L’Algérie veut-elle vraiment « abolir » la langue française ?

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La langue française
La langue française

ALGERIE (TAMURT) – La place de la langue française en Algérie fait de nouveau débat. Depuis plusieurs années, les autorités algériennes cherchent à réduire progressivement son usage dans l’administration et l’éducation, en privilégiant notamment l’anglais comme langue étrangère de référence. Une orientation qui s’inscrit dans une politique linguistique engagée depuis plusieurs décennies et qui suscite des réactions contrastées dans le pays.

La question linguistique demeure étroitement liée à l’histoire de l’Algérie. Depuis l’indépendance, les différents gouvernements ont mené des politiques visant à renforcer l’arabe dans l’enseignement et l’administration. L’arabisation, particulièrement accentuée sous Houari Boumediene, avait pour objectif de rompre avec l’héritage institutionnel de la période coloniale.

Aujourd’hui, cette orientation connaît une nouvelle évolution avec la volonté affichée par les autorités de promouvoir davantage l’anglais au détriment du français. Pour le pouvoir algérien, il s’agit notamment de diversifier les références linguistiques du pays et de renforcer l’apprentissage d’une langue considérée comme dominante dans les domaines scientifique, technologique et économique.

Mais cette politique est loin de faire l’unanimité parmi les enseignants et les spécialistes de l’éducation. Ses détracteurs estiment qu’un changement linguistique de cette ampleur ne peut être mené uniquement pour des considérations politiques ou idéologiques. Ils soulignent notamment les difficultés liées à la formation des enseignants, aux programmes scolaires et aux conditions réelles d’apprentissage.

En Kabylie, la question prend une dimension particulière. Dans une région où le kabyle, l’arabe et le français coexistent depuis longtemps dans les pratiques sociales et éducatives, certains enseignants et parents d’élèves s’inquiètent d’une succession de changements linguistiques qui, selon eux, risque davantage de fragiliser les élèves que d’améliorer leur niveau.

« Au début, ils ont imposé la langue arabe. Maintenant, ils inventent l’anglais. Ils ne semblent pas se soucier suffisamment de l’avenir de nos enfants », déplore un proviseur et ancien enseignant d’un lycée de Mirabeau.

Selon ce dernier, le problème ne réside pas dans l’apprentissage de l’anglais en lui-même, mais dans la manière dont les politiques linguistiques sont décidées et appliquées. « De nos jours, nos enfants ne maîtrisent correctement aucune langue, ni le kabyle, ni l’arabe, ni le français et certainement pas l’anglais », constate-t-il.

Pour cet enseignant, une réforme linguistique ne peut être efficace sans une réflexion globale sur le système éducatif, la formation des enseignants et les méthodes pédagogiques. Il appelle ainsi les parents d’élèves en Kabylie à s’intéresser davantage aux choix linguistiques opérés par les autorités et à leurs conséquences sur la scolarité de leurs enfants.

Au-delà de la polémique autour du français et de l’anglais, c’est donc la question de l’efficacité du système éducatif algérien qui est posée. Entre arabisation, recul du français et promotion de l’anglais, les élèves sont confrontés à des changements successifs dont les résultats restent largement débattus.
La bataille autour des langues dépasse ainsi la seule question linguistique. En Algérie, elle demeure aussi liée à l’histoire, à l’identité et aux choix politiques du pouvoir. En Kabylie, où la question de la langue et de l’identité reste particulièrement sensible, ces orientations sont observées avec une attention particulière.

Idir Yatafen

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