Commémoration de l’assassinat de Matoub Lounès : Berbère TV au cœur d’une vive polémique de censure

0
1806
Recueillement sur sa tombe de Matoub Lounès à Taourirt Moussa
Recueillement sur sa tombe de Matoub Lounès à Taourirt Moussa

TAOURIRT MOUSSA (TAMURT) – À l’occasion du 28e anniversaire de l’assassinat du Rebelle, le traditionnel recueillement sur sa tombe à Taourirt Moussa a été marqué par une forte ferveur populaire, mais aussi par une controverse médiatique majeure. La chaîne Berbère TV est aujourd’hui vivement critiquée pour avoir occulté les slogans politiques scandés par la foule lors du dépôt de la gerbe de fleurs par sa sœur, Malika Matoub.

Vingt-huit ans après sa disparition, la voix de Matoub Lounès continue de mobiliser la jeunesse kabyle. Ce 25 juin, des milliers de personnes se sont rassemblées dans son village natal de Taourirt Moussa pour honorer sa mémoire. Un moment fort et chargé d’émotion, en particulier lorsque sa sœur, Malika Matoub, s’est avancée pour déposer une gerbe de fleurs sur la tombe du chantre de l’amazighité. C’est à cet instant précis que la colère populaire a pris le pas sur le silence du recueillement. Portée par une jeunesse déterminée, la foule a fait résonner deux slogans phares de la contestation en Kabylie : « Pouvoir assassin » et « Ulac Smah Ulac » (Pas de pardon). Ces cris du cœur, qui dénoncent de longue date les crimes et l’impunité du pouvoir algérien, s’inscrivent dans la pure tradition des combats de Matoub. Pourtant, les téléspectateurs qui ont suivi la couverture médiatique de l’événement sur Berbère TV (BRTV) n’ont rien pu entendre de cette charge politique.

Le procédé technique de la censure
Lors de sa diffusion, la chaîne de télévision, historiquement perçue comme un espace d’expression pour la culture et les revendications berbères, a choisi de couper le son. À la place des revendications de la foule, la régie a superposé des chansons de Matoub Lounès, recouvrant ainsi totalement les voix des jeunes présents sur place. Ce procédé visait manifestement à vider le rassemblement de sa substance contestataire et à ne proposer qu’une couverture purement culturelle et consensuelle de l’événement. Cette attitude a immédiatement déclenché une vague d’indignation en Kabylie. Plusieurs internautes kabyles ont fustigé le choix éditorial de Berbère TV, qualifiant cette manipulation sonore de censure flagrante et indigne de la mission d’information de la chaîne. Travestir la réalité d’un hommage à Matoub Lounès, l’homme qui a payé de sa vie son refus du bâillon, est une insulte à sa mémoire.

Une chaîne face à ses contradictions
Cette polémique relance le débat sur la ligne éditoriale actuelle de Berbère TV et ses relations complexes avec les réalités politiques algériennes. En choisissant de masquer des slogans jugés trop subversifs par le pouvoir d’Alger, la chaîne s’attire les foudres d’un public kabyle qui l’accuse désormais de compromission ou, à tout le moins, d’une frilosité excessive. Sur les réseaux sociaux, l’indignation ne faiblit pas. Beaucoup d’internautes rappellent cette ironie amère : censurer le peuple pour protéger un pouvoir que Matoub Lounès n’a cessé de combattre, c’est assassiner le Rebelle une seconde fois. « Ulac Smah Ulac » et « Pouvoir assassin » : des slogans nés dans le sang du Printemps noir de 2001, qui continuent d’effrayer le régime algérien.

Arezki Massi

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site est protégé par reCAPTCHA et la Politique de confidentialité, ainsi que les Conditions de service Google s’appliquent.