Votre silence ne nous effacera pas

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Interview avec Abdelmadjid Tebboune
Interview avec Abdelmadjid Tebboune

ALGER (TAMURT) – En écoutant la dernière interview du président Abdelmadjid Tebboune, accordée samedi dernier à une presse « nationale » apprivoisée et assujettie, on a eu l’impression d’assister à la présentation d’une Algérie imaginaire : un pays où les principaux problèmes se résument à la spéculation, à la numérisation et aux équilibres économiques. Une Algérie paisible, unie, tournée vers l’avenir. Pas un mot sur les détenus d’opinion. Pas un mot sur les militants emprisonnés. Pas un mot sur la répression qui frappe les voix dissidentes. Pas un mot sur la Kabylie, sinon ce silence glacé auquel le pouvoir nous a habitués.

Depuis des décennies, le régime colonial algérien refuse d’affronter la question kabyle. Il préfère l’étouffer et la criminaliser. Il présente l’unité comme un dogme, exige l’adhésion mais refuse le débat. Le plus révélateur n’est pourtant pas ce qu’a dit le président algérien. C’est ce qu’aucun journaliste n’a osé demander. Où sont les libertés promises ? Pourquoi des citoyens sont-ils poursuivis pour leurs opinions ? Pourquoi la Kabylie continue-t-elle d’être traitée comme un problème sécuritaire plutôt que comme une réalité politique ?

Aucune de ces questions n’a franchi le mur du conformisme médiatique. Le président algérien a parlé longuement et tranquillement comme parlent les dictateurs qui savent qu’ils ne seront pas contredits. Face à lui, une presse réduite au rôle de figurante a accompagné le récit officiel sans jamais le mettre à l’épreuve. Le président algérien n’a pas été interrogé sur les détenus d’opinion. Personne n’a évoqué les poursuites visant des militants, des journalistes ou des acteurs de la société civile. Personne n’a demandé si la promesse d’ouverture politique formulée après 2019 avait réellement été tenue. Aucun journaliste n’a semblé considérer ces questions suffisamment importantes pour troubler la quiétude de Tebboune.

Toutefois, les prisonniers d’opinion majoritairement kabyles ne cessent pas d’exister parce que les journalistes inféodés à la junte militaire les ignorent. Les aspirations d’un peuple ne meurent pas parce qu’elles sont censurées. Car au fond, la question kabyle demeure la fracture la plus persistante pour l’Algérie, la plus vivante et la plus redoutée. Voilà pourquoi le pouvoir refuse de la nommer. Voilà pourquoi son silence est devenu un aveu. Le régime algérien peut choisir d’ignorer la question kabyle. Il peut éviter de la nommer, la réduire au silence ou la traiter comme un sujet interdit. Mais aucune question politique ne disparaît parce qu’elle est absente d’une interview présidentielle.

Tôt ou tard, parce qu’elle renvoie à une réalité historique, identitaire et politique persistante, la question kabyle s’imposera dans le débat national algérien. Et ce jour-là, le président de l’Algérie, quel qu’il soit, sera contraint non plus de l’ignorer, mais d’y répondre.

Lyes B.

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