DIASPORA (TAMURT) – Le régime algérien serait en difficulté face aux indépendantistes kabyles auxquels il aurait « tendu la main ». D’après un agent consulaire algérien en France, originaire de Draâ El Mizan, au sud de Tizi Ouzou, le nombre de militants indépendantistes kabyles émigrés ayant accepté « la reddition » proposée par le régime algérien « se compte sur les doigts d’une main ».
« Les services de renseignements extérieurs ont chargé une centaine d’agents, tous kabyles, présents dans les consulats algériens en Europe et au Canada, de mener une mission visant les Kabyles affiliés à l’URK et au MAK. L’objectif serait de leur faire signer des engagements à ne plus militer pour les mouvements indépendantistes kabyles, en contrepartie de l’abandon des poursuites judiciaires et de la possibilité de rester en Kabylie.
Quelle ne fut pas leur déception : hormis une minorité de militants, la quasi-totalité des indépendantistes préfèrent ne plus retourner en Kabylie et garder la tête haute plutôt que de céder au chantage des autorités algériennes », nous confie cet agent consulaire kabyle, qui précise être lui-même impressionné par la détermination des Kabyles à ne pas céder au chantage du régime algérien.
« Les agents chargés de cette mission en France et au Canada passent leur temps à tourner en rond. Ils auraient même contacté des centaines de militants par téléphone pour leur proposer leurs services, mais sans succès », ajoute notre interlocuteur, qui a évidemment requis l’anonymat.
« Les Kabyles ne courbent jamais l’échine. Les rares qui ont accepté sont, pour la plupart, d’anciens agents infiltrés », poursuit la même source. Il convient également de noter que de nombreux indépendantistes kabyles seraient présents dans différentes institutions algériennes et seraient prêts à rendre service à la Kabylie, une fois son État érigé.
Idir Yatafen



Donc résumons la scène: un État avec tous les moyens possibles services de renseignements, consulats, pression judiciaire, interdictions, campagnes médiatiques, accusations de terrorisme, surveillance depuis des années mobilise une centaine d’agents sur deux continents pour finalement convaincre quelques personnes qui se comptent sur les doigts d’une main. Quelle puissance diplomatique redoutable.
C’est presque touchant: après avoir expliqué pendant des années que le MAK et l’URK étaient marginaux, sans soutien, finis politiquement, voilà maintenant qu’on découvre qu’il faut déployer des opérations consulaires internationales juste pour essayer d’obtenir des lettres de renoncement. Apparemment, un mouvement insignifiant demande énormément d’énergie.
Et le plus ironique dans l’histoire, c’est le principe même de l’offre: Renoncez à vos idées politiques et peut-être qu’on vous laissera rentrer chez vous sans poursuites. Autrement dit, on confirme involontairement que le problème n’est pas la violence, mais bien l’opinion politique elle-même. Merci pour l’aveu.
Le résultat décrit est aussi révélateur: beaucoup préfèrent rester loin de leur terre, de leur famille et de leur vie quotidienne plutôt que signer un document de soumission politique. Qu’on partage ou non leurs idées, ce genre de choix montre une conviction réelle. Les gens ne sacrifient pas leur stabilité juste pour un caprice Facebook, contrairement à ce que la propagande officielle tente souvent de faire croire.
Et il y a un autre détail presque comique: utiliser principalement des agents kabyles pour convaincre d’autres Kabyles. Donc même le système semble comprendre qu’il existe une méfiance énorme envers le discours officiel venu du centre du pouvoir. C’est un peu comme envoyer quelqu’un dire: Non non, ce n’est pas du chantage politique regarde, c’est un cousin qui te le demande.
Quant à l’idée que certains militants seraient présents dans les institutions algériennes, ce n’est même pas surprenant. Dans tous les systèmes centralisés où une région se sent marginalisée, il existe toujours des gens à l’intérieur même de l’appareil qui gardent une sympathie pour leur région ou leur identité. L’histoire politique mondiale en est remplie.
Au fond, ce récit montre surtout une contradiction gênante pour le régime: si le mouvement indépendantiste est réellement marginal et sans base populaire, pourquoi lui consacrer autant d’efforts diplomatiques, policiers et médiatiques depuis des années? On ne mobilise pas une machine d’État entière contre quelque chose qu’on considère comme inexistant.
À force de vouloir prouver que personne ne suit le MAK ou l’URK, certains finissent surtout par démontrer qu’ils en ont extrêmement peur.