Entretien avec Aksil Amari (URK) : le 14 juin, de la tragédie à la Nation kabyle

0
538
Les Martyrs du printemps noir 2001
Les Martyrs du printemps noir 2001

INTERVIEW (TAMURT) – Le 14 juin est une date charnière dans l’histoire contemporaine de la Kabylie. Elle commémore la marche historique de 2001, où des millions de Kabyles ont convergé vers Alger durant le Printemps noir, mais elle marque aussi désormais, depuis 2013, la Journée de la Nation kabyle. Aksil Amari, responsable de l’Union pour la République Kabyle (URK), revient sur le sens profond de cette date et sur le combat pour l’autodétermination de la Kabylie.

Le 14 juin 2001, une marée humaine kabyle marchait sur Alger pour exiger la justice et la dignité après les premiers assassinats du Printemps noir. Vingt-cinq ans plus tard, quel regard portez-vous sur cet événement gravé dans les mémoires ?

Le 14 juin 2001 reste à la fois un moment de fierté absolue et une immense tragédie. Ce jour-là, la Kabylie a démontré sa capacité de mobilisation unique, son courage face à un régime militariste et son aspiration profonde à la liberté. Des millions de personnes sont descendues pacifiquement dans la rue pour dire « Basta ! » à l’injustice.
Malheureusement, la réponse du pouvoir algérien a été d’une violence inouïe : répression sanglante, provocations, arrestations et sang de nos jeunes qui a coulé. Ce jour-là, le fossé historique entre la Kabylie et le régime s’est définitivement creusé.
Cette marche a agi comme un déclencheur psychologique. Elle a prouvé au peuple kabyle que ses revendications démocratiques ne trouveraient jamais d’écho constructif dans le cadre institutionnel algérien tel qu’il existe.

C’est précisément en référence à cette date que le mouvement indépendantiste a instauré la « Journée de la Nation kabyle » en 2013. Pourquoi le choix s’est-il porté sur le 14 juin plutôt que sur une autre date du calendrier amazigh ou kabyle ?

Le choix du 14 juin s’est imposé de lui-même, car il symbolise le moment où la Kabylie s’est dressée comme un seul homme, consciente de sa spécificité et de son destin commun. Ce n’est plus seulement une date de deuil, c’est le jour de notre affirmation politique collective.
La Kabylie a une histoire millénaire, mais le 14 juin 2001 marque le point de non-retour moderne. En transformant le souvenir de cette répression en « Journée de la Nation kabyle », nous refusons le statut de victimes passives. Nous transformons les larmes du Printemps noir en une énergie bâtisseuse.
C’est le jour où nous célébrons notre existence en tant que peuple, notre culture, notre langue et, surtout, notre droit inaliénable à disposer de nous-mêmes.

L’URK milite ouvertement pour l’indépendance et l’instauration d’une République kabyle. Comment la mémoire du 14 juin nourrit-elle votre projet politique au quotidien ?

Elle le nourrit en lui donnant sa légitimité historique et morale. Les sacrifices de 2001, les 128 jeunes assassinés par les forces de l’ordre, ne doivent pas avoir été vains.
À l’URK, nous pensons que la seule manière d’honorer leur mémoire est d’aller au bout de la logique qu’ils ont initiée : libérer la Kabylie. Le projet d’une République kabyle n’est pas une simple réaction de colère, c’est une nécessité de survie politique, culturelle et économique.
Le 14 juin nous rappelle chaque jour que la Kabylie possède toutes les composantes d’une nation : un territoire, une langue, des valeurs démocratiques ancestrales (comme le fonctionnement de nos assemblées de villages) et une volonté de vivre libre.

Notre travail à l’URK est de structurer cette volonté pour que la future République kabyle voie le jour de manière pacifique, démocratique et reconnue par la communauté internationale.

Aujourd’hui, le contexte en Kabylie est marqué par une répression sévère contre les militants pacifiques et une fermeture totale de l’espace politique. Quel message adressez-vous au peuple kabyle à l’occasion de cette journée nationale ?

Mon message est un message d’espoir, de résistance et de lucidité. Le régime traverse une phase de durcissement autoritaire parce qu’il sait, au fond, qu’il a perdu la bataille des cœurs et des esprits en Kabylie. Les vagues d’arrestations et les procès politiques arbitraires n’effaceront jamais l’identité kabyle ni l’aspiration à la liberté. À mes compatriotes, je dis : restez unis et fiers. Ne cédez ni à la provocation ni au découragement. Le chemin vers la liberté est long et semé d’embûches, mais l’histoire montre que la volonté des peuples finit toujours par triompher des dictatures.

En cette Journée de la Nation kabyle, portons haut nos couleurs, honorons nos martyrs et continuons à bâtir pacifiquement, là où nous sommes – en Kabylie ou dans la diaspora –, les fondations de notre futur État souverain.
Vive la Kabylie libre et indépendante.

Aksil AMARI, cadre de l’URK (Union pour La République Kabyle)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.