ALGER (TAMURT) – Le tribunal criminel d’appel d’Alger a prononcé le 3 mai 2026 l’acquittement en faveur de plusieurs militants kabyles poursuivis en 2021 pour, entre autres, « atteinte à l’unité nationale », dont Abdeslam Abdenour, Mira Moknache, et Lounes Hamzi. D’autres militants, à l’instar de Hocine Azem et Bouaziz Ait Chebib, ont vu leurs peines couvertes, ayant déjà purgé 14 mois de prison ferme.
Après plusieurs reports, plus de 10 fois, le procès en appel des 49 détenus d’opinion kabyles, initialement poursuivis sur la base de l’article 87 bis, a été enfin tenu, ce dimanche 03 mai. Le tribunal criminel d’appel d’Alger a confirmé les peines de 18 mois de prison ferme dont 4 mois avec sursis prononcées notamment contre Bouaziz Ait Chebib, Amichi Tahar, Rezik Zouaoui, Bechakh Lahlou, Azem Hocine, Bouaoune Hamza, Chabane Mourad, Khabzaoui Hakim et Chelbabi Nadir. « Ce jugement signifie leur maintien en liberté, étant donné qu’ils ont déjà purgé cette durée intégralement dans le cadre de la détention provisoire », a précisé Me Yamina Alili, avocate de la défense.
Par ailleurs, l’acquittement a été confirmé pour un grand nombre d’accusés, qui étaient poursuivis dans cette affaire pour « atteinte à l’unité nationale » et « diffusion de fausses informations ». Parmi ces militant politiques relaxés figurent Abdesselam Abdennour, Saidani Massinissa, Mehenni Sofiane, Kouidmi Mourad, Akouche Moustapha, Redouane Noureddine, Yahioune Larbi, Akouche Kaci, Belkaria Toufik, Benyakhlef Faouzi, Bourouchou Samir et Bouhala Hocine. Alors qu’ils étaient condamnés en première instance à des peines de prison, l’acquittement a été également prononcé en faveur des militants Mebarki Miloud, Hamzi Lounès, Ignaten Yahia, Ben Taleb Madjid et Mira Moknache. Cette dernière, incarcérée depuis le 18 juillet 2024, soit près de 19 mois, reste en prison, car elle est aussi poursuivie dans deux autres affaires judiciaires à cause de ses opinions politiques.
« Malgré l’attente prolongée et les épreuves endurées dans les couloirs des tribunaux, ce dossier se referme sur une décision de justice permettant à un nombre important d’ex-détenus de recouvrer pleinement leur liberté et de voir leur innocence reconnue », a réagi Me Y. Alili à l’issue de ce procès.
Arezki Massi



Quelle coïncidence extraordinaire après plus de 10 reports, des années de détention provisoire, et des vies suspendues, la justice découvre soudainement, en mai 2026 à quelques mois des échéances politiques qu’une bonne partie de ces militants est finalement innocente. Vraiment, le timing est presque poétique.
Soyons sérieux deux minutes.
Quand des gens sont poursuivis sous l’article 87 bis (terrorisme), passent des mois voire des années en prison, puis sont acquittés ou libérés parce qu’ils ont déjà purgé leur peine ce n’est pas une victoire éclatante de la justice. C’est surtout la preuve qu’ils n’auraient jamais dû être là au départ.
Le plus ironique, c’est qu’on présente ça comme un geste d’apaisement. Donc on emprisonne d’abord, on casse des vies, puis on relâche et il faudrait applaudir? C’est un peu comme si on vous mettait volontairement la tête sous l’eau pour ensuite vous féliciter d’avoir été sauvé.
Et pendant qu’on parle de clémence, certains restent encore poursuivis dans d’autres dossiers pour les mêmes opinions. Donc l’histoire n’est même pas terminée elle est juste mise en pause.
Au fond, ce jugement ne montre pas une justice forte et indépendante. Il montre surtout une justice qui s’ajuste au calendrier politique. Et à l’approche des élections, il devient soudainement utile de se montrer ouvert, doux, presque généreux.
Mais les faits restent têtus:
détentions longues avant jugement
accusations lourdes abandonnées ou réduites
libertés rendues après avoir été injustement retirées
Appeler ça une victoire, c’est oublier tout le reste.
Et surtout, il ne faut pas se tromper: les Kabyles, les vrais, ne sont pas dupes. Ils savent faire la différence entre une justice rendue et une justice utilisée.
La vraie question n’est pas pourquoi ils ont été acquittés aujourd’hui.
La vraie question, c’est: pourquoi ont-ils été emprisonnés hier?