Ramadan en Kabylie : entre préparatifs et inquiétudes face à la cherté de la vie

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KABYLIE (TAMURT) – À l’approche du mois sacré de Ramadan, l’ambiance est partagée en Kabylie entre préparatifs traditionnels et inquiétudes croissantes liées à la flambée des prix. Cette année encore, de nombreux foyers appréhendent cette période spirituelle dans un contexte économique difficile.

À Tizi Ouzou, à la veille du premier jour du Ramadan, les marchés connaissent une effervescence particulière. Les familles s’activent pour préparer ce mois de jeûne, malgré des prix qui atteignent des niveaux record. La viande rouge, par exemple, dépasse les 2 200 dinars le kilo, un tarif jugé excessif par de nombreux consommateurs.

Autrefois, les plaintes concernaient surtout les ménages modestes. Aujourd’hui, même les catégories sociales aisées affirment ressentir la pression. « Je suis gérant d’une agence immobilière et, Dieu merci, je gagne correctement ma vie. Mais désormais, je calcule chaque dépense au marché. Avant, je ne comptais pas. Cette époque est révolue. Je me demande comment un simple fonctionnaire parvient à joindre les deux bouts », confie Hamid, installé dans la nouvelle ville de Tizi Ouzou.

Une ambiance différente
Pour beaucoup, la cherté de la vie a altéré l’atmosphère festive qui accompagnait autrefois ce mois. « Avant, nous attendions Ramadan avec impatience pour l’ambiance particulière, les soirées animées et les retrouvailles. Aujourd’hui, l’angoisse domine à cause des dépenses », témoigne un enseignant de la ville.
Dans les villages et les zones montagneuses, la situation semble légèrement différente. L’entraide et l’autosuffisance permettent d’atténuer l’impact de la hausse des prix. Près du barrage de Barrage de Taksebt, du côté d’Irdjen, Arzeki explique : « Ici, on se débrouille. Certains élèvent des poules ou des lapins pour éviter d’acheter de la viande. D’autres sacrifient un mouton ou un bouc élevé depuis des mois. Nous cultivons aussi des fruits et légumes dans nos potagers, ce qui limite les dépenses. On se contente de ce que l’on a. »

Une dimension sociale et culturelle
Le mois de Ramadan dépasse le seul cadre religieux. Même certains non-jeûneurs ou non-musulmans apprécient l’atmosphère particulière qui s’installe après la rupture du jeûne. À Larbaa Nath Irathen, un habitant confie : « Je ne suis pas musulman, mais j’aime l’ambiance des soirées ramadanesques, les jeux de cartes, le loto ou les rencontres musicales. C’est une manière d’accompagner nos compatriotes durant ce mois. »

Un mois chargé de souvenirs
Malgré les difficultés économiques, beaucoup restent attachés à la dimension spirituelle du Ramadan. Sadi, 96 ans, originaire de Larbaa Nath Irathen, se souvient : « J’ai jeûné pour la première fois en 1940, au début de la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi observé le jeûne dans le maquis pendant la guerre de Libération. Je l’ai vécu dans des conditions extrêmes. Aujourd’hui, ma santé ne me permet plus de jeûner, mais je reste attaché à ce mois sacré. »

Entre inquiétudes économiques et attachement aux traditions, les musulmans kabyles s’apprêtent donc à accueillir Ramadan avec résilience, adaptant leurs habitudes aux réalités du moment.

Idir Yatafen

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