé par sa trahison.

    Constante historique: l’histoire se souvient très bien des traîtres, mais jamais comme ils l’auraient souhaité. Elle ne les utilise pas pour invalider une cause, mais pour illustrer la faillite morale de certains individus face aux grands tournants historiques.

    Dans le contexte kabyle, cette méthode a déjà été utilisée à plusieurs reprises. Ferhat Mehenni rappelle à juste titre les tentatives précédentes visant des proches d’Aksel Bellabbaci, de Hanafi Ferhouh ou de Chérif Rakène. À chaque fois, le même scénario : exposer un membre de la famille, lui faire tenir un discours aligné, puis espérer que cela suffira à délégitimer un combat politique collectif.

    À cela s’ajoute un exemple particulièrement révélateur et douloureux: l’instrumentalisation de la sœur de Matoub Lounès. Incapable de faire taire Matoub de son vivant, le régime a tenté, après son assassinat, de confisquer et détourner sa mémoire, en utilisant un membre de sa famille comme marionnette médiatique pour salir son héritage et, au passage, discréditer la Kabylie dans son ensemble.

    Mais là encore, l’opération a échoué. Matoub Lounès demeure une icône de la liberté, de la résistance et de la dignité kabyle. Les tentatives de récupération posthume n’ont fait que révéler le cynisme d’un pouvoir prêt à exploiter le deuil et la douleur familiale pour réécrire l’histoire.

    Sur le plan factuel, une vérité demeure immuable :
    les combats politiques ne se transmettent pas par lien de sang,
    aucune révolution n’a été annulée parce qu’un proche a dit « je ne suis pas d’accord »,
    et l’histoire ne juge pas les causes à travers les familles, mais à travers les faits, les trajectoires et la volonté des peuples.

    Qu’il s’agisse de l’indépendance américaine, de la mémoire de Matoub Lounès ou de la question kabyle, les opérations de propagande de court terme ne résistent jamais au temps long.
    L’Histoire, elle, juge à froid et elle distingue toujours les bâtisseurs, les symboles authentiques… et les instruments passagers d’un pouvoir aux abois.

  6. Le fils de Benjamin Franklin (William Franklin) ne s’est pas simplement opposé à son père parce qu’il n’était pas d’accord avec lui idéologiquement. William Franklin était lui-même Gouverneur du New Jersey, nommé par la Couronne Britannique. De par sa position, ses intérêts étaient opposés à ceux de son père. Leurs relations familiales ne pouvaient pas survivre sans que l’un ou l’autre n’abandonne sa position et ses énormes intérêts. On ne laisse pas facilement tomber un poste de Gouverneur pour rejoindre un groupe armé, même dirigé par son propre père, qui n’avait aucune certitude de gagner la guerre.

    Pour la mise au point: ces deux camps provenaient du même peuple anglais, parlaient la même langue, et avaient même des liens de parenté entre eux. L’origine ethnique n’avait rien à voir dans cette histoire. C’était entiérement une question de conflits matériels entre le système capitaliste en maturation en Amérique et le système colonial anglais qui lui imposait des contraintes insupportables.

    Rien à voir avec les motivations du fils de Mhenni.
    M’henni, qui a fait des études de science politique, le sait très certainement.

    Je ne suis pas contre l’idée d’une indépendance de la Kabylie, c’est même un petit rêve que je nourris au fin fond de ma cervelle, mais je sais que ce n’est pas réaliste…pour le moment, en tout cas.

    • L’analyse sur William Franklin est globalement juste sur le plan historique : il n’était pas un simple fils en désaccord idéologique avec son père, mais un haut fonctionnaire de l’Empire britannique, Gouverneur du New Jersey, avec des intérêts politiques, matériels et institutionnels directement liés à la Couronne. Son choix n’était donc pas neutre : il relevait d’un conflit d’intérêts structurel, pas d’un simple débat familial. Et l’histoire a tranché sans ambiguïté : le poste, les privilèges et la loyauté impériale n’ont pas survécu à la victoire du camp indépendantiste.

      Cela dit, ce rappel ne contredit en rien l’argument central:
      les désaccords familiaux, même motivés par des intérêts personnels ou matériels, n’ont jamais arrêté un mouvement historique de fond.

      Concernant la précision sur l’absence de facteur ethnique dans la Révolution américaine, là encore, c’est exact. Mais cela ne change pas le mécanisme universel à l’œuvre :

      un peuple soumis à un système jugé illégitime,
      une élite coloniale qui tente de préserver ses avantages,
      et un mouvement de rupture d’abord considéré comme irréaliste… jusqu’au jour où il ne l’est plus.

      L’indépendance américaine, comme beaucoup d’autres, n’était pas “réaliste” avant de devenir inévitable. En 1775, elle était perçue comme une aventure risquée ; en 1776, comme une provocation ; en 1783, comme un fait accompli. L’histoire est pleine de projets qualifiés d’utopiques jusqu’au moment précis où ils réussissent.

      S’agissant de la Kabylie, la comparaison ne porte pas sur l’ethnicité, mais sur la dynamique politique :
      un pouvoir central qui criminalise toute expression dissidente,
      un peuple dont l’identité, la langue et la volonté politique sont niées,
      et un mouvement d’autodétermination qui progresse malgré la répression, l’exil, la propagande et les tentatives de division.

      Que le fils de Ferhat Mehenni ait ou non ses propres motivations personnelles, émotionnelles ou autres ne change strictement rien au processus en cours. Les mouvements d’indépendance ne reposent pas sur une personne, ni sur une famille, mais sur une conscience collective et un rapport de force qui s’inscrit dans le temps long.

      Dire aujourd’hui que l’indépendance de la Kabylie « n’est pas réaliste pour le moment » est une opinion respectable, mais historiquement classique. Toutes les indépendances ont commencé ainsi : marginales, moquées, niées, puis combattues… avant d’être reconnues comme des évidences rétrospectives.

      Quoi qu’il en soit, une chose est claire et factuelle :
      rien ni les désaccords familiaux, ni la propagande, ni les calculs individuels n’arrêtera un mouvement profondément enclenché dans la société kabyle.
      Les trajectoires historiques ne s’interrompent pas par des débats de surface ; elles avancent, lentement parfois, mais sûrement, jusqu’à leur point de rupture.

      L’histoire n’avance jamais au rythme du scepticisme du présent, mais à celui des peuples qui ont décidé de ne plus reculer, comme les Kabyles.

      • Merci, mis t’murth, pour ta réponse bien claire, respectueuse et respectable.
        Mais sur le fond, voilà ma réponse à ton post :

        La Révolution américaine ne peut en aucun cas servir de précédent au cas de la Kabylie, car les situations matérielles sont radicalement différentes. En Amérique du Nord au XVIIIᵉ siècle, l’indépendance fut l’issue d’un conflit réel entre deux systèmes économiques incompatibles : un capitalisme colonial en maturation, porté par des élites locales disposant déjà de leurs circuits d’accumulation, de leurs institutions et de leurs intérêts propres, et un système impérial britannique mercantiliste qui, en cherchant à reprendre le contrôle fiscal et commercial, bloquait désormais ce développement. La rupture répondait donc à une contradiction économique objective. En Kabylie aujourd’hui, aucune contradiction de ce type n’existe : il n’y a ni économie séparée, ni bourgeoisie régionale entravée par un État “extérieur”, ni système productif nécessitant la souveraineté politique pour se développer.
        La Kabylie est pleinement intégrée à l’économie algérienne, et les problèmes qu’elle connaît — autoritarisme, rente, blocage social, marginalisation politique — sont des problèmes nationaux, partagés avec le reste du pays.
        La pourssuite d’une indépendance en kabylie ne répond donc pas à une nécessité matérielle comparable à celle de la Révolution américaine. C’est transposer un récit historique étranger à une réalité qui ne le justifie pas, en remplaçant une contradiction économique absente par un discours identitaire.

        • Merci pour ta réponse, elle est posée et sérieuse. Mais précisément parce qu’elle est sérieuse, elle mérite une réponse au même niveau d’analyse, sur le temps long, et pas uniquement à travers le prisme économiciste du XVIIIᵉ siècle américain.

          1. Erreur de méthode : réduire l’autodétermination à une contradiction économique
          L’argument central repose sur une hypothèse discutable :
          qu’une indépendance ne serait légitime que si elle découle d’une contradiction économique formalisée entre deux systèmes productifs.
          Or l’histoire mondiale contredit frontalement cette idée.
          La Révolution grecque (1821) n’est pas née d’une bourgeoisie industrielle bloquée par l’Empire ottoman.
          Les indépendances baltes, slovène, croate, kosovare, irlandaise ou même norvégienne ne reposaient pas sur une incompatibilité capitalisme/mercantilisme.
          L’Algérie elle-même n’avait ni bourgeoisie autonome ni système productif séparé en 1954.
          L’autodétermination n’est pas un mécanisme exclusivement économique, mais un processus politique, historique, culturel et humain.

          2. La Kabylie n’est pas une région: c’est un peuple historique
          La Kabylie n’est pas une construction administrative postcoloniale.
          C’est une entité humaine continue, attestée :
          Historiquement : Massyles, Maures, royaumes amazighs (Syphax, Massinissa), résistance continue aux empires romain, arabe, ottoman, français.
          Culturellement : langue kabyle (tamazight), droit coutumier (qanun), organisation villageoise (tajmaât), valeurs distinctes.
          Génétiquement : continuité amazighe documentée par les études anthropologiques et génétiques nord-africaines.
          Humainement : conscience collective, mémoire des répressions, transmission intergénérationnelle.
          Ce que tu qualifies de discours identitaire est en réalité un fait anthropologique.

          3. L’ intégration économique n’est ni volontaire ni neutre
          Dire que la Kabylie est pleinement intégrée à l’économie algérienne est descriptif, pas explicatif.
          Cette intégration est imposée par un État centralisé, pas négociée.
          La Kabylie ne contrôle ni sa fiscalité, ni ses ressources, ni ses priorités d’investissement.
          Les décisions économiques majeures sont prises à Alger, par un système rentier militaro-bureaucratique.
          Être intégré de force n’est pas une preuve d’absence de contradiction, mais une manifestation de domination politique.

          4. Il existe bel et bien une contradiction structurelle
          Elle n’est pas entre deux capitalismes, mais entre :
          Un peuple historiquement pluraliste, laïcisé, organisé localement
          Un État postcolonial autoritaire, arabo-islamiste, centralisateur
          Cette contradiction se manifeste concrètement par :
          La répression spécifique en Kabylie (1963, 1980, 2001, 2021)
          La négation linguistique et culturelle prolongée
          La criminalisation de l’expression politique kabyle
          La fermeture d’églises, l’étouffement associatif, la surveillance généralisée
          Ce n’est pas une contradiction abstraite, mais une incompatibilité de modèles de société.

          5. Le précédent américain n’est pas un modèle, mais une analogie
          Personne de sérieux ne prétend que la Kabylie reproduit la Révolution américaine.
          L’analogie porte sur un point précis :
          Un peuple qui refuse qu’un pouvoir extérieur décide à sa place de son avenir.
          C’est une logique universelle, pas un copier-coller historique.

          6. Le mythe du problème national partagé
          Dire que les problèmes kabyles sont partagés avec le reste du pays est factuellement faux.
          Toutes les régions subissent l’autoritarisme
          Seule la Kabylie est ciblée en tant qu’identité
          Tous les Algériens subissent la rente
          Seule la Kabylie est accusée de séparatisme quand elle réclame des droits
          Tous souffrent du chômage
          Seule la Kabylie est privée symboliquement et politiquement
          La Kabylie n’est pas une victime parmi d’autres, mais un problème politique spécifique pour le régime.

          7. Conclusion:
          La revendication kabyle :
          n’est pas une transposition artificielle d’un récit étranger
          n’est pas une fuite identitaire face à une absence de contradiction économique
          n’est pas une lubie émotionnelle
          Elle est l’expression :
          d’un peuple ancien
          d’une incompatibilité politique durable
          d’un refus rationnel de la négation
          d’une volonté de souveraineté démocratique
          En réalité, ce qui est importé, ce n’est pas le récit indépendantiste,
          mais l’idée que seuls les États existants ont le droit d’exister.
          Et cette idée, historiquement, est toujours celle des empires jamais celle des peuples.

          • Avant toute chose, je tiens à remercier Tamurt.info de ne pas censurer cet échange, ainsi que toi, mis t’mrt, pour le sérieux et le respect avec lesquels tu engages cette discussion. Tes arguments sont clairs, sans recourir aux attaques personnelles. Comme à la tajma3t t’tadert n’zikenni : même quand quelqu’un était furieusement contre ce que venait de dire un autre membre de l’assemblée, il commençait toujours par dire « d’awal l’3ali » avant d’enchaîner par « mais… » Cela rend le débat beaucoup plus constructif et permet d’aborder des questions difficiles — comme la situation de la Kabylie ou les leçons de l’histoire — de manière lucide et mesurée.

            Je crois que la différence fondamentale entre toi et moi tient à notre conception de ce qui constitue la base d’une société. Pour moi, cette base est matérielle : la production et l’échange de biens et services. C’est autour du travail humain que s’organisent durablement les sociétés, et ce sont les rapports sociaux qu’il engendre qui structurent le reste — institutions, identités, récits. Ces mécanismes profonds échappent souvent à la perception immédiate des acteurs eux-mêmes, masqués par les formes culturelles ou symboliques de leur monde.

            La situation kabyle illustre ce principe de façon très concrète. L’économie de la Kabylie dépend à plus de 90 % des flux décidés et redistribués par l’État central : emploi, budgets, investissements, transferts sociaux, fiscalité, accès au foncier et autorisations administratives. Cette dépendance n’est pas volontaire ni confortable : elle fait que les conditions de vie matérielles de la population sont largement contrôlées ailleurs, par un appareil politico-bureaucratique qui n’a aucun intérêt à céder le pouvoir. Toute rupture brutale risquerait l’effondrement de ces structures vitales : emplois, salaires, services, approvisionnement, mobilité. Une société se nourrit de travail organisé et de chaînes économiques stables, pas de symboles ou de récits.

            À cela s’ajoute un facteur humain crucial : une part importante du peuple kabyle vit hors de Kabylie, souvent depuis plusieurs générations, à Tiaret, Alger, Oran, Blida, Constantine… Ces communautés sont profondément insérées dans leur environnement quotidien. Toute sécession exposerait ces populations à un danger extrême. Il faut être lucide : le pouvoir central algérien n’acceptera jamais une séparation pacifique de la Kabylie et usera de toute la violence à sa disposition — militaire, policière, judiciaire, médiatique. L’histoire contemporaine et ancienne montre que dans de telles situations, ce sont rarement les idéologues qui paient le prix, mais les populations ordinaires, prises en étau. Des exemples abondent : la Syrie, la Libye, les Kurdes au XXᵉ siècle, et même les Juifs de l’Antiquité après les révoltes contre Rome. L’histoire ne garantit aucune protection aux peuples engagés dans des ruptures asymétriques face à un État prêt à aller jusqu’au bout de la violence.

            Les précédents historiques souvent cités — Grèce, Irlande, pays baltes, Algérie de 1954 — montrent que l’indépendance n’émerge jamais d’un simple droit abstrait : elle n’est possible que lorsque l’État central est affaibli, absent ou paralysé, ou qu’une puissance extérieure transforme le rapport de force. Rien de comparable n’existe aujourd’hui en Algérie. On peut aussi observer la France : la “nation française” moderne s’est construite par l’absorption et la neutralisation progressive de peuples distincts — Occitans, Bretons, Basques, Normands… Leur identité a survécu seulement parce que certaines structures matérielles et sociales ont été préservées, mais politiquement et institutionnellement, ces peuples ont été dissous dans un État centralisé puissant. L’histoire montre que ce sont les bases matérielles qui déterminent la survie, pas la culture ou la légitimité morale.

            C’est pourquoi, de mon point de vue, une confrontation frontale avec le pouvoir central serait une aventure suicidaire. Ce n’est ni de la peur ni de la résignation, mais du réalisme : il existe des moments où un peuple n’a plus le choix que de se battre pour sa survie. Nous n’en sommes pas là en Kabylie. La répression existe et l’érosion culturelle est réelle — je la ressens aussi profondément que beaucoup d’autres Kabyles — mais les Kabyles ne sont pas menacés d’extinction physique. La stratégie la plus efficace aujourd’hui est donc un mouvement de l’intérieur : travailler à préserver et transmettre la langue, la culture, les pratiques locales, l’éducation et la solidarité. Une identité ne se protège pas par une rupture politique abstraite ; elle se maintient par des actions concrètes, répétées dans le temps, et par la construction de structures matérielles solides. L’histoire montre que les peuples qui survivent sont ceux qui savent choisir leurs batailles et, surtout, le moment de les mener.

            Comme on dirait di tjma3t n’zikenni : ma ḍelmeɣ ṣṭeɣfiṛ ellah (auquel j ne cois pas.)

        • Ton raisonnement est cohérent sur la forme, mais il repose sur des prémisses factuellement fausses et des conclusions historiquement infirmées.

          1. La dépendance économique n’est pas un argument contre l’autodétermination.
          Toutes les colonies et régions dominées ont été rendues dépendantes par le centre : l’Algérie avant 1962 dépendait à plus de 95 % de l’économie française, les pays baltes de l’URSS, l’Irlande de la Couronne britannique. La dépendance n’est pas une donnée naturelle, c’est un outil de domination politique, volontairement construit pour empêcher toute émancipation. L’invoquer comme fatalité revient à valider le mécanisme colonial lui-même.

          2. L’argument de la violence inévitable est un sophisme historique.
          Aucune émancipation n’a jamais été acceptée par un État central au nom du réalisme. La violence n’est pas causée par les peuples qui revendiquent leurs droits, mais par les États qui refusent de les reconnaître. Dire que la Kabylie doit renoncer parce que l’État algérien est violent revient à dire que le droit appartient toujours au plus fort ce qui n’est ni une loi historique, ni une loi politique, mais une justification de la tyrannie.

          3. La dispersion du peuple kabyle n’invalide en rien son existence politique.
          Les Arméniens, les Irlandais, les Juifs, les Kurdes, les Palestiniens ont tous eu des diasporas bien plus importantes que celle des Kabyles. L’histoire montre au contraire que les diasporas jouent souvent un rôle central dans la survie et la reconnaissance des peuples, sur les plans économique, culturel et diplomatique.

          4. Comparer la Kabylie aux peuples absorbés par la France est historiquement erroné.
          Les Bretons, Occitans ou Basques ont été intégrés dans un État qui a offert citoyenneté, droits civils, infrastructures et ascension sociale. La Kabylie, elle, est administrée par un régime autoritaire, sans autonomie politique, avec une répression documentée de sa langue, de ses institutions et de ses élites. Assimilation républicaine et domination autoritaire ne sont pas comparables.

          5. L’histoire ne donne pas raison au matérialisme que tu invoques.
          Des peuples matériellement faibles ont survécu contre des empires puissants parce qu’ils disposaient d’une volonté politique, d’une conscience collective et d’une légitimité historique. La survie d’un peuple ne dépend pas uniquement de flux économiques, mais de sa capacité à se constituer en sujet politique. Sans cela, même les bases matérielles finissent par être confisquées.

          6. Enfin, présenter la revendication kabyle comme suicidaire est un faux dilemme.
          L’alternative n’est pas entre soumission silencieuse et confrontation armée. Il existe une troisième voie: la construction progressive d’une légitimité politique, juridique et internationale, exactement ce que fait tout mouvement sérieux d’autodétermination au XXIᵉ siècle.

          En résumé:
          La dépendance économique est un symptôme de domination, pas un argument contre la liberté.
          La violence de l’État n’annule pas les droits des peuples.
          La survie culturelle sans pouvoir politique est historiquement fragile.

          Ce débat n’oppose pas idéologie et réalisme, mais résignation et responsabilité historique.
          Sur ce point, l’histoire est claire.

      • Justement, oui, tu rêves, ay amdakoul.
        La base d’une société est son économie. L’économie de la Kabylie dépend entiérement de l’Algérie, que tu le veuilles ou non. Soyons sérieux et honnêtes: combien de kabyles dépendent du système de rente algérien? Combien en sont libres?

        • Justement non, ce n’est pas un rêve, c’est une confusion classique entre dépendance imposée et incapacité structurelle. Faisons les choses sérieusement.
          1. La base d’une société est son économie: vrai… mais incomplet
          Aucune société ne naît avec une économie souveraine clé en main.
          L’économie suit le pouvoir politique, elle ne le précède pas toujours.
          Exemples historiques simples :
          L’Algérie de 1962 ne possédait ni économie nationale autonome, ni cadres, ni monnaie propre.
          Les pays baltes en 1991 étaient totalement intégrés à l’économie soviétique.
          La Slovaquie dépendait massivement de la Tchéquie avant 1993.
          Aucun de ces cas n’a été disqualifié par l’argument: vous dépendez économiquement, donc vous n’existez pas politiquement.
          2. La dépendance kabyle est administrative et politique, pas naturelle
          Oui, aujourd’hui l’économie de la Kabylie est imbriquée dans celle de l’Algérie.
          Mais la question sérieuse est: pourquoi?
          La Kabylie ne contrôle pas:
          sa fiscalité,
          ses douanes,
          sa politique industrielle,
          ses banques,
          ses priorités d’investissement.
          Les décisions économiques majeures sont prises à Alger, dans un système rentier centralisé.
          Cette dépendance est le résultat d’un choix politique, pas d’une incapacité kabyle.
          3. La Kabylie n’est pas une région rentière
          Parlons chiffres et faits, pas slogans :
          La Kabylie ne possède ni pétrole ni gaz.
          Elle vit principalement de :
          PME,
          commerce,
          artisanat,
          émigration et transferts,
          travail salarié et privé,
          entrepreneuriat local.
          Ce sont précisément les régions non rentières qui développent des économies productives quand elles ont de l’autonomie.
          Le système de rente algérien n’est pas une aide, c’est un frein structurel:
          il centralise,
          il clientélise,
          il étouffe l’initiative.
          4.Combien de Kabyles dépendent de la rente?
          La vraie question est inversée :
          Combien de Kabyles sont volontairement intégrés à la rente, et combien y sont contraints faute d’alternative?
          L’administration est souvent le seul employeur disponible, parce que :
          l’investissement privé est bloqué,
          l’accès au crédit est contrôlé,
          les projets sont politisés.
          La diaspora kabyle est parmi les plus importantes et les plus actives économiquement :
          France, Canada, Europe.
          Transferts financiers massifs hors rente pétrolière.
          Une société qui survit malgré le système n’est pas une société dépendante par nature.
          5. Confondre intégration et incapacité est une erreur intellectuelle
          Dire: vous êtes intégrés, donc vous ne pouvez pas être souverains, c’est exactement le même raisonnement que:
          la France coloniale face à l’Algérie,
          l’URSS face aux républiques soviétiques,
          l’Espagne face à la Catalogne.
          Aucun empire n’a jamais reconnu un peuple sur la base de sa dépendance économique.
          Conclusion:
          La Kabylie :
          n’est pas économiquement inexistante,
          n’est pas structurellement incapable,
          n’est pas dépendante par choix.
          Elle est administrativement enfermée dans un État rentier centralisé.
          Et l’histoire est constante :
          les peuples n’obtiennent jamais l’autonomie parce qu’ils sont déjà libres économiquement; ils deviennent économiquement libres parce qu’ils obtiennent l’autonomie politique.
          Ce n’est pas un rêve.
          C’est un fait historique répété.

          • Je te demande à toi personnellement, Mis T’murt : dis-moi sincérement, honnêtement : combien de kabyles sont prêts à aller jusqu’au bout pour obtenir l’indépendance?
            Compter sur « la sagesse » du pouvoir d’Alger pour qu’il accepte de lâcher prise est totalement hors de question. Ce pouvoir, y compris les nombreux kabyles en son sein, mettra le pays tout entier à feu et à sang plutôt que laisser la Kabylie devenir indépendante. Our iverrou w-emchiche i thourets, comme dit le diction. A moins d’une intervention extérieure, bien sûr.
            Je ne crois pas un instant à cette indépendance sans une extrême violence, et encore, il peut y avoir une extrême violence qui se termine sans indépendance.
            Alors, quelle pourcentge de kabyles aujourd’hui en Kabylie sont prêts à tout pour ça ?
            Dis-le moi franchement.

        • Tu es dans le faut volontairement !!
          Depuis 63 la Kabylie est indépendante économiquement ,: grâce à l’immigration et son auto gestion pas a l’économie algérienne imaginaire ?!
          Vive RFK

          • Vas dire ça aux kabyles de Tiaret : Presque tous les kabyles des Ath Ouacif et Iwayidhiyen que j’ai connus sont nés dans la région de Tiaret. Même Amirouche y a passé quelqus années et c’est là qu’il s’est politisé.

            Vas dire ça aux kabyles d’Alger. Et ceux de Constantine, et ceux d’Oran et de Annaba, etc., etc..
            C’est toi qui vas leur donner du boulot et la sécurité à tous ces millions de kabyles? C’est toi qui vas les loger tous et assurer l’éducation et les soins de leurs enfants?

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