Pour mieux contrôler la Kabylie : le pouvoir s’emparerait des comités de village

2
2930
Les comités de village en Kabylie
Les comités de village en Kabylie

KABYLIE (TAMURT) – Après avoir tenté de contrôler la société kabyle à travers la multiplication des mosquées, des associations salafistes puis par la répression des voix dissidentes, le pouvoir algérien adopte désormais une autre stratégie : l’affaiblissement progressif des structures traditionnelles de la société kabyle.

Ces dernières années, plusieurs habitants de Kabylie affirment que les services de sécurité algériens, notamment la gendarmerie, ont infiltré de nombreux comités de village à travers des agents ou des personnes proches du pouvoir. Les comités de village constituent depuis des siècles un système d’organisation et de gestion communautaire profondément enraciné dans la société kabyle. Ils jouent encore aujourd’hui un rôle central dans la gestion des affaires locales, la médiation des conflits et l’organisation de la vie collective.

Dans plusieurs villages, l’autorité morale de ces comités reste parfois plus respectée que celle des institutions administratives officielles. Selon certains témoignages, les autorités cherchent ainsi à affaiblir ce modèle d’organisation considéré comme spécifique à la Kabylie. « Avant, notre comité de village était neutre et apolitique. Mais depuis 2019, ses membres ont été progressivement remplacés par des personnes proches des services de sécurité. Aujourd’hui, notre comité a perdu une grande partie de sa crédibilité et de sa dynamique. C’est regrettable de voir cette organisation ancestrale tomber sous l’influence du pouvoir », témoigne un habitant d’Aït Arjaouen, près de Tizi Ouzou.

Certains observateurs établissent également un parallèle avec la situation vécue par la communauté mozabite dans les années 1980. Au Mzab, plusieurs habitants estiment que les conseils traditionnels des sages auraient progressivement perdu leur autonomie après l’intégration de membres proches du pouvoir et du Front de Libération Nationale (FLN). « Notre conseil des sages est devenu une simple extension du FLN. Les Kabyles avaient réussi à préserver leurs comités de village plus longtemps, mais ces dernières années, le pouvoir a commencé à les infiltrer lui aussi », affirme un étudiant mozabite rencontré à Tizi Ouzou.

Ce constat est partagé par plusieurs observateurs locaux, qui craignent une fragilisation progressive des structures communautaires traditionnelles en Kabylie.

Idir Yatafen

2 Commentaires

  1. Le constat : un modèle à bout de souffle
    Ce genre de situation met en lumière la fragilité de notre gouvernance amazighe. Devons-nous nous complaire dans la plainte, ou sommes-nous prêts à forger de véritables solutions ?

    Le temps est venu de regarder nos échecs en face : nos forces vives se dispersent. Les rares militants authentiques abandonnent, faute d’écho sur nos terres ou dans la diaspora. Épuisés par les urgences du quotidien, les acteurs de terrain luttent simplement pour leur propre survie. Le combat purement politique n’a pas porté ses fruits.

    La solution : l’économie et la transmission du savoir
    Seule la solidité économique permet à un peuple de survivre, de se développer et de s’imposer. Il est temps de changer de stratégie :

    Autonomie économique : Créer des réseaux d’entraide et de développement commercial à l’échelle internationale.

    Transmission numérique : Diffuser nos connaissances linguistiques et économiques via des chaînes vidéo, des sites éducatifs et des modules en ligne.

    Ancrage culturel : Faire de la maîtrise de la langue amazighe un outil de ralliement et de fierté pragmatique.

    Longue vie au peuple amazigh, fort de ses 3 000 ans d’histoire et de sa faculté d’adaptation. Optons dès maintenant pour une organisation et une gouvernance économique internationale.

  2. « le pouvoir s’emparerait des comités de village » : vous avez un doute ? Pourquoi le conditionnel, alors que tout le monde sait que la quasi-totalité des « comités de villages » de Kabylie sont sous la coupe des Services algériens. Dans chaque comité de village, il y a au moins un traître, un indic, comme on dit, placé là pour tout rapporter, en plus d’orienter les débats et les décisions. Souvent, en fonction de l’importance du comité de village, il y a même plusieurs indics, là où un seul ne suffit pas. Et évidemment, les indics se surveillent entre-eux, comme de bonne guerre, car il peut toujours y avoir des agnts doubles, parmi eux.
    C’est pourri jusqu’à l’os…. Mais le génie kabyle sait toujours déjouer ces pièges et toutes sortes de complots.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.