Églises fermées, fidèles interpellés : les chrétiens protestants toujours sous pression en Algérie et en Kabylie

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Eglise-catholique-Santa-Cruz-Oran
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ORAN (TAMURT) – L’interpellation de douze chrétiens protestants le 4 septembre à Layaïda, dans l’est de la wilaya d’Oran, vient rappeler la situation préoccupante que vivent les communautés protestantes et évangéliques en Algérie et en Kabylie. Malgré les appels répétés des organisations de défense des libertés religieuses et les promesses d’ouverture formulées ces dernières années, les autorités algériennes continuent d’imposer de sévères restrictions à l’exercice du culte chrétien, particulièrement dans les régions où les conversions au protestantisme sont plus nombreuses, comme la Kabylie.

Cette nouvelle intervention arrive plusieurs mois après la visite du Pape en Algérie en avril dernier, qui avait suscité l’espoir d’une amélioration de la liberté religieuse et d’un apaisement des tensions entourant les communautés chrétiennes. Or, force est de constater qu’aucun changement concret n’a été observé concernant les protestants et les évangéliques. Les nombreuses églises mises sous scellés, notamment en Kabylie, demeurent fermées, en l’absence de solutions permettant aux fidèles de pratiquer leur foi librement et dans un cadre reconnu. Selon les informations recueillies, les forces de sécurité sont intervenues dans l’enceinte de la structure humanitaire « House of Refuge », liée au pasteur Youcef Ourahmane, vice-président de l’Église protestante d’Algérie (EPA). Les douze participants étaient réunis pour un temps de prière et de culte lorsqu’ils ont été interpellés. Conduits au commissariat, ils ont été longuement interrogés, jusqu’à 3 heures du matin pour certains d’entre eux. A noter qu’en octobre 2019, une salle se trouvant sur le site perquisitionné par des forces de la BRI et de la gendarmerie, et utilisée pour les célébrations religieuses, avait déjà été fermée et placée sous scellés. Depuis lors, les fidèles continuaient de se réunir dans un autre espace situé à proximité, faute de pouvoir disposer d’un lieu de culte officiellement reconnu.

Une législation dénoncée par les communautés chrétiennes
Les personnes arrêtées pourraient être poursuivies en vertu de l’ordonnance 06-03 de février 2006, qui encadre les cultes non musulmans. Ce texte impose notamment l’obtention d’autorisations administratives préalables pour tout lieu de culte. Les responsables de l’Église protestante d’Algérie dénoncent depuis des années un système qu’ils jugent discriminatoire. Selon eux, les procédures administratives nécessaires à la régularisation des églises sont soit bloquées, soit impossibles à obtenir dans la pratique. Cette situation a conduit à la fermeture arbitraire par les autorités algériennes de dizaines d’églises protestantes, notamment à Bgayeth et Tizi Ouzou. En Kabylie, où se trouve une forte communauté protestante évangélique kabyle, a été particulièrement touchée par cette campagne de fermetures. Plusieurs lieux de culte y restent fermés malgré les recours introduits par les responsables religieux. Les fidèles sont ainsi contraints de se réunir dans des domiciles privés ou dans des locaux non reconnus, s’exposant régulièrement à des poursuites judiciaires.

Une liberté de culte toujours remise en question
Alors que la Constitution algérienne garantit théoriquement la liberté de conscience et de culte, les communautés chrétiennes protestantes et évangéliques dénoncent un décalage croissant entre les principes affichés et la réalité du terrain. Cette nouvelle interpellation de chrétiens démontre que les engagements de l’Algérie en faveur du pluralisme religieux demeurent largement insuffisants. Les représentants des Églises protestantes continuent de réclamer la réouverture des lieux de culte fermés, la reconnaissance effective de leurs communautés et le respect intégral de la liberté religieuse pour tous les citoyens, quelle que soit leur confession. Quand on sait que l’Algérie a fait de l’islam sa religion d’Etat (article 2 de la sa Constitution), il est difficile d’imaginer le respect du pluralisme religieux par les autorités de ce pays.

Arezki Massi

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