20 août 1956 : le Congrès de la Soummam et le sacrifice héroïque de la Kabylie

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1964
Congrès de la Soummam
Congrès de la Soummam

IFRI (TAMURT) – Les débats et polémiques qui resurgissent chaque 20 août sur les réseaux sociaux illustrent à quel point la mémoire de la guerre de libération 1954-1962 reste un terrain de tensions identitaires et politiques. De nombreux algériens s’emploient vainement à réduire ou à minimiser la portée du Congrès de la Soummam ou l’engagement de la Kabylie pour libérer l’Algérie du joug colonial français. Pourtant, la Kabylie a abrité le congrès, qui a doté la Révolution de son armature politique et doctrinale, au prix de sacrifices inouïs, illustrés par le rasage du village Ifri et la férocité de l’opération Jumelles pour punir les kabyles. Ce mépris est une profanation de la mémoire collective des habitants de la Kabylie et une trahison du sang versé pour la liberté des algériens.

Incontestablement, le 20 août 1956 constitue l’un des tournants les plus décisifs de la guerre de libération 1954-1962. Deux ans après le déclenchement de la révolution du 1er Novembre 1954, le Front de Libération Nationale (FLN) et l’Armée de Libération Nationale (ALN) avaient impérativement besoin d’unifier leurs rangs, de définir une doctrine claire et de doter la lutte d’une véritable structure étatique. C’est au cœur des montagnes de la Kabylie, dans la vallée de la Soummam, que s’est écrite cette page fondatrice. Sous l’impulsion de figures majeures telles qu’Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem et Ouamrane, le congrès s’est tenu dans la clandestinité la plus totale à Ifri (commune d’Ouzellaguen, Wilaya III). Les résolutions adoptées ont posé les principes cardinaux de la révolution, à savoir la primauté du politique sur le militaire pour garantir la vision démocratique du futur État, la primauté de l’intérieur sur l’extérieur afin de garder les centres de décision au plus près des réalités du maquis, ainsi que la structuration territoriale et hiérarchique avec la division du pays en six Wilayas militaires et la création du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA) et du Comité de Coordination et d’Exécution (CCE).

La Kabylie, bastion stratégique et sanctuaire de la Révolution
L’accueil de cet événement en Wilaya III historique n’était pas un hasard. La Kabylie a offert à la révolution son relief imprenable, son organisation villageoise séculaire (Tajmaât) et une adhésion populaire sans faille. Dès les premières heures de la guerre, la Kabylie s’est imposée comme le poumon logistique et militaire du combat indépendantiste. Ses maquisards, commandés par des stratèges hors pair, ont tenu tête à des divisions entières de l’armée coloniale, transformant le massif du Djurdjura et les crêtes de la Soummam en forteresses imprenables de la liberté.

Le prix du sang : représailles et martyre d’Ifri
Cet engagement total a valu à la Kabylie de payer un tribut humain et matériel incommensurable. Face à l’échec de leurs services de renseignement à empêcher la tenue du congrès, les autorités coloniales françaises ont déchaîné une violence punitive féroce. Dès que la tenue des assises à Ifri fut découverte quelques semaines plus tard, l’aviation et l’artillerie françaises ont pilonné sans relâche le village et ses hameaux environnants. Les habitations ont été entièrement rasées au napalm et aux bombes incendiaires, transformant les lieux en un champ de ruines pour punir la population d’avoir protégé les congressistes. Une grande partie du territoire d’Ouzellaguen et des massifs kabyles a été classée en « zone interdite », où tout être vivant était abattu à vue. Des dizaines de milliers de villageois ont été déportés dans des camps de regroupement insalubres pour couper l’ALN de sa base populaire. Il s’en est suivi l’opération Jumelles (1959) et, plus tard, le plan Challe frappera la région avec une brutalité inouïe, mobilisant des dizaines de milliers de soldats pour tenter de briser définitivement la Wilaya III, sans jamais parvenir à éteindre la flamme patriotique.

Face au mépris des ennemis de la Kabylie, la vérité historique ne s’effacera pas
Minimiser cet événement, comme tente vainement et honteusement de le faire de nombreux algériens, revient à cracher sur les cendres du village d’Ifri, entièrement rasé au napalm par l’armée coloniale pour avoir protégé les congressistes. C’est oublier le tribut incommensurable payé par les populations rurales de Kabylie pour libérer l’Algérie du joug colonial français. Toutefois, les polémiques virtuelles et les rancœurs ne changeront jamais la réalité gravée dans l’histoire : sans le congrès de la Soummam, il n’y aurait eu ni primauté du politique, ni représentativité institutionnelle unifiée, ni cadre pour mener l’Algérie jusqu’aux accords d’Évian et à l’indépendance.

Une rupture définitive illustrée par une ingratitude structurelle
Le mépris que le congrès de la Soummam suscite aujourd’hui chez certains pans nationalistes arabophones ne sont pas un simple différend historique. Il est la preuve éclatante d’une rupture définitive et d’une ingratitude structurelle. La Kabylie a été trahie par l’Algérie. La primauté du politique sur le militaire, la démocratie, le pluralisme et la reconnaissance des réalités régionales ont été assassinés dès 1957 au Caire, puis définitivement enterrés lors du coup de force de l’armée des frontières en 1962. L’assassinat d’Abane Ramdane et la mise à l’écart des figures kabyles sont le péché originel de l’État algérien centralisé et jacobin. Le mépris exprimé aujourd’hui sur les réseaux sociaux est une continuation logique de décennies de marginalisation politique et culturelle. La revendication d’un destin séparé et souverain pour le peuple kabyle est un droit légitime.

Arezki Massi

2 Commentaires

  1. C’est un peu vieille cette histoire orgueilleuse ce congés au point la kabylie vivait dans la même époque que ce congés, tout manque pour une vie normale, et en plus de cela des check-point des darkis armés de kalachinkov sont installés un peu partout, tamurt vivait sous le rythme de l’occupation!

  2. Azul . il suffit de leur rappeler que c’est leur traitre de l’Émir qui a livré le supposé pays  » Algérie  » au duc d’Aumale et qu’ils disent ce que faisaient leurs grands parents ou leurs parents quand les nôtres tenaient la dragée haute aux paras et léopards de Bigeard et consorts. De par mes connaissances, à l’ouest , jusqu’en 58 les femmes allaient danser dans les bals militaires et ils disaient « wach bihoum Kbayel mâa n’Sara  » .c’est authentique ce que je rapporte ici , puisque ayant vécu à Oran et à Tiaret , ce sont des citoyens honnêtes de là bas qui me l’ont affirmé .

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