KABYLIE (TAMURT) – Cinq ans après les incendies meurtriers de l’été 2021, la Kabylie n’a pas oublié. À Tizi Ouzou, et particulièrement dans les montagnes de Larbaâ Nath Irathen, les flammes avaient plongé des dizaines de villages dans l’horreur et le désarroi. Le bilan humain s’était élevé à plus de 500 morts en Kabylie.
Le 9 août 2021, plusieurs foyers d’incendie se déclarent dans plusieurs villages de Tizi Ouzou. Les flammes se propagent rapidement dans les zones montagneuses, notamment autour de Larbaâ Nath Irathen, laissant derrière elles des maisons détruites, des forêts ravagées et des familles endeuillées.
Dans plusieurs villages, les habitants se retrouvent seuls face à l’avancée des flammes. La population locale, des bénévoles et des citoyens venus de différentes régions se mobilisent pour venir en aide aux sinistrés. Une importante chaîne de solidarité se met alors en place en Kabylie et au sein de la diaspora.
Mais au cœur de cette catastrophe, un autre drame allait profondément marquer les mémoires : l’assassinat de Djamel Bensmaïl.
Le drame de Djamel Bensmaïl
Âgé de 38 ans, le jeune artiste peintre originaire de Miliana s’était rendu en Kabylie pour participer aux opérations de solidarité et aider les Kabyles confrontées aux incendies. Après avoir entendu qu’il était soupçonné d’avoir provoqué un incendie, il s’était présenté à la police pour s’expliquer.
Le 11 août 2021, à Larbaâ Nath Irathen, il est extrait d’un véhicule de police, garé devant un commissariat de police, par une foule qui l’accuse d’être un pyromane. Les images de son lynchage, puis de l’immolation de son corps, font le tour du pays et provoquent une onde de choc bien au-delà de la Kabylie.
Le meurtre de Djamel Bensmaïl reste l’un des épisodes les plus traumatisants de cette tragédie. Il a également ouvert une profonde controverse sur les circonstances du drame, les manipulations des services de sécurités de l’Algérie et les conditions dans lesquelles la victime a pu être extraite du véhicule de police.
Des condamnations, mais toujours des interrogations
Sur le plan judiciaire, l’affaire a donné lieu à plusieurs procès. En première instance, en novembre 2022, 49 accusés avaient été condamnés à la peine capitale, 28 autres à des peines allant de deux à dix ans de prison et 17 avaient été acquittés.
En appel, en octobre 2023, la Cour d’Alger a condamné 38 des 94 accusés à la peine capitale. Vingt-sept ont été acquittés et les autres ont reçu des peines allant de trois à vingt ans de prison.
Ces décisions judiciaires n’ont toutefois pas mis fin aux interrogations qui entourent cette affaire. Des défenseurs et des observateurs ont contesté certains aspects des procédures et soulevé des questions sur les responsabilités individuelles, les éléments de preuve et le déroulement des événements.
Cinq ans après, le souvenir de Djamel Bensmaïl reste ainsi intimement lié à celui des incendies de l’été 2021. Pour de nombreuses familles kabyles, cette période demeure synonyme de pertes humaines, de destruction et d’un immense sentiment d’abandon.
Cinq ans après, une plaie toujours ouverte
Au-delà des chiffres, ce sont des villages entiers qui ont été traumatisés par les incendies. Des familles ont perdu leurs proches, leurs maisons ou leurs moyens de subsistance. La solidarité populaire, en revanche, a constitué l’une des rares lueurs d’espoir au milieu de cette catastrophe.
Cinq ans après, les questions demeurent également nombreuses sur les causes exactes des incendies et sur la gestion de cette catastrophe. Les autorités algériennes avaient rapidement évoqué la piste criminelle, tandis que plusieurs hypothèses et accusations avaient circulé dans un climat de grande tension.
En Kabylie, le souvenir de l’été 2021 reste donc profondément présent. Celui des flammes, des villages menacés, des familles endeuillées, mais aussi celui d’une mobilisation populaire exceptionnelle face au désastre.
Idir Yatafen


