Exploitation du minerai de zinc et plomb Tala Hamza – Amizour : Une nappe phréatique d’importance mondiale menacée !

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Le professeur Kamel Aisset
Le professeur Kamel Aisset

VGAYET (TAMURT) – Le professeur et chercheur kabyle Kamel Aisset, qui enseigne la biologie à l’université de Vgayet, vient encore une fois mettre en garde contre les risques dévastateurs qu’entrainerait l’exploitation de la mine de zinc et plomb Tala Hamza – Amizour, en Kabylie. Le régime algérien a confié le projet à une société écran algéro-australienne, derrière laquelle se cache un groupe chinois. Tout en affirmant que cette mine est située sur une zone Ramsar (zone humide protégée par une convention internationale), l’universitaire kabyle dénonce « la violation des lois internationales par l’Algérie » en cas d’exploitation de ce gisement à zinc et plomb, classé 12eme à l’échelle mondiale.

Les conséquences d’une exploitation de la mine de zinc et plomb Tala Hamza – Amizour, située dans le département de Vgayet, en Kabylie, seraient catastrophiques et irréversibles, a alerté le professeur Kamel Aisset dans une intervention diffusée, dernièrement, sur les réseaux sociaux. Une nappe phréatique d’envergure, située dans une zone humide protégée par la convention Ramsar (ratifiée en 1971 en Iran), serait contaminée par des métaux lourds et toxiques en cas de mise en exploitation du minerai de Tala Hamza – Amizour, a mis en garde cet enseignant de biologie à l’université Abderrahmane Mira de Vgayat. « L’Algérie a signé des conventions locales et internationales pour la protection de l’environnement. La vallée de la Soummam a été classée depuis 2009 comme zone humide d’importance internationale. La dernière publication sur sa classification date du 22 mars 2021 », a souligné le professeur Kamel Aisset. Pourquoi donc la vallée de la Soummam a été classée zone humide d’importance internationale et pourquoi il faut la protéger ? Tout simplement, explique le chercheur universitaire, elle recèle la plus grande nappe phréatique, pas seulement en Kabylie, mais en Algérie aussi. « Elle commence de Cherfa, à Tuvirett, et se termine à Oued Ghir, dans le département de Vgayet. Cette nappe se remplit annuellement par les eaux de pluies, les eaux des rivières qui coulent depuis les montagnes. Cette zone est classée d’importance mondiale par la convention Ramsar. Il y a aussi des espèces animales qui vivent dans la vallée de la Soummam et qui bénéficient d’une protection mondiale », a expliqué l’enseignant et chercheur en biologie, avant d’avertir : « Si l’eau de cette nappe est contaminée par les métaux de cette mine (plomb, zinc, mercure), ça sera une catastrophe. En effet, nous avons plusieurs sources d’eaux minérales exploitées par des usines de mise en bouteilles, comme Ifri, Ayris, Ovitale, Djurdjura, etc. Aussi, l’industrie agroalimentaire de la région, qui nécessite l’utilisation de beaucoup d’eau, sera pénalisée », a noté cet universitaire et militant politique. Celui-ci interpelle le régime algérien avec une question lucide : « Est-ce que ce projet, qui va durer 15 à 20 ans, vaut la peine de prendre ce risque ? », a-t-il demandé. Par ailleurs, et concernant la question du développent durable en Kabylie, Kamel Aisset plaide pour « un projet d’urgence pour la protection de la vallée de la Soummam ». Il préconise dans ce sens la mise sur pied d’une « politique de gestion des déchets pour protéger la nappe phréatique » de la Soummam. « Il faut se débarrasser des décharges sauvages de Cherfa (Tuvirett) jusqu’à Vgayet. Cela comprend d’empêcher les usines de verser leurs déchets industriels dans la vallée de la Soummam. Il faut imposer des stations d’épuration. Des milliers d’emplois durables seront alors créés », a-t-il affirmé, tout en appelant à la mobilisation contre ce projet destructeur de l’exploitation du gisement à zinc et plomb de Tala Hamza – Amizour. « Nous devons protéger la nappe phréatique pour les générations futures. Les pertes seront conséquentes avec l’exploitation de cette mine. C’est une violation des lois internationales que l’Algérie a signées. Le maintien de ce projet est aussi en violation avec les lois minières algériennes, article 3/2014 », a-t-il souligné. En effet, cet article stipule qu’il est strictement interdit d’exploiter une mine sur une zone jouissant d’une protection internationale. « Or, nous sommes dans une zone Ramsar », s’est-il indigné. Promouvoir le développement durable à Vgayet passe, insiste encore Kamel Aisset, par « la réhabilitation urgente de la vallée de la Soummam ». Seul l’avènement d’un Etat kabyle libre et indépendant pourra concrétiser ce projet.

La liste Ramsar, c’est quoi ? Il s’agit d’une publication officielle de la Convention sur les zones humides adoptée le 02 février 1971 à Ramsar, en Iran. La convention est ratifiée par l’Algérie le 11 décembre 1982. Elle incarne l’engagement des Etats membres signataires à veiller à la conservation des caractéristiques écologiques de leurs zones humides et à la planification de leur utilisation durable. La vallée de la Soummam, qui compte des marais de montagne et une lagune côtière dont la faune et la flore sont à préserver, a été classée dans la liste Ramsar le 18 décembre 2009.

Lyes B.

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