BGAYET (TAMURT) – À moins de trois mois des élections locales algériennes du 28 novembre, l’opération de révision des listes électorales se déroule dans une indifférence quasi générale en Kabylie. Entre défiance envers les institutions, désaffection électorale et débats sur l’avenir politique de ce territoire, les urnes semblent peiner à susciter l’intérêt d’une large partie de la population kabyle.
Lancée officiellement ce dimanche 07 septembre en prévision des élections locales du 28 novembre prochain, l’opération de révision des listes électorales ne semble provoquer ni engouement ni débat particulier en Kabylie. À Tizi Ouzou, Bgayet, Tuvirett, Boumerdes ou encore dans de nombreuses localités rurales kabylophones, les commissions chargées des inscriptions et des modifications des listes électorales enregistrent une activité très limitée. Depuis maintenant plusieurs années, elle est devenue une opération administrative sans écho populaire.
Cette faible mobilisation témoigne d’un désintérêt qui s’est progressivement installé au fil des années en Kabylie, qui regarde désormais ailleurs.
Le fossé grandissant entre la population et les institutions
Derrière cette indifférence apparente se cache une crise de confiance plus profonde. Une partie importante de la population kabyle affirme ne plus croire à la capacité des institutions élues à apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes. Les difficultés socio-économiques, les attentes en matière de développement local ainsi que les revendications identitaires et culturelles nourrissent un sentiment de frustration persistant en Kabylie. Les élections successives n’ont pas permis de réduire ce fossé. Dans les cafés, sur les réseaux sociaux ou dans les espaces associatifs, les mêmes interrogations reviennent régulièrement : quel pouvoir réel possèdent les élus locaux ? Les décisions essentielles sont-elles véritablement prises au niveau communal ou régional ? Autant de questions qui alimentent le scepticisme ambiant.
Les élections locales perçues comme sans enjeu
Dans ce contexte, le scrutin du 28 novembre est souvent perçu comme un rendez-vous politique dépourvu d’enjeu majeur. De nombreux citoyens kabyles estiment que les assemblées communales et de wilaya disposent de moyens limités et d’une marge de manœuvre insuffisante pour répondre aux attentes de la population. Cette perception contribue à affaiblir encore davantage l’intérêt pour les opérations électorales en cours. La révision des listes électorales apparaît ainsi davantage comme une formalité administrative que comme la première étape d’un rendez-vous démocratique mobilisateur. Cette réalité se traduit par une faible visibilité de l’opération sur le terrain et par une absence quasi totale de débats autour du prochain scrutin.
Le boycott comme expression d’un rejet politique
L’indifférence actuelle s’inscrit dans une histoire politique marquée par plusieurs épisodes de boycott électoral en Kabylie. Le refus de participer aux élections constitue une forme de contestation politique. Les citoyens kabyles considèrent que le boycott envoie un message plus fort. C’est la position de l’Union pour la République Kabyle, un mouvement politique qui milite pacifiquement pour l’indépendance de la Kabylie. Pour lui, cette désaffection est « la preuve d’une rupture profonde entre la société kabyle et les institutions algériennes. » Le faible intérêt porté à la révision des listes électorales traduit l’adhésion croissante à l’idée d’un projet politique distinct pour la Kabylie. Les élections locales organisées dans le cadre institutionnel actuel ne répondent pas aux aspirations du peuple kabyle, de l’avis des responsables de ce mouvement politique indépendantiste. Pour l’URK, « seul un État kabyle souverain constitue la meilleure réponse aux enjeux politiques, culturels et économiques de la Kabylie. »
Arezki Massi


