ALGERIE (TAMURT) – Le réfugié politique, avocat tunisien et opposant au régime, Youcef Eddine Makhlouf, a été expulsé par les autorités algériennes vers Tunis samedi dernier. Une décision qualifiée de scandale judiciaire par plusieurs opposants politiques tunisiens, qui dénoncent un grave piétinement du droit international par Alger.
Selon ces derniers, l’Algérie n’a pas respecté ses engagements internationaux, notamment la Convention de Genève de 1951 relative à la protection des réfugiés, qu’elle a pourtant ratifiée. Me Youcef Eddine Makhlouf avait en effet déposé une demande d’asile auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Alger. Cette demande aurait même été acceptée. Malgré cela, les autorités algériennes ont donné suite à une demande d’extradition émanant de la justice tunisienne.
Connu pour son opposition farouche au régime tunisien, le jeune avocat risque de lourdes peines de prison pour des faits relevant du délit d’opinion. Il a été arrêté à son domicile à Alger avant d’être expulsé manu militari vers Tunis.
Pour de nombreux observateurs, si l’Algérie ne souhaite pas accueillir de réfugiés politiques tunisiens sur son territoire, elle aurait au minimum pu leur permettre de se rendre dans un autre pays d’accueil, plutôt que de les livrer directement à une justice accusée de persécutions politiques.
Au-delà du droit international, les critiques estiment également que l’Algérie n’a pas respecté les principes fondamentaux de l’islam, qui prônent la protection de l’étranger et du réfugié en quête de sécurité.
Ce cas rappelle celui de Slimane Bouhafs, militant kabyle chrétien, expulsé de Tunisie vers l’Algérie en 2022, alors même qu’il bénéficiait du statut de réfugié politique accordé par l’ONU. Poursuivi en Algérie en raison de sa foi chrétienne, Slimane Bouhafs avait déjà purgé une peine de trois ans de prison.
Idir Yatafen



1. Rappel des faits, parce que la mémoire officielle est souvent sélective
Donc si on résume calmement:
– Demande d’asile déposée auprès du HCR
– Demande acceptée
– Statut de réfugié reconnu
– Arrestation à domicile
– Expulsion express vers le pays qui le poursuit
Conclusion: le droit international a été consulté… puis soigneusement ignoré.
2. Convention de Genève, version “interprétation libre”
L’Algérie a signé la Convention de Genève de 1951, mais visiblement comme on signe les conditions d’utilisation: sans lire, et sans intention de respecter. Le principe de non-refoulement n’est pourtant pas une option facultative ni une suggestion poétique. C’est une obligation juridique ferme.
3. Le paradoxe humaniste à géométrie variable
Accueillir des réfugiés politiques quand ça fait bien dans les discours: oui.
Les protéger quand ça dérange un régime voisin: soudain, beaucoup moins.
La solidarité maghrébine semble s’arrêter précisément là où commence l’indépendance politique.
4. L’argument religieux… quand il arrange
On invoque l’islam à longueur de discours officiels, mais quand il s’agit de protéger un réfugié menacé pour les opinions, les principes de protection de l’opprimé, de l’hôte et de l’exilé prennent un congé administratif.
Manifestement, l’éthique islamique aussi peut être extradée.
5. Le précédent Bouhafs: ce n’est pas un accident, c’est une habitude
Bouhafs hier.
Makhlouf aujourd’hui.
Demain qui?
Quand deux affaires identiques se répètent, on ne parle plus d’erreur, mais de méthode.
6. La question finale, simple et dérangeante
Si l’Algérie ne voulait pas l’accueillir, pourquoi ne pas lui laisser partir ailleurs?
Pourquoi le livrer directement à une justice accusée de persécution politique?
Réponse probable: parce que ce n’était pas une question de droit, mais d’alignement politique.
Conclusion
Ce n’est pas un scandale judiciaire isolé. C’est une démonstration très cohérente d’un État qui prêche la souveraineté, invoque le droit quand ça l’arrange, et sacrifie les réfugiés quand ils deviennent politiquement encombrants. Au moins, la cohérence est totale.
Chacun son tour. Service rendu pour un autre… Tu me rends service et je ferai de même. Tu m’as livré Slimane Bouhafs, je te livre maître Makhlouf et vice-versa.
Espérons que cela servira de leçon à tous les opposants des deux pays : si fuit i y a, aller vers pays qui savent ce que Liberté veut dire.
Quant aux chartes ratifiées et autres engagements internationaux, je vous laisse deviner ce que les dictateurs en font.
Effectivement a Yuccen, on dirait un programme de fidélité entre régimes:
« Un opposant livré = un service offert ».
Carte tamponnée, points cumulés, et au dixième refoulement, un silence diplomatique gratuit.
Le plus ironique, c’est que tout le monde connaît la règle du jeu, sauf ceux qui y croient encore.
Les chartes internationales? Des brochures décoratives. La Convention de Genève? Un document d’archive, rangé entre deux discours sur les droits de l’Homme.
La leçon est malheureusement limpide: Pour un dictateur, un opposant n’est ni un réfugié, ni un justiciable, mais une monnaie d’échange régionale. Aujourd’hui Bouhafs, demain Makhlouf, après-demain un autre… la coopération fonctionne à merveille.
Quant à la “liberté”, oui, mieux vaut effectivement viser des pays qui savent ce que ce mot signifie, et pas ceux qui l’impriment en grand pendant qu’ils en extradent le contenu.
Bref, ce n’est pas de la diplomatie, c’est du troc. Et comme souvent dans ce genre de marché, ce sont toujours les mêmes qui paient le prix.