KABYLIE (TAMURT) – À deux mois du procès en appel prévu le 4 mars prochain à Alger, les familles des 92 accusés dans l’affaire de l’assassinat de Djamel Bensmail, survenu le 11 août 2021 à Larbaâ Nath Irathen, vivent dans une angoisse mêlée d’espoir. Les faits se sont déroulés en pleine vague d’incendies ravageurs en Kabylie, alors que Djamel Bensmail se trouvait à bord d’un fourgon de la police, en présence d’éléments des forces de sécurité.
Sur les 92 accusés, 36 ont été condamnés à la réclusion à perpétuité, pour la plupart sans preuves matérielles solides, selon leurs avocats. Deux détenus originaires de Larbaâ Nath Irathen sont décédés dans des conditions jugées troubles à la prison de Béchar, un fait que les familles rappellent avec amertume.
Les proches des détenus, dans l’attente de l’examen de leur dossier par la Cour suprême, vivent dans une inquiétude extrême. Beaucoup estiment que, comme lors des deux précédents procès, la décision ne se joue pas dans les salles d’audience, mais bien en dehors des tribunaux. Malgré tout, l’espoir demeure. Certains parents espèrent une relaxe, à l’image du deuxième procès, ou à défaut une réduction significative des peines, d’autant que les preuves présentées par les services de sécurité sont jugées fragiles et insuffisantes.
Les avocats de la défense, déterminés, affirment être prêts à démontrer une nouvelle fois l’innocence de la majorité de leurs clients. « Nous l’avons déjà fait lors des deux premiers procès », rappelle l’un des conseils. « Ce n’est un secret pour personne : le verdict prononcé contre les détenus de Larbaâ Nath Irathen est avant tout politique et décidé en dehors de l’institution judiciaire. Il faudrait croire au miracle pour espérer un procès pleinement équitable. Néanmoins, nous gardons espoir. Après cinq années de travail sur ces dossiers, nous disposons de nouveaux éléments à présenter à la cour. »
L’avocat souligne également qu’en Algérie, il est fréquent de voir les peines sensiblement réduites en appel. « Pour les détenus de Larbaâ Nath Irathen, dont la plupart sont totalement innocents, nous croyons même à leur libération », conclut-il, avec un optimisme mesuré mais assumé.
Idir Yatafen


