Pourquoi les Kabyles estiment Mohamed Boudiaf ?

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2007
Mohamed Boudiaf
Mohamed Boudiaf

KABYLIE (TAMURT) – Matoub Lounes, assassiné le 25 juin, par la sécurité militaire algérienne en 1998, était le premier artiste à rendre hommage à l’ancien chef d’Etat algérien Mohamed Boudiaf, lui aussi assassiné pat des généraux algériens, le 29 juin 1992. Six mois seulement, après sa désignation, par une caste de généraux, comme chef d’Etat, en janvier 1992. Les mêmes généraux, à leur tête Khaled Nezzar et Larbi Belkhir, ont ordonné son assassinat.

Mohamed Boudiaf est le seul et unique chef d’Etat algérien que les Kabyles estiment, à ce jour. Ce n’est pas un hasard, si Matoub Lounès lui avait consacré tout un album en 1993. Les Kabyles aiment Mohamed Boudiaf, l’arabophone de Msila, autant qu’ils détestent Ahmed Ouyahia, le Kabyle. Qui a dit alors que les Kabyles étaient racistes ou régionaliste ?

Les Kabyles estiment Boudiaf pour diverses raisons. Il était un chef historique intègre qui s’est opposé farouchement à Benbella et tous les membres du clan d’Oujda. Boudiaf était aussi, durant la guerre de libération, l’un des chefs historiques qui ont défendu les principes du congrès de la soummam. Il était aussi un ami très proche de Hocine Ait Ahmed en dépit de leurs divergences sur le plan politique.

En 1992, aussi, dès sa désignation à El Mouradia, Mohamed Boudiaf s’est attaqué à la corruption et aux généraux mafieux. Il paraît que Kasdi Merbah lui avait remis des tonnes de documents sur les militaires corrompus. L’intégrité de Mohamed Boudiaf avait suffi pour gagner le cœur d’une bonne partie de Kabyles. Ces derniers n’ont pas tort. Malheureusement, un homme intégré n’a pas de place au sein du régime algérien.

Boudiaf avait découvert que tous les secrets des services de sécurité du pays étaient confiés de manière systématique au service secret et Gouvernement français. Une gifle, pour celui qui a passé toute sa vie à combattre le colonialisme français pour recouvrir la souveraineté algérienne. Malheureusement, il semble que les Algériens n’apprécient pas les hommes honnêtes. 32 ans après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, en direct à la télévision, lors d’un meeting à Annaba, seuls les Kabyles continuent à évoquer sincèrement sa mémoire et à lui rendre des hommages à la hauteur de l’Homme qu’il demeurera.

Idir Yatagan

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