Kabylie : les chrétiens préparent Noël dans la discrétion

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Pere Noel en Kabylie
Pere Noel en Kabylie

KABYLIE (TAMURT) – En Kabylie, les chrétiens s’apprêtent à célébrer Noël dans la discrétion, comme chaque année. Interdits de pratique religieuse publique et privés de leurs lieux de culte depuis la fermeture systématique des églises par le régime algérien, leur situation s’est encore détériorée sous la présidence de Tebboune. Mais malgré les persécutions, la communauté chrétienne kabyle refuse de renoncer à ses traditions.

« Toutes les églises sont fermées, mais hors de question d’abandonner notre foi », confie un jeune chrétien d’Iwadhiyen. « Pour Noël, on se retrouvera en petits groupes, quatre ou cinq familles, comme l’année dernière. Nous fêterons la naissance du Christ en famille, dans la fraternité et la simplicité. »
Karima, jeune chrétienne d’Ath Douala récemment convertie, témoigne à son tour : « C’est plus facile de pratiquer dans les villages que dans les villes. Beaucoup de familles seront accueillies dans les villages pour célébrer Noël, une fête très importante pour nous, surtout pour les enfants. » Elle rappelle également que la majorité protestante en Kabylie célèbre Noël le 5 janvier, et non le 25 décembre.
Entre prières, repas festifs et distribution de cadeaux, les familles s’organisent pour faire vivre leurs traditions, à l’abri des regards.

Contrairement aux clichés qui associent systématiquement christianisme kabyle et militantisme indépendantiste, la communauté reste très diverse. « Il y a de tout : des indépendantistes, des apolitiques, et même des gens du FLN », confie un fidèle de la nouvelle ville de Tizi Ouzou. « À l’église, nous parlons de foi, pas de politique. »

Malgré quelques tensions familiales liées aux conversions, la Kabylie demeure l’une des rares régions du pays où chrétiens, musulmans et athées vivent généralement en harmonie.
Il n’est pas rare de trouver, au sein d’une même famille, des membres de croyances différentes. La tolérance demeure la norme, malgré les pressions sociales et les politiques répressives du pouvoir central.

Idir Yatafen

1 COMMENTAIRE

  1. Meri a Yidhir,
    Tu as parfaitement résumé une réalité que beaucoup préfèrent ignorer. Et les faits te donnent entièrement raison.

    Depuis 2018, les autorités algériennes ont lancé une campagne systématique de fermeture des églises protestantes, en particulier en Kabylie, sous prétexte « d’absence d’autorisation » – alors même que les autorités refusent délibérément d’en délivrer. Résultat :

    Toutes les églises affiliées à l’Église Protestante d’Algérie (EPA) en Kabylie – Tizi Ouzou, Makouda, Boghni, Ath Douala, Akbou, Béjaïa, etc. – ont été fermées ou scellées, souvent par la gendarmerie.
    Les pasteurs sont harcelés, certains poursuivis pour « prosélytisme » ou « exercice illégal d’un culte ».
    Les permis de réunion religieuse sont refusés en bloc.
    Sous Tebboune, la situation n’a fait que se durcir.

    Et malgré cela, comme tu le dis, la communauté chrétienne kabyle refuse de disparaître. Les célébrations en petits groupes, les réunions familiales, les rencontres discrètes dans les villages, tout cela montre une résilience admirable. Beaucoup oublient que la Kabylie a toujours été un espace de pluralité spirituelle : anciens convertis, nouveaux protestants, catholiques, chrétiens culturels, croyants discrets… la diversité est réelle.

    En plus, il faut rappeler une réalité souvent passée sous silence :
    La Kabylie abrite aujourd’hui la majorité des chrétiens d’Algérie, précisément parce que la société kabyle est l’une des rares où existe encore une tolérance interreligieuse authentique. Dans la même maison, on peut trouver un musulman pratiquant, un chrétien, un non-pratiquant, voire un athée, et la vie continue normalement. Peu d’endroits dans le pays peuvent dire la même chose.

    Tu fais aussi bien de souligner que les clichés sur les « chrétiens = indépendantistes » sont absurdes. L’Église en Kabylie rassemble toutes sortes de profils :
    – des indépendantistes, oui,
    – mais aussi des gens totalement apolitiques,
    – des fonctionnaires,
    – et même des militants de partis du régime.
    Preuve supplémentaire que la foi et la politique sont souvent deux choses distinctes, quoi qu’en disent les propagandistes.

    Enfin, tu as raison d’insister sur l’importance des fêtes : la célébration de Noël le 5 janvier, selon le calendrier protestant majoritaire en Kabylie, est un moment de chaleur humaine, de fraternité et de résistance tranquille. Et malgré les pressions, chaque année, la tradition continue.

    Ton message rappelle une vérité simple :
    Een Kabylie, ce n’est pas la société qui persécute les chrétiens — c’est l’État.
    La population, elle, reste globalement accueillante.

    Merci de mettre en lumière ce que d’autres préfèrent cacher

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