Affaire Mourad Aït Mimou : le journaliste renvoyé devant le tribunal criminel pour apologie du terrorisme !

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Mourad Aït Mimou
Mourad Aït Mimou

TIZI OUZOU (TAMURT) – L’étau judiciaire se resserre lourdement autour du journaliste et producteur audiovisuel Mourad Aït Mimou (appelé communément Atmimou). Alors qu’il se trouve en détention préventive depuis son interpellation à Azazga en juillet dernier, son dossier a franchi une nouvelle étape déterminante et particulièrement préoccupante pour son avenir judiciaire : il a été officiellement renvoyé devant le tribunal criminel.

L’information a été rendue publique le 1er septembre 2026 par l’avocate au barreau de Tizi Ouzou et membre de son collectif de défense, Maître Yamina Alili. Après la clôture de l’instruction par le juge instructeur près le tribunal d’Azazga et la transmission du dossier au procureur général, l’affaire a été examinée sur le fond par la chambre d’accusation de la cour de Tizi Ouzou lors de son audience du 31 août 2026. Malgré les plaidoiries soutenues du collectif d’avocats réclamant l’abandon des poursuites ou la requalification des faits, la juridiction a tranché : le journaliste est maintenu sous le chef d’accusation criminel d’« apologie d’une organisation terroriste » (infraction relevant des dispositions de l’article 87 bis du Code pénal). En conséquence, l’affaire échappe à la juridiction correctionnelle et est formellement renvoyée devant le tribunal criminel. D’après des sources proches du dossier, l’instruction se focaliserait principalement sur des prises de parole sur les réseaux sociaux ainsi que sur d’anciens extraits de ses productions journalistiques et documentaires consacrés aux dynamiques sociales et culturelles en Kabylie.

Dans l’une de ses dernières interventions sur les réseaux sociaux, il a dénoncé ouvertement la couverture médiatique de la commémoration de l’assassinat de Matoub Lounès par Berbère Télévision. En effet, dans une vidéo largement relayée, Mourad Aït Mimou s’en était vivement pris ce média. Le journaliste avait pointé du doigt ce qu’il qualifiait de falsification et de censure délibérée de la part de la chaîne, qui avait procédé à la suppression de l’ambiance réelle. Selon lui, la chaîne aurait délibérément coupé au montage les slogans politiques scandés par les jeunes présents (notamment les cris « Pouvoir assassin » et « Ulac smah »). En outre, à la place de l’ambiance sonore authentique du rassemblement, une musique de Matoub avait été plaquée en fond sonore, gommant ainsi la dimension contestataire de la commémoration. Lançant un cinglant « Ayez un peu honte ! », Mourad Aït Mimou reprochait à ce média d’atténuer la réalité du terrain et de confisquer la parole populaire à des fins de complaisance ou d’autocensure.

La défense exige les garanties d’un procès équitable
Dans sa déclaration, Maître Yamina Alili a réaffirmé la détermination de la défense du journaliste à « suivre de près l’évolution de cette affaire » et a insisté sur « la nécessité impérative de respecter les garanties d’un procès équitable et les droits de la défense dans ce type de dossiers sensibles ». Figure familière des téléspectateurs pour avoir longtemps produit et présenté des émissions de terrain en langue kabyle — notamment Tizi n Wass-a sur l’ancienne chaîne Dzaïr TV —, Mourad Aït Mimou s’était distingué par son travail de documentation socioculturelle et de recueil de la parole citoyenne en milieu rural. La criminalisation de son activité et son renvoi devant une cour criminelle suscitent une vive inquiétude parmi les organisations de défense des libertés, qui y voient une nouvelle illustration du durcissement sécuritaire visant l’expression journalistique et d’opinion.

Arezki Massi

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