BGAYET (TAMURT) – La campagne électorale pour les élections législatives algériennes, prévues le 02 juillet prochain, a commencé mardi 09 juin. Après une semaine, l’ambiance dans le département de Bgayet, en Kabylie, est loin de correspondre à l’effervescence habituelle des rendez-vous politiques majeurs. Dans cette région historique kabyle, la campagne électorale s’est enlisée dans un désintérêt généralisé, laissant place à un silence de plomb et à des places publiques désertées. Désormais, la seule échéance électorale qui mobiliserait réellement le peuple kabyle est un vote pour l’autodétermination de la Kabylie.
Au total 14 listes de candidats ont été validées à Bgayet par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), dont 7 listes de partis politiques, en l’occurrence le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND), le Front des forces socialistes (FFS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le Parti des travailleurs, le Front El-Moustakbel et le Parti de la voie du peuple (PVP). En somme, un parfait équilibre numérique entre listes partisanes et candidatures libres. Cette offre électorale « pluraliste » fait face à une réalité du terrain, qui se caractérise par une population distante et indifférente.
En effet, les meetings de proximité peinent à faire le plein, montrant ainsi une indifférence presque totale affichée par la population locale vis-à-vis d’un scrutin qu’elle juge, pour sa grande majorité, « en décalage complet avec ses réalités économiques et ses aspirations politiques profondes ». Aussi bien dans les cafés ou les rues, les discussions tournent davantage autour du pouvoir d’achat, de l’avenir de la jeunesse, de la répression que subit le peuple kabyle, qui attend la libération de ses détenus d’opinion, que du profil des futurs députés qui siégeront à l’Assemblée populaire nationale algérienne (APN) à Alger.
Un divorce politique consommé
Ce désintérêt chronique pour les scrutins algériens n’est pas une nouveauté en Kabylie. Celle-ci est marquée par une longue histoire de boycott électoral et de contestation face au pouvoir algérien central et jacobin. Ce fut le cas notamment lors des précédents scrutins de 2019 (présidentiel), 2021 (législatif) et 2024 (présidentiel). Parallèlement à ce désintérêt, un changement s’est progressivement opéré dans le narratif politique local. En effet, une frange significative de la population kabyle et des militants de la cause identitaire soutiennent que la seule échéance électorale qui revêtirait un sens et mobiliserait réellement le peuple kabyle est un vote pour l’autodétermination de la Kabylie. « Le logiciel politique a changé. Ce que les gens attendent ici, c’est de pouvoir s’exprimer librement sur l’avenir et le statut de la Kabylie elle-même », affirme-t-on.
Le fossé abyssal entre la Kabylie et l’Algérie ne peut être réparé par une campagne électorale à coups de promesses de développement local. Ainsi, l’on s’achemine vraisemblablement, pour ce scrutin du 2 juillet, à Bgayet et dans le reste de la Kabylie vers une abstention record, illustrant de nouveau le divorce politique entre les kabyles et les urnes algériennes.
Arezki Massi


